A Tétouan, l’été est fini mais la fontaine chante à minuit.

Il est bientôt 22h00.
La belle place Moulay El Mehdi est vide de ses visiteurs et de ses touristes. C’est normal, nous sommes en pleine semaine de travail et d’école. La saison des vacances, des veillées d’été et des cafés pleins est terminée depuis plusieurs semaines.
Et pourtant, les responsables de la gestion de la ville et de la fontaine s’obstinent à imposer aux habitants des immeubles de la place et des rues adjacentes un répertoire musical sans fin, à plein volume.
C’est une véritable punition infligée par des gens qui ne vivent pas au centre-ville à des habitants, à leurs enfants, à leurs mères et à leurs pères. Un comportement qui manque, pour le moins, de la plus élémentaire civilité, pour ne pas dire un comportement rétrograde.
Mais ces responsables se sont retrouvés, d’une manière ou d’une autre, aux commandes de la fontaine et de sa musique, comme s’il s’agissait d’un jouet entre leurs mains!
C’est ici que la mauvaise gestion communale apparaît dans toute son absurdité
Une gestion sans horaires, sans logique. Aucune autorité sensée ne fait tourner une fontaine musicale à 22h un soir de semaine, en pleine période scolaire, alors que la place est vide. C’est un gaspillage d’électricité, d’eau et de tranquillité publique.
Une gestion sans concertation. Aucun habitant du centre n’a été consulté. Les décisions sont prises de manière unilatérale, par des responsables qui ne subissent pas eux-mêmes les nuisances sonores qu’ils imposent aux autres.
Une gestion sans respect du citoyen. Le droit au repos, au sommeil des enfants, au calme des personnes âgées, est totalement ignoré. La commune confond animation touristique et pollution sonore permanente.
Une gestion d’amateurs. Une fontaine doit être un espace de vie, réglée selon les saisons, les heures de pointe, le rythme de la ville. À Tétouan, elle est devenue un instrument de nuisance entre les mains d’une gestion qui ne sait ni quand l’allumer, ni quand l’éteindre.
C’est étrange et incompréhensible.

A Tanger on arrose les jardins… pendant qu’il pleut !

Et à Tanger, le même symptôme de mauvaise gestion se répète, sous une autre forme, encore plus grave.
Alors qu’il pleut, les arroseurs automatiques des espaces verts de la ville continuent de tourner à plein régime. De l’eau projetée sur des pelouses déjà trempées, sur des trottoirs presque inondés, pendant que le ciel fait gratuitement le travail.
C’est un spectacle absurde que les Tangérois voient régulièrement: des jets d’eau qui arrosent la pluie.
Dans un pays qui vit sous stress hydrique permanent, où l’on répète aux citoyens de fermer le robinet, de ne pas gaspiller une goutte, où les barrages se vident et où l’on parle de coupures d’eau, la commune de Tanger gaspille des milliers de litres d’eau précieuse pour rien.
Ce gaspillage est double. Cette eau aurait pu être économisée, gardée, stockée pour les jours de sécheresse. Chaque litre arrosé sous la pluie est un litre volé aux réserves de demain.
Cette eau est payée par les contribuables. Arroser sous la pluie, c’est jeter l’argent des Tangérois dans les égouts.
Il suffirait d’un simple capteur de pluie, d’un minuteur intelligent, d’un agent qui regarde par la fenêtre pour éteindre le système. La technologie coûte 200 dirhams, le gaspillage coûte des millions.
À Tétouan, on impose le bruit quand personne ne veut écouter. À Tanger, on gaspille l’eau quand le ciel nous l’offre gratuitement.
Deux villes, un même constat: une gestion communale sans contrôle, sans intelligence, sans respect ni de l’habitant, ni des ressources du pays.
On ne demande pas des miracles. On demande juste qu’on éteigne la musique à 22h quand la place est vide, et qu’on éteigne les arroseurs quand il pleut.
C’est le minimum.