600.000 jeunes hors-jeu. A Tanger, pour gagner un siège, il faut d’abord gagner la rue.

La Les législatives du 23 septembre 2026 se sont achevées avec un taux de participation national de seulement 38,02%, le plus bas depuis 2007. Mais à Tanger, la vraie question n’est pas de savoir qui a gagné, mais qui n’a pas voté. C’est là que se jouera la véritable bataille avant les élections communales dans un an.
Pour les têtes de liste qui ont échoué cette fois-ci, une seconde chance, plus grande encore, se présente, à condition de comprendre que Tanger a changé démographiquement et socialement.

Des chiffres qu’on ne peut plus ignorer

Tanger est une ville extrêmement jeune. Selon le RGPH 2024, la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima compte 4.030.222 habitants. Au niveau national, 34,4% de la population a entre 15 et 34 ans, et plus de 50% a moins de 30 ans. À Tanger seule, on parle de plus de 600.000 jeunes de moins de 35 ans.
Une armée de non-votants. C’est le chiffre le plus choquant. Nationalement, les 18-24 ans représentent 12% de la population mais seulement 4% des inscrits sur les listes électorales, et 3% selon certaines estimations. Une étude Sunergia pour L’Economiste en 2025 a révélé que 78% des jeunes n’avaient pas l’intention de voter, et 75% se disaient insatisfaits du paysage politique. En 2011, 30% des jeunes étaient inscrits, en mars 2024, ils n’étaient plus que 20%. À Tanger, certains bureaux ont enregistré 66,5% d’abstention, ce qui signifie que plus de la moitié de la ville est hors-jeu politique.

*Le chômage des jeunes, la bombe à retardement
Sur le papier, la région s’en sort bien: un taux de chômage de 9,4% en 2025, parmi les plus bas du pays contre 12,9% au niveau national, et le taux d’activité le plus élevé du Maroc avec 47,3%. Mais derrière ce chiffre se cache une autre réalité. Le chômage des 15-24 ans oscille entre 36,7% et 37,2% au niveau national, et atteint encore 30% au deuxième trimestre 2026 malgré une croissance de 5%. 67% des jeunes actifs travaillent dans l’informel sans aucune couverture. À Tanger, où la région concentre 11,6% de la population active, des milliers de jeunes diplômés sont au chômage depuis plus de 33 mois en moyenne, et 52,9% des chômeurs n’ont jamais travaillé.

* Décrochage scolaire et non-scolarisation
Plus de 40% des jeunes chômeurs sont sans diplôme et restent en dehors de tout système de formation. Ce qui explique l’hémorragie migratoire. Plus d’un jeune sur deux songe à émigrer, selon un rapport de la Fondation Friedrich Naumann.
* Après le séisme du 23 septembre… une année pour la gauche pour reconquérir Tanger face à l’abstention
Que signifie tout cela pour les prochaines communales? Descendre sur le terrain n’est plus un slogan électoral. C’est une nécessité arithmétique. Gagner un siège à Bni Makada, Mghogha, Souani ou Tanger-Médina ne se fera pas avec des photos aux côtés des notables, mais avec des projets qui relèvent directement des compétences communales: terrains de proximité, transport urbain qui respecte l’élève et l’étudiant, espaces pour les jeunes, soutien aux très petites entreprises.
Les partis à Tanger doivent créer dès maintenant, et non un mois avant la campagne, des cellules de réflexion impliquant les habitants, et de véritables ateliers dans les écoles, les universités et les maisons de jeunes, pour écouter cette majorité silencieuse qui ne vote pas. Car celui qui ne vote pas aujourd’hui est celui qui décidera du destin de la ville demain, que ce soit par l’abstention, la contestation ou le départ vers l’autre rive.
Une année suffit pour qui veut vraiment faire un travail partisan sérieux. Celui qui adopte cette logique dès maintenant, qui descend sur le terrain, qui écoute et qui transforme les promesses en petits projets concrets et visibles dans le quartier et l’arrondissement, décrochera sans aucun doute un siège dans l’un des arrondissements.
Et plus important que le siège lui-même, il aura une réelle opportunité de se préparer à de nouvelles législatives dans cinq ans, avec un bilan militant et un programme dont les fruits sont visibles sur le terrain, pas seulement des slogans sur papier.
C’est aujourd’hui une opportunité possible et plus accessible que jamais pour les partis de gauche à Tanger. Une gauche qui porte le discours de la proximité, de la justice sociale et de la jeunesse, mais qui a été absente des quartiers. Si elle revient dans les écoles, les universités et les maisons de jeunes, et si elle porte les questions du transport, du chômage et des espaces publics, elle est capable de transformer cette armée de non-votants, d’une masse désabusée en une base électorale qui lui rendra Tanger.

Par A. REDDAM