Tanger…La musique s’est arrêtée, les lumières se sont éteintes et les festivaliers sont repartis. Mais après Tanjazz, une autre réalité est restée: des déchets dans plusieurs espaces autour du Palais des Institutions Italiennes, notamment sur le terrain de football utilisé par les enfants d’El Faro, derrière l’église Saint-François-d’Assise, ainsi que dans l’ensemble du jardin du Palais.

La situation interpelle.
Tanjazz est aujourd’hui l’un des événements culturels importants de Tanger. Créé en 2000, le festival est revenu cette année après une pause et s’est déroulé du 18 au 20 septembre 2026. Le Palais des Institutions Italiennes constitue l’un de ses principaux lieux, avec notamment ses espaces Patio et Jardin.
Mais un événement culturel ne devrait pas être jugé uniquement à travers la qualité de sa programmation ou le nombre de personnes qu’il attire. Il devrait également être évalué par la manière dont les lieux qui l’accueillent sont respectés et par l’état dans lequel ils sont rendus à la population.
Parmi les espaces concernés figure le terrain de football utilisé par les jeunes d’El Faro.
El Faro I, officiellement dénommé Centre de jour San Francisco, est un projet de l’Archidiocèse de Tanger destiné à accompagner des enfants et des adolescents en situation de rue et de grande vulnérabilité. Le centre accueille une cinquantaine d’adolescents et leur propose notamment des activités éducatives, artistiques et sportives.
Ce terrain n’est donc pas un espace quelconque. C’est un lieu où les jeunes viennent jouer, se retrouver et construire, peu à peu, une autre relation avec leur environnement.
En tant que professeure au sein de ce projet, je travaille depuis plusieurs mois avec les enfants autour de l’écologie et du respect de leur environnement. Eux-mêmes ont travaillé dur pour que cet espace reste propre, entretenu et agréable. Ils ont appris que prendre soin du lieu où ils vivent et jouent est aussi une manière de se respecter et de respecter les autres.
C’est pourquoi retrouver cet espace dans cet état après le festival est particulièrement décevant. Il ne s’agit pas seulement de déchets: il s’agit aussi du message que nous transmettons à ces jeunes et de la valeur que nous accordons aux efforts qu’ils accomplissent tout au long de l’année.
À quelques mètres se trouve également l’église Saint-François-d’Assise, souvent appelée «l’église italienne». Une première chapelle y fut construite en 1927, avant que l’église actuelle ne soit édifiée en 1939-1940. Elle constitue un témoignage de cette histoire cosmopolite qui fait partie intégrante de l’identité de Tanger.
Au cœur de cet ensemble se trouve également le jardin du Palais des Institutions Italiennes, un lieu historique et aujourd’hui l’un des principaux espaces du festival.
C’est précisément cette proximité qui rend la situation regrettable.
Il ne s’agit pas de remettre en cause Tanjazz ni les manifestations culturelles qui font vivre notre ville. Tanger a besoin de culture, de musique et d’événements internationaux.
Mais la culture doit aussi être accompagnée d’une culture du respect des lieux.
Lorsque des déchets sont retrouvés sur un terrain où jouent des enfants, derrière un édifice religieux historique et dans un jardin qui accueille lui-même une partie du festival, une question simple se pose: qui est chargé de remettre ces espaces en état après l’événement?
Et surtout: pourquoi faut-il attendre que les habitants ou les personnes qui utilisent quotidiennement ces lieux signalent la situation?
Il existe également une dimension éducative que nous ne pouvons pas ignorer.
Nous demandons aux jeunes d’El Faro de respecter leur environnement. Nous leur expliquons que l’espace public appartient à tous et que chacun doit en prendre soin.
L’exemple donné par les adultes et par les grands événements compte autant que les discours que nous leur adressons.
Ce que nous demandons n’est ni excessif ni polémique: simplement que les espaces utilisés pour accueillir de grands événements soient nettoyés et rendus dans le même état qu’avant leur utilisation.

Tanjazz fait partie de Tanger.
Le terrain d’El Faro fait partie de la vie quotidienne des enfants.
Le jardin fait partie du patrimoine et du paysage de la ville.
L’église fait partie de son histoire.
Ces lieux méritent donc tous le même respect.
La question n’est pas de savoir si Tanger doit accueillir de grands festivals. Bien sûr qu’elle le doit.
La véritable question est de savoir si nous sommes capables d’organiser de grands événements tout en respectant les lieux, les habitants et les enfants qui les fréquentent toute l’année.
Parce qu’un festival dure quelques jours.
Mais les espaces qu’il utilise appartiennent à Tanger toute l’année.

Par Sanae Alami