C’est une première dans le secteur. L’association Medicus Mundi Sur, en partenariat avec L’AMDF, l’association marocaine pour les droits des femmes, lance un protocole pour assurer la protection contre le harcèlement dans les entreprises de confection. Un outil pensé non pas en haut d’une administration, mais dans des ateliers de concertation avec des ouvrières, des syndicalistes, des médecins, des juristes et des patrons.
Le constat qui a fait consensus est clair: le harcèlement au travail n’est pas un « conflit » ou une « ambiance », c’est une violence grave qui porte atteinte aux droits fondamentaux, et d’abord ceux des femmes.
L’objectif est double. D’abord, que les entreprises du secteur adhèrent et s’engagent concrètement à réglementer la protection. Ensuite, donner aux victimes les moyens de s’informer, de se défendre et de faire appel à une procédure sûre. Le protocole rappelle d’ailleurs que la victime garde toujours le droit de saisir les tribunaux.
Comment ça marche concrètement?
Les entreprises doivent intégrer les mesures de prévention contre le harcèlement dans le règlement intérieur, à afficher clairement les informations, et à former tout le personnel. Deux structures doivent voir le jour.
D’un côté, une cellule de veille, mixte – direction et représentantes des salariées – formée à la prévention et à la détection. C’est elle qui anime les campagnes de sensibilisation et repère les risques psychosociaux.
De l’autre, une cellule d’écoute et d’accompagnement, avec une spécialiste de l’écoute des victimes de violence et un expert juridique. Un espace confidentiel pour accueillir, soutenir et orienter.
Un système de signalement sécurisé – boîtes aux lettres, lignes dédiées – est systématisé. Chaque alerte déclenche une enquête, avec comme principes la protection rapide des victimes et des témoins, la confidentialité stricte et la présomption d’innocence.
Le protocole est lancé pour deux ans, 2026-2027, à Tanger, Casablanca, Guercif, Taza et Fès, auprès de 53 sociétés partenaires du projet « Promouvoir le droit à la santé et les droits sociaux des travailleuses du secteur de la confection ».
1er cycle de formation:
Renforcer les capacités des entreprises face au harcèlement
Après l’élaboration du protocole, place au terrain. Médicus Mundi Sur et l’AMDF ont organisé à Tanger un premier cycle de formation de 4 jours, dédié au renforcement des capacités des sociétés de confection sur la mise en place effective du protocole pour assurer la protection contre le harcèlement.

Tenue les 06 et 07 Août et les 29 et 30 Septembre derniers, ces rencontres avaient pour objectif général d’assister les entreprises signataires à mieux comprendre et gérer le harcèlement en milieu du travail, et à rendre opérationnelles leurs cellules de veille.
Cinq objectifs spécifiques ont structuré ce cycle. D’abord, connaître et comprendre les différents types et formes de la violence basée sur le genre, au-delà des idées reçues. Ensuite, connaître les différents moyens d’identification du harcèlement moral et sexuel en milieu professionnel – signaux, contextes, facteurs de risque. Puis, maîtriser le rôle et le mode de fonctionnement des cellules de veille, qui sont la clé de voûte de la prévention. Quatrièmement, maîtriser les procédures concrètes de traitement des cas, de la réception du signalement à l’orientation de la victime. Enfin, comprendre l’importance du suivi et de l’évaluation des pratiques pour garantir la durabilité du dispositif.
Le contenu est organisé en trois axes.
Axe 1: introduction au protocole – ses objectifs, son cadre conceptuel et juridique, ses valeurs et ses avantages pour l’entreprise et les salariées.
Axe 2: les étapes pour l’adoption et la mise en place des mécanismes du protocole au sein des entreprises, du règlement intérieur à l’affichage.
Axe 3: un appui direct au rôle et au fonctionnement des cellules de veille et des instances de prise en charge des victimes de harcèlement sexuel et moral au travail.
Le cycle, accueilli à Tanger a été animé par une formatrice experte en droits des femmes, droits des femmes ouvrières, droit du travail et violences basées sur le genre, dont le harcèlement sexuel et moral au travail.
Pour cette première édition, 15 sociétés de confection et d’habillement sont concernées – 11 de Tanger et 4 de Casablanca – sur les 30 sociétés signataires du protocole au niveau national. Au total, 27 personnes y ont participé, dont 19 femmes et 8 hommes, cadres représentants des sociétés et membres des comités de sécurité et d’hygiène.



























