« ..Malgré les efforts constants du Conseil régional pour structurer et harmoniser la profession, il faut reconnaître qu’il n’existe pas encore un équilibre réel dans la répartition des projets entre les études notariales… »

Quel parcours universitaire doit-on faire au Maroc pour devenir notaire? En existe-t-il plusieurs?
Au Maroc, le parcours pour devenir notaire suit une logique d’excellence et de responsabilité.
Il faut avoir une licence en droit, ou un diplôme reconnu équivalent par le royaume. Ensuite, l’accès à la profession se fait par un concours très sélectif, qui exige une vraie rigueur juridique.
Après la réussite du concours , le candidat intègre pour une année l’Institut de formation professionnelle de notariat (dont la création et le fonctionnement sont fixés par voie réglementaire), suivi de trois années de stage au sein d’une étude de notaire, afin qu’il apprenne réellement la dimension humaine, économique et juridique du Notariat.
À l’issue de cette période de stage, la réussite de l’examen professionnel permet d’être nommé Notaire et de prêter serment.
C’est un parcours exigeant, mais c’est précisément ce qui garantit la qualité, l’éthique et la confiance qui entourent la profession notariale au Maroc.

Si une partie des Marocains connaît parfaitement la mission d’un notaire, la majorité l’ignore encore. Quelles sont, en général, ces missions et lesquelles sont les plus demandées par vos clients?
La mission du notaire est d’assurer la sécurité juridique dans les actes et les engagements des personnes.
Il intervient comme garant de l’authenticité, de la légalité et de la transparence de chaque transaction.
Sa mission centrale est triple:
*Informer et conseiller de manière neutre et éclairée.
*Vérifier la légalité, la capacité, la conformité et la transparence de chaque opération.
*Rédiger, authentifier et conserver les actes pour qu’ils deviennent des titres fiables et incontestables.
Il sécurise l’économie, et renforce la confiance dans les opérations juridiques.
Le notaire est un pilier de la sécurité juridique, de l’équité et de la justice préventive, il peut intervenir dans les affaires immobilières, comme dans les affaires du droit des affaires (création de sociétés, cession des parts, cession de fonds de commerce, gérance libre) .
En tant que Notaire à Tanger, la majorité des dossiers que je reçois sont immobilières.

A Tanger, il existe une bonne centaine de notaires en exercice. Pour une ville de cette taille en pleine expansion économique et financière, existe-t-il un équilibre où toutes les études de notaires se partagent les projets à traiter ou pas encore?
À Tanger, nous comptons aujourd’hui environ 160 notaires — voire un peu plus si l’on inclut les nouvelles nominations et les confrères qui, après quelques années d’exercice dans d’autres villes, ont choisi de s’installer ici. Ce mouvement s’explique naturellement par l’essor remarquable que connaît la ville: une dynamique économique, financière et immobilière qui attire les compétences et crée de nouvelles vocations.
Cependant, malgré ce potentiel et malgré les efforts constants du Conseil régional des notaires de Tanger pour structurer et harmoniser la profession, il faut reconnaître qu’il n’existe pas encore un équilibre réel dans la répartition des projets entre les études notariales. Les opportunités ne sont pas partagées de manière uniforme, et certaines études restent nettement plus sollicitées que d’autres.
C’est un défi important pour notre profession, car une distribution plus équitable des projets permettrait non seulement de valoriser l’ensemble des notaires de la ville, mais aussi d’améliorer la qualité du service rendu aux citoyens et aux investisseurs. À terme, l’objectif est d’avancer vers davantage de transparence, de coordination et d’équilibre, afin que le développement de Tanger bénéficie à toute la profession.

Quels sont actuellement les projets les plus traités par les notaires à Tanger: les transactions immobilières ou les projets relatifs aux investissements dans d’autres secteurs?
À Tanger, l’activité notariale reste fortement dominée par les transactions immobilières, car la ville connaît une croissance urbaine exceptionnelle et attire aussi bien les investisseurs marocains qu’étrangers. Les ventes, acquisitions, régularisations de titres et projets de construction constituent ainsi une part importante de notre travail quotidien.
Cependant, on observe depuis quelques années une évolution très intéressante: les notaires sont de plus en plus sollicités dans des projets d’investissement liés à d’autres secteurs – notamment l’industrie, la logistique, le commerce et l’entrepreneuriat. L’écosystème créé autour de Tanger Med et des zones industrielles attire de nouvelles formes d’opérations juridiques: création de sociétés, augmentation de capital, baux commerciaux, conventions de partenariat, et structuration patrimoniale.
Aujourd’hui, je dirais que l’immobilier reste le cœur de l’activité notariale à Tanger, mais que la diversification des investissements élargit progressivement notre rôle. Le notaire n’est plus seulement le garant de la sécurité immobilière, il devient aussi un accompagnateur stratégique dans les projets économiques de la région.

