Le Maroc et l’Espagne sont-ils véritablement de bons « amis » et de bons voisins? La crise de Ceuta a déchiré le masque. Derrière les discours officiels sur « le bon voisinage » et « le partenariat stratégique », la droite espagnole et une partie de ses intellectuels n’ont jamais digéré le Maroc.
Une amitié de façade?
À Madrid, on nous parle de coopération, de gazoduc, de tunnel du détroit, de lutte contre l’immigration. Mais dès que le mot « Ceuta » ou « Melilla » sort, le ton change. Tous les partis nationaux, de la droite du PP à la gauche de Sumar, font bloc: « Ceuta y Melilla son Españolas » Point.
Le plus ironique? Sumar. Parti pro-Palestine, anti-colonial, qui dénonce Israël… mais qui défend bec et ongles les derniers « présidios » espagnols en Afrique. Le deux poids deux mesures est total.
Le fonds de commerce de la droite médiatique
Dans ABC, El Mundo, La Razón et sur les plateaux de Trece ou Antena 3, le Maroc est devenu l’ennemi commode. On l’accuse d’instrumentaliser les migrants, de faire du chantage, d’être « imprévisible ».
Certains historiens et chroniqueurs vont plus loin. Ils expliquent que « Le Maroc n’existait pas en 1415 » et que Ceuta était une « terra nullius ». C’est la vieille thèse pour justifier une occupation qui dure depuis 5 siècles.
Ce discours sert un but: nier la dimension marocaine du problème. On ne parle jamais de « frontière avec le Maroc ». Toujours de « frontière de l’Europe en Afrique ». Comme si le Maroc n’existait pas.
Le poids de l’Histoire
Ce n’est pas nouveau. Le testament d’Isabelle la Catholique l’avait déjà écrit : «Ne point cesser la conquête de l’Afrique».
L’identité espagnole s’est construite sur la Reconquista, contre le « moro ». 500 ans plus tard, le réflexe est resté.
Et les journalistes du Détroit?
Il y a pourtant un lieu où le dialogue aurait dû exister: l’Association de la Presse du Détroit de Gibraltar.
Créée justement pour rapprocher les deux rives, elle réunit des journalistes espagnols et marocains.
Mais du côté espagnol, force est de constater que ses membres ne jouent jamais ce rôle. Dans les moments de crise, ils reprennent mot pour mot les éléments de langage de Madrid. Aucune remise en question, aucune volonté de déconstruire les mythes.
Au lieu de faire pont, ils font mur. Et c’est peut-être ça le plus grand échec: même ceux qui sont payés pour « se comprendre » choisissent de « se ressembler ».


























