Depuis 20 ans, la coopération sécuritaire entre Rabat et Madrid est présentée comme « exemplaire ». Renseignement, lutte anti-terroriste, immigration, drogue, crime organisé. Mais que se passerait-il si l’Espagne décidait de la geler ? Le coût serait immédiat, et payé d’abord par l’Espagne elle-même.

Terrorisme: La première ligne tombe
Le Maroc est le premier pourvoyeur d’informations anti-djihadistes de l’Europe. Selon le CNI espagnol, 70% des alertes sur les cellules au Maroc, Sahel et Europe passent par Rabat.

Risque pour l’Espagne:
1. Aveuglement sur le détroit: Le Maroc contrôle la rive sud. Sans échanges, l’Espagne perd les informations sur les filières de recrutement à Tanger, Nador, Tétouan…
2. Retour des « revenants »: 200 combattants espagnols ou résidents sont partis en Syrie/Irak. Le Maroc les surveille et alerte Madrid. Sans ça, le risque d’attentat type 11-M remonte.
3. Menace au Sahel: Daech et Al-Qaïda remontent. Le Maroc bloque leur passage vers l’Europe. S’il arrête, la pression se reporte direct sur Ceuta, Melilla et les Canaries.

2. Immigration : L’effet vanne
Depuis 2019, le Maroc a empêché plus de 500 000 tentatives de passage et démantelé 4000 réseaux de passeurs.

Risque pour l’Espagne
1. Submersion des côtes: En 2018, quand la coopération a ralenti 3 mois, 60 000 migrants sont arrivés par voie maritime. Record historique. Les cayucos reviendraient en masse sur Canaries, Almería et Murcie.
2. Assaut sur Ceuta et Melilla: Sans coordination avec les forces marocaines, les assauts collectifs redeviennent ingérables. 2 villes de 150 000 habitants ne peuvent pas gérer une forte migration.
3. Coût économique: Accueil, santé, renvois. Le gouvernement espagnol estime chaque migrant à 12 000€/an. 50 000 arrivées = 600 millions € de charge.

Drogue et crime organisé
80% du haschich saisi en Europe entre par l’Espagne.

Risque pour l’Espagne:
1. Explosion des narco-lanchas : Sans renseignements marocains sur les départs, les saisies à Algésiras chutent. Les cartels galiciens reprennent la main.
2. Violence: Le Campo de Gibraltar est déjà une zone de guerre entre clans. Moins de coopération = plus d’armes, plus de morts.
3. Blanchiment: Le Maroc aide à tracer les flux financiers. Sans ça, l’économie souterraine explose en Andalousie.
En résumé, geler la coopération sécuritaire avec le Maroc, ce n’est pas punir Rabat. C’est se tirer une balle dans le pied.
En 6 mois, l’Espagne aurait plus de terrorisme, plus de migrants, plus de drogue, et une facture de plusieurs milliards.
Le Maroc perdrait des aides et des équipements. Mais l’Espagne perdrait sa sécurité intérieure.
C’est pour ça que depuis 2004, tous les gouvernements espagnols, de gauche comme de droite, ont fait le choix inverse: renforcer le partenariat, même en temps de crise diplomatique.