Parmi les rôles essentiels du notaire, celui de renforcer la confiance des investisseurs nationaux et étrangers. Quelles garanties assurez-vous à vos clients dans ce sens.
L’un des rôles essentiels du notaire est effectivement de renforcer la confiance des investisseurs, qu’ils soient marocains ou étrangers. Pour cela, je m’engage à offrir un ensemble de garanties qui sécurisent leurs opérations à chaque étape.
D’abord, j’assure une vérification rigoureuse de la situation juridique des biens ou des sociétés concernés : titres fonciers, servitudes, oppositions, autorisations administratives, situation fiscale et urbanistique. Chaque décision s’appuie sur des contrôles exhaustifs qui éliminent les risques juridiques.
Ensuite, je garantis la neutralité et l’impartialité de l’acte notarié. Le notaire est un officier public, ce qui signifie que mon intervention donne à l’acte une force probante et une sécurité juridique que les investisseurs recherchent particulièrement.
J’offre également un accompagnement personnalisé: explication des démarches, traduction si nécessaire, conformité avec la législation marocaine et les normes internationales, transparence sur les coûts et délais. Cela rassure les investisseurs étrangers qui découvrent souvent un système juridique différent du leur.
Enfin, je veille à la sécurisation des fonds via un circuit réglementé, traçable et totalement contrôlé par la profession et les autorités. Cette garantie financière est l’un des piliers de la confiance accordée aux notaires au Maroc.
En résumé, je ne me contente pas de rédiger des actes: je sécurise les projets, j’anticipe les risques et j’apporte aux investisseurs un cadre juridique fiable, transparent et protecteur.

Après quelques scandales ici et là, l’Ordre national des notaires, en partenariat avec les ministères responsables, a repensé une approche de bonne gouvernance pour équilibrer la créativité de la profession tout en assurant la crédibilité et la fiabilité des notaires marocains. Pensez-vous qu’après les décisions prises dans ce sens un équilibre a été trouvé pour assainir la profession et la protéger?

Il est vrai que certains scandales isolés ont mis en lumière la nécessité de renforcer la gouvernance au sein de la profession notariale. L’Ordre national des notaires, en collaboration avec les ministères concernés, a donc adopté une approche plus structurée, fondée sur la transparence, la discipline et la responsabilisation.
À mon sens, les décisions prises vont clairement dans la bonne direction. Le renforcement des contrôles, la digitalisation progressive des procédures, l’obligation de formation continue, ainsi que les mécanismes disciplinaires modernisés, créent aujourd’hui un cadre qui responsabilise davantage le notaire tout en protégeant les citoyens et les investisseurs.
Cet effort d’assainissement ne vise pas à restreindre la créativité ou l’autonomie du notaire, mais à établir un équilibre entre innovation et crédibilité. Et je pense que cet équilibre est en train d’être atteint: les notaires marocains peuvent désormais exercer dans un environnement plus clair, plus sécurisé et mieux encadré, ce qui renforce la confiance du public et rehausse l’image de la profession.
Bien sûr, aucune réforme n’est figée. Il faudra continuer à ajuster et à améliorer les dispositifs, mais les fondations posées aujourd’hui sont solides et offrent une protection réelle à la profession, tout en garantissant son évolution harmonieuse.

…Lire, écouter, apprendre…ce sont des rituels qui me recentrent et m’inspirent… »

Questions personnelles:
*Qui est Maître Amina Raissouni dans la vie de tous les jours et en dehors de son Étude?

En dehors de mon Étude, je suis une femme profondément attachée à l’équilibre entre exigence professionnelle et épanouissement personnel. Je suis quelqu’un de curieux, sensible et passionné par la compréhension de l’humain, ce qui nourrit aussi ma manière d’exercer.
Au quotidien, je veille à cultiver une vie saine et dynamique: je pratique régulièrement le sport, qui m’aide à préserver mon énergie et ma discipline. Je m’intéresse également à la science, à l’histoire et à l’astrophysique, des domaines qui stimulent ma réflexion et enrichissent ma vision du monde.
Je suis une personne qui cherche constamment à évoluer, à apprendre et à grandir. J’accorde beaucoup d’importance au développement personnel, à la sérénité émotionnelle et aux moments simples: un café face à la mer, un bon livre, un podcast, ou un échange authentique.
Au fond, Maître Amina et Amina ne sont pas deux personnes différentes: la rigueur, la bienveillance et la recherche d’harmonie qui m’animent au quotidien se reflètent naturellement dans ma façon d’être, de vivre et d’accompagner mes clients.

