La rentrée scolaire n’est plus une fête. Elle est devenue une facture. Et pour des milliers de familles marocaines, cette facture tombe après une année déjà épuisante: la cherté des produits alimentaires, le prix du mouton pour l’Aïd, le coût des vacances d’été. A peine le budget remis à flot qu’il faut replonger dans « l’enfer de la rentrée ». Un véritable cauchemar, surtout à Tanger où la situation dépasse désormais toutes les limites et devient incontrôlable.
Le problème ne concerne plus seulement le privé. Il touche l’école marocaine dans toutes ses catégories, du primaire au supérieur, et l’enseignement privé en particulier s’est transformé en véritable business. Les frais d’inscription explosent chaque année. S’y ajoutent les livres neufs imposés, les fournitures à marque, le transport scolaire facturé à prix d’or, et même des assurances souvent inutiles mais obligatoires. Pour une famille moyenne, inscrire deux ou trois enfants représente plusieurs mois de salaire. Pour une famille pauvre, c’est tout simplement impossible sans s’endetter.
Ceux qui n’ont pas les moyens se tournent vers le public. Mais là aussi la déception est grande: classes surchargées, manque d’encadrement, programmes qui n’ont pas suivi les évolutions du monde du travail. Résultat, même les parents qui paient cher n’ont aucune garantie de qualité, et ceux qui ne peuvent pas payer sont condamnés à un système qui ne prépare pas leurs enfants à l’avenir.
Au fond, la question n’est plus celle du prix. Elle est celle du modèle. Le système éducatif est à revoir et à moderniser de toute urgence. On ne peut pas continuer à faire de l’école un marché où l’accès au savoir dépend du portefeuille. L’Etat, les collectivités et les opérateurs privés doivent se mettre autour de la table pour plafonner les frais, contrôler la qualité, alléger le cartable et les coûts, et surtout investir massivement dans le public pour qu’il redevienne une alternative crédible et digne.
Parce que sacrifier une génération entière à cause de l’argent serait la plus mauvaise des rentrées. Et Tanger, comme le reste du Maroc, n’a pas le droit de laisser ses enfants payer le prix d’une école devenue business.
L’échec du prof
Il y a aussi une autre entrave, moins visible sur les factures mais tout aussi lourde: l’échec du prof. Quand l’enseignant n’aime pas ses élèves, quand il arrive en classe sans formation continue, sans coaching, sans motivation, il ne peut pas transmettre la qualité. Il fait cours, il remplit le programme, mais il n’éduque pas. Les enfants le sentent tout de suite. Dans le privé comme dans le public, on retrouve des profs épuisés, mal accompagnés, livrés à eux-mêmes, et au bout ce sont les élèves qui paient l’addition. Une école sans bons enseignants reste une coquille vide. Tant qu’on ne valorisera pas le métier, qu’on ne formera pas et qu’on ne soutiendra pas ceux qui sont en première ligne, aucune réforme, aussi chère soit-elle, ne donnera de résultats.

























