Younes Tazi, Wali de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, a tapé du poing sur la table. Selon des sources bien informées, il a réuni en urgence tous les chefs de services et responsables des secteurs vitaux de Tanger avec un message clair: il faut accélérer. Les chantiers du Mondial 2030 n’attendent pas.
Routes, rocades pour désengorger la ville, équipements techniques, logistique… Le Wali a demandé de tourner la page des calculs électoraux et de se mettre au travail pour que « la perle du Nord » soit prête à accueillir le monde aux côtés de l’Espagne et du Portugal. Il s’est même engagé à lever personnellement tous les blocages administratifs.
Sur le papier, tout est parfait. On va avoir les plus belles routes, les plus beaux stades, le plus bel éclairage intelligent.
Mais une question dérange et personne n’ose la poser dans ces réunions: et l’Humain dans tout ça?
À quoi serviront des boulevards flambant neufs si à chaque feu rouge, des enfants mendient? À quoi servira un Grand Stade connecté si, à 500 mètres, des quartiers entiers vivent dans l’insécurité, entre petite délinquance et toxicomanie à ciel ouvert?
Le Mondial 2030, ce ne sont pas que des caméras du monde entier qui filment nos infrastructures. Ce sont des millions de visiteurs qui vont marcher dans nos rues, parler à nos enfants, voir notre vraie ville.
A-t-on prévu un plan pour les mendiants et les enfants des rues, qui envahissent déjà les carrefours?
A-t-on pensé aux toxicomanes, abandonnés sans centre de prise en charge digne? A la petite délinquance qui pourrit la vie des Tangérois au quotidien? A l’éducation de base pour que nos enfants apprennent à ne plus jeter les ordures par terre, à respecter l’espace public?
On prépare la ville pour la FIFA, mais prépare-t-on la ville pour ses habitants? Rien, dans le discours rapporté, sur le développement social. Pas un mot sur la formation des jeunes des quartiers populaires qui pourraient travailler pendant le Mondial, pas un mot sur la mise à niveau humaine.
On va cacher la misère sous un tapis de goudron neuf? On va déplacer les mendiants le temps d’un mois comme on déplace un lampadaire défectueux?
Un Mondial se gagne sur le terrain, mais il se réussit dans la rue. Et pour l’instant à Tanger, on construit des routes pour 2030 en oubliant ceux qui vont y marcher.
Mondial 2030: Le chantier oublié, celui de l’éducation et des quartiers
Le Wali Younes Tazi a réuni tous les responsables techniques pour accélérer les routes, les stades et les infrastructures du Mondial 2030. C’est nécessaire. Mais il manque encore les réunions les plus importantes: celles avec les quartiers et les écoles.
Car à quoi bon livrer une ville neuve si les comportements restent les mêmes? Les visiteurs qui arriveront en 2030 ne jugeront pas Tanger seulement sur son goudron. Ils la jugeront sur la propreté de ses rues, sur l’accueil de ses habitants, sur le sentiment de sécurité dans ses quartiers.
C’est le chantier humain qui doit commencer maintenant, et il est encore temps.
La première urgence:
parler aux associations de quartiers. La Wilaya devrait organiser des rencontres directes avec les associations de quartiers, les vraies, celles qui travaillent à Beni Makada, à Bir Chifa, à Mghogha, à Souani… Ce sont elles qui connaissent le terrain mieux que n’importe quel bureau d’études.
L’idée est simple. Demander à chaque association de proposer un micro-projet « Mon quartier prêt pour 2030 ». Nettoyage d’une ruelle, peinture d’une façade, création d’une équipe de jeunes guides du quartier, sécurisation d’un passage. Avec un petit accompagnement de la Wilaya, chaque quartier devient acteur du Mondial, au lieu d’en être simple spectateur. On transforme la petite délinquance en opportunité d’emploi et de fierté locale.
La deuxième urgence.
Entrer dans les écoles. Le Mondial, c’est dans moins de quatre ans. L’enfant qui est en CE2 aujourd’hui sera au collège. L’ado du collège sera un jeune adulte qui accueillera les touristes. C’est maintenant qu’il faut agir. La Wilaya, avec la direction de l’éducation, pourrait lancer un programme commun à toutes les écoles primaires et collèges de la ville: « Tanger, ville hôte ».
Pas besoin de grands discours. Deux axes concrets. Le respect de l’autre, de l’étranger, de la fille et du garçon dans la rue, du voisin.
La propreté, de manière à ne plus jeter par terre. Une règle simple, répétée chaque semaine. Que chaque école adopte et nettoie sa rue une fois par mois.
On pourrait même organiser un championnat des écoles et des quartiers avec le prix du quartier le plus propre, du collège le plus accueillant. Les enfants adorent les défis.
La troisième urgence serait de matraquer le message sur les réseaux sociaux. Les grands projets passent par les grands médias. Les bons comportements aussi, la chaîne radio qu’on écoute dans le petit taxi et à la maison et les réseaux sociaux qui devraient diffuser en boucle, en darija, des messages très courts enregistrés par des enfants, des enseignants, incluant par exemple des joueurs de l’IRT. « Le Mondial est chez nous, gardons nos rues propres. » « Tanger accueille le monde, montrons notre éducation. »
Le même message, dix fois par jour, pendant quatre ans. C’est comme ça qu’on change une habitude.
Le Wali a promis de lever tous les obstacles pour les chantiers de béton. C’est bien. Mais le plus grand obstacle pour 2030 n’est pas un retard de chantier, c’est une rue sale, un touriste mal accueilli, un jeune qui n’a pas sa place dans la fête.
Le plus bel héritage du Mondial ne sera pas un rond-point. Ce sera une nouvelle génération de Tangérois.


