*En plus du sport, quels sont vos autres hobby et vos préférences culturelles et artistiques?

En dehors du sport, je nourris des passions qui me permettent de rester connectée à ma sensibilité et à ma créativité. J’aime m’entourer de beauté — qu’elle soit artistique, culturelle ou simplement présente dans un détail du quotidien. La photographie, par exemple, est pour moi une manière de capturer des émotions, des lumières, des instants qui racontent quelque chose du monde… et de moi.
Je suis aussi très attirée par l’univers des idées: les podcasts sur la psychologie, l’histoire ou la science accompagnent souvent mes moments de calme, car ils nourrissent ma curiosité et ma quête d’évolution personnelle. Lire, écouter, apprendre… ce sont des rituels qui me recentrent et m’inspirent.
J’accorde également une grande importance à l’esthétique des espaces: j’aime créer des ambiances harmonieuses, que ce soit chez moi ou dans mon environnement de travail. Pour moi, un lieu bien pensé est un lieu où l’on respire mieux, où l’on se sent aligné.
Au fond, mes hobbies reflètent la femme que je suis: active, sensible, curieuse, et profondément attachée à l’idée de grandir un peu chaque jour, avec douceur mais avec détermination. Ce sont ces petits espaces de beauté et d’inspiration qui me permettent de rayonner dans ma vie personnelle comme dans ma vie professionnelle.

*Quel est votre avis sur le développement de Tanger et les changements qui la bousculent à tous les niveaux?

Tanger connaît aujourd’hui l’une des transformations économiques les plus rapides du pays. L’impact de Tanger Med, l’arrivée de grands investisseurs internationaux, la croissance industrielle et logistique, mais aussi l’essor du secteur immobilier et touristique ont propulsé la ville au rang de locomotive économique du Maroc. C’est une dynamique puissante, structurante, qui crée de l’emploi, attire les talents et ouvre des perspectives nouvelles pour les entreprises comme pour les citoyens.
Mais au-delà des chiffres et des investissements, cette évolution touche aussi quelque chose de plus intime: notre rapport à la ville, à son rythme, à son identité. Tanger change vite — parfois tellement vite que l’on peut se sentir dépassé ou déraciné. Les quartiers se transforment, le mode de vie évolue, et l’âme de cette ville unique, faite de mémoire, de mer et de mélange, doit être protégée.
Économiquement, je vois cette transformation comme une chance exceptionnelle. Émotionnellement, je la vis comme un moment de transition qui demande du discernement et beaucoup d’écoute. Notre rôle, en tant que professionnels et acteurs du territoire, est d’accompagner cette mutation avec responsabilité : sécuriser les projets, protéger les citoyens, et veiller à ce que la croissance n’efface pas l’essence de Tanger, mais la magnifie.
Tanger est en train de devenir une grande ville du futur, sans jamais cesser d’être cette ville qui nous touche, nous inspire et nous relie. Et c’est précisément ce mélange d’ambition économique et d’attachement émotionnel qui fait sa force.

*Si on vous demande de citer un problème à régler en urgence dans cette ville, vous choisirez lequel?

Si je devais citer un problème à régler en urgence à Tanger, j’en mentionnerais deux qui, à mon sens, sont étroitement liés à la qualité de vie et au rayonnement de la ville: la mobilité urbaine et la sécurité dans l’espace public.
D’abord, la mobilité. Tanger s’est développée à une vitesse remarquable, mais ses infrastructures n’ont pas suivi le même rythme. Les embouteillages constants, le manque de fluidité et l’insuffisance des transports publics impactent directement la vie quotidienne des citoyens et ralentissent l’activité économique. Pour une ville qui aspire à être un hub international, repenser la mobilité est devenu une urgence stratégique.
Ensuite, la sécurité. Une grande ville ne peut pleinement se développer que si ses habitants se sentent protégés. Les agressions, les vols et la présence de malfaiteurs dans certaines zones créent un climat d’inquiétude qui ne correspond ni à l’ambition ni au potentiel de Tanger. Renforcer la présence sécuritaire, améliorer l’éclairage public et multiplier les initiatives de prévention sont essentiels pour restaurer la confiance et le sentiment de sérénité.
À mes yeux, agir rapidement sur ces deux chantiers — fluidifier les déplacements et garantir la sécurité — permettra de consolider ce que Tanger construit actuellement: une ville moderne, attractive, dynamique et agréable à vivre pour tous.

Propos recueillis par Abdeslam REDDA