Comme mes récents écrits le prouvent, j’étais de ceux qui s’opposaient fermement à son enlisement dans le marécage des partis politiques. Sa valeur ajoutée stratégique pour le pays résidait, à mes yeux, dans une tout autre arène : sa nomination naturelle à la tête de la CAF, là où son influence et sa poigne de fer servaient directement la diplomatie sportive et le soft power du Royaume.
Mais voilà, le diagnostic au scalpel contenu dans le dernier rapport de « Tonton » Jouahri est venu rebattre les cartes et imposer une autre urgence nationale.
Bienvenue donc dans les coulisses de la haute haute et haute voltige institutionnelle. Laissez aux amateurs le soin de commenter le dernier remaniement comme s’il s’agissait d’un simple tournoi de chaises musicales dans une kermesse provinciale.
Note de cadrage : Ce que je déroule ci-dessous constitue ma propre hypothèse de travail. Une grille de lecture prospective, bâtie au scalpel sur l’interconnexion entre urgences budgétaires et trajectoires d’appareil, destinée à décoder les coups d’avance de l’échiquier monétaire.
Ici, je parle de haute prospective, d’ingénierie de pouvoir et de coups de billard à tellement de bandes qu’il faut un diplôme de géométrie dans l’espace pour en suivre la trajectoire.
L’équation de départ est connue, écrite à l’encre noire dans les rapports les plus glacés de Bank Al-Maghrib : une dette qui prend du muscle, des caisses de retraite qui toussent leurs derniers poumons et un écosystème de subventions stériles qui ressemble plus à un arrosage automatique de jardin public en pleine canicule qu’à une politique d’investissement ciblée.
Face à cet incendie budgétaire à peine camouflé sous le vernis des grandes maquettes, que fait le système ? Il prépare son arme de précision.
Première et deuxième bandes : L’onction du PAM et le bouclier des Finances
Regardez bien la table. Le premier impact ne vise pas la cible, il la contourne.
Pourquoi parachuter un homme de dossiers, un scalpel budgétaire pur jus comme Fouzi Lekjaa, au cœur de la mêlée partisane en lui faisant enfiler le maillot du PAM ? Par pure passion du débat parlementaire ?
Voyons. C’est la première bande : il s’agit d’habiller le technocrate d’une cotte de mailles politique.
Car la deuxième bande se joue immédiatement au ministère des Finances. On ne vient pas s’asseoir dans ce fauteuil éjectable pour signer des autographes, mais pour jouer les nettoyeurs de haut vol. Pour aller ausculter les rhumatismes financiers de la CNSS, stopper les fuites d’eau de la Caisse de compensation et fermer les robinets d’aides à fonds perdus qui engraissent les intermédiaires au lieu de soulager le citoyen, il faut un mandat d’exécuteur.
Et pour encaisser le choc social sans y laisser ses plumes, il faut le paravent d’un grand parti de la majorité pour absorber les projectiles.
Troisième et quatrième bandes : L’assainissement par le fer et le test du feu
C’est ici que le jeu devient savoureux. Pour restructurer la dette sans déclencher une émeute chez les bailleurs de fonds internationaux, il faut savoir manier simultanément le verbe politique et le ciseau budgétaire.
C’est la troisième bande : transformer ce passage au ministère des Finances en un laboratoire d’austérité chirurgicale. Pas l’austérité aveugle qui matraque, mais la rationalisation sans pitié qui coupe dans les rentes et remet de l’ordre dans la jungle des subventions.
La quatrième bande découle de la précédente : offrir au futur maître de la monnaie son brevet de résistance aux pressions. Un homme qui a survécu à la refonte des aides sociales, tenu tête aux corporations installées et nettoyé les écuries d’Augias du Trésor n’est plus un simple haut fonctionnaire. C’est un vétéran du feu budgétaire.
Cinquième bande : Le couronnement au boulevard Mohammed V
Et c’est là, au bout de cette trajectoire millimétrée, que la bille blanche vient percuter la cible ultime : la gouvernance souveraine de Bank Al-Maghrib.
Installé dans la tour de contrôle du boulevard Mohammed V pour succéder au patriarche Jouahri, le nouveau Wali ne prendra pas les commandes d’un navire en fuite. Il en aura lui-même calfeutré les voies d’eau lorsqu’il était aux Finances !
Il n’aura plus à monter brutalement les taux d’intérêt pour éteindre une inflation alimentée par le gaspillage public, puisqu’il aura personnellement soudé les robinets du Trésor quelques années plus tôt.
Une trajectoire en forme d’armure, un parcours dessiné sur mesure où la politique politicienne sert de bouclier, les Finances de terrain d’assainissement et la Banque Centrale de sanctuaire ultime.
Certains y verront du hasard ou des ajustements de calendrier. Les lecteurs attentifs, eux, savent depuis longtemps qu’au sommet de l’État, le hasard est un luxe que personne n’a les moyens de se payer.
Évidemment, ce tableau n’est qu’un premier survol, une lucarne ouverte sur une matrice bien plus vaste. Gardez un œil sur mes publications : nous reviendrons dans nos prochains articles avec du gros calibre, du détail chirurgical et des analyses au scalpel pour disséquer chaque rouage de cette vision globale.
Sortez le popcorn : la partie ne fait que commencer.

Oussama OUASSINI
L’homme qui murmure aux oreilles des Hommes d’État

























