Un mois après la cloche, la rentrée à Tanger est toujours en mode improvisation. Et ce sont, comme toujours, les élèves et leurs parents qui paient la facture.

Premier scandale, celui qui revient chaque année comme une fatalité: des manuels introuvables. Quatre semaines après le début des cours, des élèves n’ont toujours pas l’intégralité de leurs livres. Des librairies prises d’assaut, des éditeurs qui livrent au compte-gouttes, des parents qui font le tour de la ville pour un bouquin de maths ou de français. On parle de l’école de base, on est incapables d’assurer l’essentiel.
Mais le pire est ailleurs, plus grave, plus hypocrite, et il se joue dans le privé. Car à Tanger, l’enseignement privé a visiblement décidé de tuer la filière littéraire.
La consigne est presque partout la même : ouvrir à outrance des classes scientifiques et ne garder qu’une ou deux classes littéraires pour la forme, quand on ne les supprime pas purement et simplement au collège et au lycée. Des directions qui découragent ouvertement les élèves de s’orienter vers les lettres, comme si la littérature, la philosophie ou l’histoire étaient des voies de garage. C’est un non-sens pédagogique et une violence pour ces adolescents littéraires qui se retrouvent parqués, dévalorisés, traités comme les élèves de seconde zone d’un système qui ne jure que par le « biof » et le « sciences maths ». Où est le Ministère dans tout ça?
Et comme si ce mépris ne suffisait pas, on ajoute l’arnaque. Dans ces mêmes écoles qui se veulent « d’élite » et qui facturent 2000 à 3000 dirhams par mois, on distribue une liste officielle de livres à acheter, pour la remplacer dix jours plus tard par une autre. Une nouvelle édition, un autre auteur, un autre cahier d’activités. Résultat : des familles qui ont déjà déboursé des centaines de dirhams doivent tout racheter.
La réponse des libraires ? « Pas d’échange, pas de remboursement ». La réponse des profs, avec un cynisme déconcertant ? « Ce n’est que 50 ou 100 dirhams de plus, ce n’est pas la fin du monde ». Non, ce n’est pas la fin du monde. C’est juste le mois de la viande et des fournitures pour une famille moyenne. C’est juste le signe d’une école qui a perdu tout sens de la responsabilité.
On vend du rêve à prix d’or et on offre de la débrouille. La rentrée à Tanger n’a plus rien d’éducatif, elle est devenue un business mal géré où l’élève littéraire est un client non désiré et où le parent est une vache à lait.