Alors que la géopolitique mondiale ressemble de plus en plus à une baston générale dans une arrière-cour de station-service, le Maroc joue les équilibristes. D’un côté, le pays sort le grand jeu : des ports monstrueux plantés face au détroit, des tuyaux géants pour dompter l’eau, et des ambitions industrielles calibrées pour faire brouter l’acier aux géants du secteur. De l’autre ?
De l’autre, c’est la grande braderie. On regarde passer les cerveaux qui se font la malle avec la régularité d’un vol Casablanca-UE ou Casablanca-US, pendant qu’une armée de notables sponsorisés par la rente nous explique, un verre de thé à la main, que tout est sous contrôle.
Il est grand temps de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur et d’appliquer la seule grille de lecture qui vaille : celle qui oppose la vraie souveraineté du terrain au bricolage des cabinets, et l’instinct du combattant au blabla ronronnant de nos aristocrates de conseil d’administration.
1. Le nomadisme des uns, le grand plongeon des autres : La tragédie du transfert gratuit
Dans le grand cirque des mondialistes en col roulé, la classe supérieure s’extasie sur le « nomadisme ». On change de pays comme on change de forfait mobile, la bouche en cœur, en vantant les mérites de la fiscalité suisse ou des appartements climatisés du Golfe. Sauf que pour le commun des mortels, le pays, ce n’est pas un portefeuille d’actions qu’on liquide quand la courbe baisse. C’est du béton, de la terre, une langue et un ancrage qu’on ne troque pas contre trois points de marge.
Au Maroc, le drame n’est pas que nos diplômés rêvent tous de manger des croissants à la Défense ou des hot-dogs à Wall-Street. Le drame, c’est qu’on a transformé notre système d’enseignement en véritable centre de formation gratuite pour l’Occident. On couve nos ingénieurs, nos médecins, nos financiers comme des pépites, on finance leurs études avec les deniers du contribuable… pour ensuite les emballer sous papier cadeau et les livrer sur un plateau d’argent à des économies européennes aux abois. C’est le seul business model au monde où le vendeur paie l’acheteur pour qu’il embarque la marchandise !
Résultat ? Nos plus beaux chantiers de souveraineté risquent de tourner avec des cerveaux d’emprunt, loués à prix d’or à des cabinets de conseil internationaux qui nous revendent notre propre eau chaude sous forme de slides PowerPoint fluos.
Quant à nos jeunes qui tentent la grande traversée sur des coques de noix, n’allons pas confondre désespoir et goût de l’exotisme. Ils ne fuient pas leur pays par haine du terroir, mais parce qu’ils refusent d’être condamnés à vie au régime « pain sec et promesses » par des gens qui n’ont jamais dépassé le périphérique de leurs certitudes.
2. Les notables en pyjama face aux orages de l’histoire
C’est là que le spectacle devient véritablement réjouissant, si l’on aime le théâtre d’art dramatique pour retraités.
Le grand écart entre la réalité de la tempête et la comédie politique nationale est absolu.
D’un côté, la tempête exige une vision stratégique taillée sur trente ans, des combattants rompus à l’industrie et à la mer, de la sueur, de la rigueur et un ancrage territorial viscéral.
De l’autre côté du miroir, la scène politique locale nous offre une vision étriquée qui ne dépasse pas le prochain buffet d’inauguration, un cheptel de rentiers sous perfusion partisane, un art consommé du découpage de rubans au ciseau doré et un esprit de valise teinté de résignation passive.
Ces gens-là n’ont pas de vision : ils ont un agenda.
Ils ne préparent pas l’avenir : ils gèrent des budgets d’affichage avec l’enthousiasme d’un contrôleur fiscal un vendredi après-midi. Les partis politiques ne sont plus des usines à idées ou des pépinières de patriotes bâtisseurs ; ce sont de simples agences de placement pour notables locaux venus verrouiller leur pré carré et s’assurer que le thé reste chaud.
Quand la crise frappe à la porte, cette élite en carton-pâte nous explique poliment qu’il faut « faire preuve de pédagogie » et attendre que le ciel se dégage. Bref, l’attentisme élevé au rang de doctrine nationale.
3. La loi du terrain : Le retour des bâtisseurs ou le terminus
Il y a une loi que ces messieurs semblent avoir oubliée dans leurs salons feutrés : la loi de la gravité historique.
Quand le toit brûle, personne ne demande conseil au décorateur d’intérieur. Ce sont les réflexes de survie, le sang-froid et le retour à la tribu qui sauvent la maison.
Le Maroc ne se relèvera pas par la grâce de discours truffés de mots-clés en anglais ou par l’exportation continue de ses esprits les plus brillants. La souveraineté ne s’achète pas en pièces détachées chez le plus offrant. Elle se forge sur le sol national, à coups de marteau, par des ingénieurs respectés, des ouvriers valorisés et des dirigeants politiques qui ont enfin troqué leur costume d’apparat contre une armure de combat.
Nos notables peuvent continuer à jouer les marquis de village tant que la mer est calme. Mais la vague qui vient se fiche éperdument de leurs alliances électorales et de leurs dîners en ville. Soit nous faisons émerger une génération de dirigeants ancrés, piquants et capables de rendre à cette nation sa fierté et son autonomie industrielle, soit nous continuerons à regarder nos meilleurs enfants construire la puissance des autres pendant que nos notables comptent les points.
Messieurs les figurants, le temps de la récréation est terminé. Place aux combattants.
Oussama OUASSINI
L’homme qui murmure aux oreilles des Hommes d’État

























