La veille d’une Fête du Trône où le pays s’apprêtait à sortir son plus beau costume d’apparat, quelques centaines de jeunes ont préféré tenter le tout pour le tout devant les grilles de Ceuta. Pendant que nos élites peaufinaient leurs discours auto-congratulatoires, le miroir social a volé en éclats. Plongée dans le grand théâtre d’une technocratie qui confond PowerPoint et développement réel.
I. Timing de Crise et Fantômes Subsahariens: Bienvenue dans le Métagame
Dans le grand livre des crises asymétriques, l’épisode de Ceuta mérite une palme d’or de la mise en scène.
Organiser, ou s’empresser de catalyser, une ruée vers la frontière la veille exacte de la Fête du Trône, ce n’est pas un accident de parcours: c’est un timing ciselé par des orfèvres de la guerre psychologique.
L’objectif? Coller un sparadrap plein de boue sur la photo de famille institutionnelle et s’assurer que les caméras du monde entier ratent le feu d’artifice pour filmer les barbelés.
Mais le vrai rebondissement du scénario réside dans le casting. Nos habituels figurants des routes migratoires transsahariennes ont subitement disparu de l’affiche, laissant la place à une distribution 100% locale. On nous parlait d’une simple route de transit ; nous voilà face à une démonstration maison.
Certes, les officines hostiles d’à côté et les alchimistes de TikTok ont carburé à plein régime pour survendre « l’Eldorado sans contrôle ».
Mais soyons sérieux un instant: la désinformation extérieure ne crée pas le malaise, elle ne fait que souffler sur des braises que nous avons amoureusement laissé couver.
Accuser uniquement le « complot étranger », c’est comme reprocher au thermomètre d’avoir attrapé la fièvre à notre place.
II. Le Miroir Magique de nos Élites: « Miroir, mon beau Miroir, qui est le plus Beau? »
Pendant ce temps, dans les salons feutrés de la technocratie, la vie est un long fleuve tranquille au bord d’un graphique en hausse.
Nos élites politiques et économiques ont développé une compétence unique: la cécité sélective appliquée aux données.
On vous sert des ports géants, des lignes TGV et des chiffres macroéconomiques clinquants comme s’il s’agissait du repas du soir pour chaque foyer. Sauf qu’à force de regarder la Nation à travers des tableaux Excel agrégés, nos décideurs ont fini par confondre la maquette avec le bâtiment.
Le paysage est saisissant:
Au sommet, une Vision Royale ambitieuse, structurante, qui avance à vitesse TGV ;
Au milieu, une mécanique technocratique qui rame en pédalo, coincée dans le corporatisme, la paperasse et la peur de la signature;
En bas, une jeunesse à qui l’on explique qu’elle vit dans un miracle économique, mais qui cherche encore la sortie de secours.
À force de pratiquer l’autosatisfaction comme sport national et de rédiger des rapports couleur rose bonbon pour rassurer la hiérarchie, nos hauts fonctionnaires se sont enfermés dans un bunker mental. Ils ne gouvernent plus un pays, ils gèrent un fil de communication. Et quand la réalité sociale frappe à la porte, leur premier réflexe est de baisser le store en affirmant que le soleil brille toujours.
III. Réviser le « Mindset » ou Servir l’Adversaire sur un Plateau
Mes chers décideurs, il est temps d’enlever les œillères. Lorsque vous passez votre temps à faire l’éloge du système au lieu d’en réparer les fuites, vous ne faites pas preuve de patriotisme. Vous offrez l’artillerie lourde à nos ennemis.
Les adversaires du Royaume n’ont même plus besoin de se fouler à inventer des infox. Il leur suffit de s’asseoir confortablement, un café à la main, et d’attendre que votre inertie et vos discours incantatoires fassent le travail de démolition à leur place.
Si vous voulez vraiment servir la Vision Royale au lieu de la parasiter, le changement de mindset n’est plus une option de séminaire managérial, c’est un impératif de sécurité nationale.
Jetez la peinture fraîche. Arrêtez de repeindre les fissures d’un mur qui s’effrite et apprenez enfin à poser des fondations solides.
Sortez des boulevards de la capitale. La croissance économique n’est pas un concept abstrait à célébrer dans les colloques, c’est ce qui doit remplir l’assiette du citoyen à la périphérie.
Écoutez les signaux faibles. Si la seule réponse à l’angoisse d’une jeunesse est un communiqué laconique et un déploiement de boucliers, c’est que votre logiciel stratégique est bon pour la casse.
Le véritable amour de la Patrie ne se mesure pas au nombre de superlatifs casés dans un discours officiel, mais à la capacité de transformer la promesse nationale en réalité palpable pour celui qui n’a plus que l’exil comme horizon.
Par Oussama OUASSINI,
L’homme qui murmure aux oreilles des Hommes d’État


























