Au lendemain des élections législatives, et peu importe le nom du futur chef de gouvernement, peu importe la couleur de la majorité, une chose est sûre: le scrutin a laissé un goût amer et plusieurs leçons fondamentales que personne ne peut plus ignorer.

Ce n’est plus une crise de confiance, c’est une rupture. La classe politique marocaine vient de perdre une guerre contre l’indifférence.
En effet, plusieurs leçons sont à tirer de cette expérience. La première est ce fossé béant entre les citoyens et les candidats.
Jamais l’écart n’a été aussi visible. D’un côté, des citoyens préoccupés par le panier de la ménagère qui a augmenté de 40% en trois ans, par le loyer, par l’école publique qui s’effondre, par l’hôpital où il faut attendre six mois pour un scanner. De l’autre, des candidats en cortège qui jettent des flyers mal imprimés par la fenêtre, qui polluent les trottoirs avec des visages souriants qui ne disent rien. Ils parlent de « réformes structurelles » et de « nouveau modèle de développement » à des gens qui veulent juste savoir comment finir le mois. Le langage est déconnecté, la campagne est hors-sol.
À l’exception notable du PJD, on peut être d’accord ou non avec son bilan, mais force est de constater qu’il est le seul à avoir gardé la culture du terrain. Ses militants font du porte-à-porte dans les quartiers populaires. Ils écoutent, ils notent, ils sont présents même en dehors des campagnes. C’est cette proximité qui explique sa résilience alors que tous les autres partis apparaissent seulement tous les cinq ans.

La gauche tangéroise et le syndrome du bon élève sans poids

À Tanger, un phénomène intéressant s’est produit. Les partis de gauche, Fédération de la Gauche, PSU, PPS, ont fait un effort réel pour renouveler leurs listes. On a vu des profils de jeunes militants instruits, avec un vrai discours sur l’écologie, la ville, la culture.
Mais ces profils pèsent peu face à la machine des grands partis. Face au RNI, au PAM et à l’Istiqlal qui ont les moyens, les réseaux d’entrepreneurs, les soutiens des notables et la capacité logistique, le jeune candidat de gauche avec son programme de 20 pages fait figure de figurant. Tanger veut du sang neuf, mais le système électoral actuel ne laisse aucune chance à la méritocratie.

Le vide programmatique absolu

C’est la leçon la plus inquiétante. Aucun parti, ou presque, n’est venu avec un programme clair, chiffré, qui répond aux attentes. On a eu droit à la critique facile. Critiquer la santé, critiquer l’enseignement, critiquer le chômage. Mais quelle solution? Aucune.
Aucun débat sur la régionalisation avancée, aucun débat sur la fiscalité des grandes entreprises, aucun débat sur la réforme de la CNSS, aucun débat sur la crise de l’eau qui frappe le Nord.
Le summum de ce vide: le débat sur l’heure. Le retour à l’heure GMT, proposé par le PJD et finalement appliqué par le RNI depuis dimanche dernier, a été présenté comme une grande victoire, une réponse à une doléance populaire. Comme si les Marocains se levaient le matin en se disant que leur problème principal était une heure de plus ou de moins. C’est le symbole d’une classe politique qui n’a plus rien à proposer de substantiel.
Ces partis qui ont pollué les rues et les quartiers de Tanger, de Rabat, des villages du Rif et de l’Atlas avec des tonnes de papiers qui finiront dans les égouts, ont démontré une chose: ils ont besoin d’une refonte totale. De se former, de se réinventer, et surtout de donner le pouvoir aux jeunes, pas seulement leur image.

Tanger: Une année d’observation et le cap de 2027

À Tanger, la population est pragmatique. Les législatives sont passées. On va observer le nouveau gouvernement pendant un an. On attend beaucoup sur le pouvoir d’achat, sur la revalorisation des salaires, sur les grands chantiers.
Mais le vrai rendez-vous, celui qui compte vraiment pour le Tangérois, c’est 2027 et les élections communales. Parce qu’au Maroc, on ne pardonne pas à un maire de ne pas ramasser les ordures ou de laisser la ville dans les embouteillages.
Car réussir la gestion d’une ville comme Tanger, c’est la garantie de la confiance pour tout le pays. Tanger est la deuxième capitale économique, la porte de l’Afrique, la ville du Mondial 2030.

Les 5 grands dossiers que la prochaine commune devra régler, ou partir

1.La mobilité: Tanger ne roule plus.
C’est l’urgence absolue. La ville de 1,5 million d’habitants est bloquée de 7h30 à 20h. Le projet de Bus à Haut Niveau de Service (BRT) de 20 km, avec des voies dédiées, est vital. Il doit relier le centre à la zone industrielle de Gzenaya et à l’université. À côté, le RER Tanger-Ville – Aéroport – Grand Stade Ibn Battouta de 22,5 km que l’ONCF vient de lancer est une nécessité pour désengorger l’entrée de la ville. Sans ces deux projets, la ville sera ingérable.

2. L’urbanisme: Stopper le chaos
Tanger s’est développée trop vite, trop mal. Des immeubles de 10 étages sans parking, sans école, sans dispensaire. Les quartiers périphériques comme Aouama, Boukhalef, Mghogha Kebira manquent de tout. La future commune doit imposer un nouveau plan d’aménagement, geler les autorisations anarchiques et lancer un vrai programme de logement pour la classe moyenne qui ne peut plus se loger à Tanger.

3. La propreté, l’environnement et le littoral.
Tanger est sale. C’est dur à dire mais c’est vrai. Malgré un contrat de 800 millions de DH avec les sociétés de collecte, les bennes débordent. Le dossier de la décharge de Mghogha et de la valorisation des déchets est en attente depuis 10 ans. Et que dire de notre littoral de Malabata et même Achakkar, agressés par le béton? Les Tangérois attendent des espaces verts réels, pas des ronds-points avec trois palmiers.

4. L’emploi local.
La commune doit créer des centres de formation communaux, des pépinières pour les artisans, des marchés modernes pour les commerçants. L’économie de la ville ne peut pas être seulement des grandes usines, elle doit être aussi ses petits métiers.

5. La culture et l’identité.
Tanger est une ville-monde, mais elle perd son âme. La médina se vide, ses cinémas ferment, ses librairies sont menacées. La prochaine commune devra investir dans la culture comme un levier économique, réhabiliter le patrimoine, soutenir les festivals qui font la renommée de Tanger et redonner aux Tangérois la fierté de leur ville.