À Tanger, on inaugure vite, mais on entretient mal. Très mal. Deux photos prises ce matin en plein centre-ville illustrent à elles seules le grand mal tangérois. Des projets refaits à neuf qui se dégradent en quelques mois, et un patrimoine historique laissé à l’abandon au milieu des ordures.

Rue du Mexique: un réaménagement à 12 mois qui tombe déjà en ruines
C’est l’un des axes les plus emblématiques de la ville. La rue du Mexique vient de bénéficier, il y a moins d’un an, d’un projet complet de réaménagement. Nouveaux trottoirs, pavage, mobilier urbain.
Le résultat aujourd’hui? L’image parle d’elle-même.
L’entourage d’arbre en mosaïque de galets, censé apporter une touche esthétique, est brisé en deux. L’arbre a disparu. La fosse n’est plus qu’un cendrier géant rempli de terre sèche, de mégots, de gravats et de déchets plastiques. Aucune entreprise n’est revenue vérifier, aucune équipe d’entretien n’est passée par là.
Comment un aménagement neuf peut-il se retrouver dans cet état en moins de douze mois? La question n’est pas le coût du projet, mais l’absence totale de maintenance. À Tanger, on coupe le ruban, on prend la photo, puis on oublie.

Rue Murillo: le charme de l’ère internationale noyé sous les déchets
À quelques centaines de mètres de là, autre décor, même abandon. La rue Murillo, l’une des rares rues qui conserve encore des bâtiments de l’époque internationale, avec ses façades, ses balcons et son tracé qui rappelle le Tanger cosmopolite des années 50.
Aujourd’hui, son trottoir est une décharge.
Au pied d’un immeuble en marbre, s’entassent des mannequins de vitrine cassés en deux, des sacs poubelles éventrés, des cartons de marchandises, des emballages alimentaires et des bouteilles. Les commerçants jettent, personne ne ramasse, personne ne sanctionne.
C’est ici que le contraste est le plus douloureux: d’un côté, on vante le patrimoine international de Tanger pour attirer les touristes, de l’autre, on laisse ce même patrimoine crouler sous les ordures. Comment parler de valorisation du centre historique quand on est incapable d’assurer la propreté la plus élémentaire ?

Deux rues, un même constat
Rue du Mexique et rue Murillo ne sont pas des rues périphériques. Elles sont en plein cœur de la ville. Elles montrent que le problème n’est pas le manque de projets, mais le manque de suivi.
Tanger n’a pas besoin d’un nouveau boulevard. Elle a besoin de gardiens, de balayeurs, de contrôles, et d’une commune qui oblige les entreprises qui ont réalisé les travaux à assurer la garantie et qui sanctionne les dépôts sauvages.
Sans cela, chaque nouveau projet est condamné à finir comme ces deux fosses, cassé, sale, et oublié.