C’est une bouffée d’oxygène pour les urgences de la région. Le Conseil régional Tanger-Tétouan-Al Hoceima vient d’approuver une convention majeure dotée de 27 millions de dirhams pour renforcer les services d’urgences en personnel soignant.

L’accord, signé pour trois ans (2027-2029) avec la Wilaya, le Groupement sanitaire territorial (GST) et l’Amicale de Tanger de la médecine d’urgence, vise à combler le manque criant en infirmiers et personnel paramédical dans les hôpitaux et centres de santé de la région.

Concrètement,
comment ça va marcher?
La Région mettra 9 millions de DH par an sur la table. L’argent sera versé à l’Amicale de Tanger de la médecine d’urgence, qui sera chargée de recruter, d’embaucher et de payer les soignants (salaires, assurance et CNSS compris).
Le Groupement sanitaire territorial, lui, identifiera où sont les besoins les plus urgents dans les 8 provinces et préfectures, participera au choix du personnel et assurera leur encadrement sur le terrain.
L’objectif est triple: assurer la continuité des soins là où il n’y a plus assez de personnel, améliorer l’accueil des patients aux urgences et garantir que les compétences soient réparties équitablement entre Tanger et les zones plus enclavées comme Al Hoceima ou Chefchaouen.
Pour éviter tout dérapage, une commission mixte se réunira deux fois par an pour contrôler les comptes et vérifier que les soignants sont bien là où on a besoin d’eux.
Un investissement attendu par la population, où les urgences sont souvent le premier et parfois le seul accès aux soins.

27 millions c’est bien,
mais le système est à l’agonie
On va nous dire que 27 millions de dirhams pour les urgences de la région, c’est une avancée. Et c’est vrai, il faut le saluer. Tout renfort en personnel infirmier est le bienvenu.
Mais arrêtons de nous mentir. Injecter 9 millions par an via une amicale pour boucher des trous, ce n’est pas réformer la santé. C’est mettre un pansement sur une jambe cassée.
Parce que dans la santé publique au Maroc, ce n’est pas un service qu’il faut corriger. C’est tout un système qu’il faut revoir de fond en comble. Et l’exemple parfait de cette faillite, on l’a sous les yeux à Tanger: l’hôpital Mohamed V.
Allez-y un soir aux urgences. Vous comprendrez tout.
Vous arrivez d’abord à un accueil qui n’est pas un accueil. C’est un guichet, derrière une vitre sale, avec un agent débordé qui doit gérer la misère du monde, sans système de tri efficace. Les gens s’entassent, les cas graves côtoient les cas bénins, les familles crient, personne ne sait où aller ni combien de temps il va attendre. 3h, 5h, parfois toute une nuit.
Et quand vous arrivez enfin à voir un médecin, s’il y en a un, il est seul pour 40 patients. Un seul urgentiste, deux infirmiers épuisés pour tout un service qui reçoit tout Tanger. Comment voulez-vous qu’ils travaillent? Ils ne soignent plus, ils font du tri de guerre.
Quant aux équipements, n’en parlons pas. Des brancards qui grincent, des tensiomètres qui ne fonctionnent plus, des appareils de radiologie en panne une semaine sur deux, un scanner qui tombe en rade et oblige à envoyer les patients en clinique privée. C’est ça, la réalité de Mohamed V en 2026.

Le problème n’est pas un manque de 20 infirmiers. Le problème est global.
Un statut du personnel soignant qui les fait fuir vers le privé ou l’étranger. Un médecin qui touche 8000 DH après 8 ans d’études ne restera pas à Mohamed V.
Un circuit du patient archaïque où il n’y a pas de médecine de proximité qui filtre. Tout le monde débarque aux urgences pour tout et n’importe quoi parce qu’il n’y a plus de dispensaire de quartier qui fonctionne.
Une gouvernance éclatée entre Ministère, GST, Région, Wilaya, Amicale… Qui est responsable quand un patient meurt dans le couloir après 6 heures d’attente? Personne.
On ne développera pas la médecine avec des petites conventions annuelles, des actions de communication et des rustines financières. C’est un projet d’État qu’il faut.
Il faut reconstruire Mohamed V, pas le repeindre. Il faut doubler le nombre de médecins urgentistes avec un vrai statut incitatif, pas les louer via une association. Il faut un nouveau plateau technique, pas rafistoler l’ancien. Il faut une vraie politique de santé de proximité pour désengorger les urgences.
Les 27 millions sont utiles. Mais ils ne doivent pas servir d’alibi pour ne pas affronter la vraie question: est-ce que l’État considère encore que se soigner à l’hôpital public est un droit pour tous, ou un service minimum pour ceux qui n’ont pas les moyens du privé?
Tant qu’on ne répondra pas à cette question, on continuera à annoncer des petites actions sans aucune valeur ajoutée structurelle.