Combien de vies faudra-t-il encore perdre avant de mettre fin à l’anarchie des deux-roues? Face à la multiplication des accidents mortels impliquant des motocyclistes, les autorités envisagent de renforcer les contrôles dès l’arrivée des motos importées dans les ports de Tanger et de Casablanca. Une mesure qui intervient dans un contexte marqué par une hécatombe routière devenue particulièrement préoccupante.

L’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA) prévoit ainsi la création de deux unités de contrôle de conformité des motos importées dans les ports de Tanger et de Casablanca. Inscrit dans son programme d’investissement pour 2027, présenté le 3 novembre par le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, ce dispositif vise à empêcher l’entrée sur le marché de deux-roues ne répondant pas aux normes techniques et de sécurité.
L’enjeu est considérable. Les motos à bas prix, parfois difficiles à contrôler sur le plan technique une fois mises en circulation, constituent une source croissante d’inquiétude. L’objectif est donc d’intervenir en amont, avant que ces engins ne deviennent un danger supplémentaire sur les routes marocaines. Le dispositif prévoit également de remettre progressivement en conformité le parc existant, tandis que deux nouvelles antennes du Centre national d’essais et d’homologation devraient ouvrir à Rabat et Marrakech.

Une hécatombe qui frappe particulièrement les motocyclistes
Les chiffres donnent la mesure de cette tragédie. En 2024, les motocyclistes représentaient 43% des personnes tuées dans les accidents de la circulation, contre 26,5% pour les piétons. Plus alarmant encore, seul un motocycliste sur cinq porterait un casque homologué.
Cette situation s’inscrit dans une dégradation persistante. Entre 2015 et 2022, les décès parmi les usagers de deux-roues ont progressé de 31%. Malgré les alertes répétées et les campagnes de sensibilisation, les drames continuent de se succéder. Les modifications illégales des moteurs, les excès de vitesse, le non-respect du code de la route et l’absence d’équipements de protection aggravent considérablement les risques.

Tanger face à l’urgence de protéger les vies
Dans une ville comme Tanger, où les motos occupent une place importante dans les déplacements quotidiens, cette problématique prend une dimension particulièrement préoccupante. Les accidents impliquant des deux-roues alimentent régulièrement un sentiment d’insécurité sur les grands axes comme dans les quartiers urbains. Derrière chaque accident mortel, il y a une famille endeuillée et une vie brutalement interrompue.
Le bilan national confirme l’urgence d’agir: 4.786 personnes ont perdu la vie sur les routes marocaines en 2025, contre 3.776 en 2015. Sur les sept premiers mois de 2026, le nombre de décès a encore augmenté de 13,3 %.
Face à cette hécatombe, la NARSA avait déjà annoncé, en août 2025, le renforcement des contrôles à l’aide d’appareils destinés à mesurer la vitesse maximale des motos et à détecter les moteurs modifiés.

Des investissements importants, mais des résultats attendus
Pour 2027, l’agence prévoit une enveloppe globale de 966 millions de dirhams. Parmi les principales dépenses figurent 223 MDH pour la dématérialisation des permis de conduire et des cartes grises, 180 MDH pour la sécurisation des axes accidentogènes et 80 MDH pour les campagnes de sensibilisation.
Une nouvelle stratégie nationale de sécurité routière pour la période 2026-2030, dotée d’environ 8 milliards de dirhams et articulée autour de 75 mesures, est également en préparation.
Mais au-delà des investissements et des annonces, une question demeure : combien de drames faudra-t-il encore pour imposer une véritable discipline sur les routes?
Le contrôle des motos dès les ports de Tanger et Casablanca constitue un premier pas. Mais il ne suffira pas à lui seul. Il faudra également renforcer les contrôles sur le terrain, sanctionner les comportements dangereux, imposer le port du casque homologué et lutter contre les modifications techniques illégales.
Car la sécurité routière ne peut plus se limiter à des statistiques et à des programmes d’investissement. Elle doit avant tout devenir une priorité absolue de protection de la vie humaine.