Par Oussama OUASSINI — L’homme qui murmure aux oreilles des Hommes d’État

Accrochez vos ceintures, car en ce début d’année 2026, le spectacle est aussi savoureux qu’inquiétant : le Maroc ne joue plus les utilités dans le théâtre d’ombres de la géopolitique mondiale ; il est en train de racheter les parts du théâtre pendant que les anciens propriétaires européens se battent pour savoir qui a éteint la lumière. Pendant que le Titanic de Bruxelles prend l’eau de toutes parts, frappé par l’iceberg de ses propres névroses, le Royaume a décidé d’arrêter de ramasser les miettes pour devenir le boulanger en chef d’un monde multipolaire.

L’aspirateur à industries

Le Royaume est devenu l’aspirateur géant des industries européennes. Avec le gaz de Tendrara en perfusion et le terminal GNL de Nador West Med, le Maroc offre un deal que même un banquier suisse sous calmants ne pourrait refuser : du gaz stable, du soleil à sature-ventre pour l’alibi écologique, et surtout, l’absence totale de ces syndicats européens qui font grève dès qu’on change la marque du café à la machine. Ce n’est plus une simple délocalisation, c’est une migration vitale motivée par un argument massue : un gain de productivité net de 30 % par rapport au Vieux Continent asphyxié par les coûts. Le Maroc se transforme en une sorte de « Suisse avec des palmiers » où le pragmatisme remplace les leçons de morale, attirant des capitaux qui ne cherchent plus seulement un coût bas, mais une assurance-vie face à une UE devenue une maison hantée par l’inflation et le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF).

Le constat de Munich 2026 : La rupture consommée

​La Conférence de Munich sur la sécurité (MSC) de février 2026 vient d’entériner ce que nous pressentions : nous sommes entrés dans l’ère de la « politique du marteau-piqueur » (Wrecking-ball politics). Le rapport de Munich souligne une rupture brutale : les grandes puissances ne cherchent plus à réformer l’ordre mondial, elles le détruisent. Dans ce chaos, le Maroc a été cité comme l’un des rares « points d’ancrage » capables de naviguer dans l’incertitude. Munich a révélé que l’Europe, sous pression d’une administration américaine de plus en plus transactionnelle, perd son statut de protecteur pour devenir une zone à protéger. Pour Rabat, le message est clair : la sécurité ne s’achète plus par des alliances figées, mais par la capacité à être le verrou logistique et énergétique d’une Méditerranée en pleine fragmentation.

Le piège de la zone de transit

Mais attention à l’ivresse des sommets, car dans les angles morts de ce safari économique, il y a des réalités qui grincent. La croissance projetée à 4,9 % par le FMI est une rutilante carrosserie, mais le moteur social a besoin de plus qu’un coup de peinture. Le piège absolu serait de se contenter de jouer les hôtesses d’accueil de luxe. Si le Maroc ne devient qu’une gigantesque zone franche où l’on colle une étiquette « Made in Morocco » pour esquiver les douanes, on aura juste troqué notre ancien tablier de jardinier contre un costume de courtier.

De plus, une dépendance excessive à ces flux rend le Maroc vulnérable à la santé économique de l’Europe qui sombre actuellement en récession profonde. Dans ce scénario, les transferts pourraient stagner, créant un choc de liquidité immédiat dans les banques marocaines et grippant les rouages du financement local.

La vraie souveraineté ne se mendie pas ; elle s’arrache en imposant un transfert de technologie réel, transformant chaque investissement étranger en un pilier de l’indépendance nationale plutôt qu’en une simple escale fiscale ou une bouée de sauvetage monétaire précaire.

L’Airbus social et le mirage de l’eau

L’autre angle mort, c’est cette dépendance quasi mystique aux MRE : compter sur la nostalgie du pays et les virements bancaires de la diaspora pour équilibrer les comptes, c’est un peu comme piloter un Airbus en espérant que les passagers pédalent assez vite pour ne pas décrocher. Avec 130 milliards de dirhams attendus, la diaspora est notre filet de sécurité, mais un filet ne remplace pas un moteur autonome. Surtout quand le véritable nerf de la guerre, l’eau, commence à manquer. On peut construire les plus beaux ports du monde, si on n’a plus une goutte de flotte pour refroidir les machines ou irriguer nos ambitions, notre émergence aura le goût de la poussière. Le dessalement est notre dernier coffre-fort, mais c’est une course contre la montre face à un climat qui ne négocie pas ses tarifs.

Entre l’Oncle Sam et le Dragon : Le prix du pont

​Quant à notre pivot atlantique, c’est une idée de génie, certes, mais transformer le Sahara en hub logistique mondial demande plus que des routes goudronnées ; il faut sécuriser un voisinage qui ressemble parfois à un remake de Mad Max sans les effets spéciaux. En résumé, le Maroc est en train de réussir son pari de devenir indispensable, mais à force de vouloir être le pont entre tout le monde — l’Oncle Sam, le Dragon chinois, le Tsar russe et les débris de l’UE — il ne faudrait pas finir par être le paillasson sur lequel tout le monde s’essuie les bottes avant d’entrer dans le grand marché africain.

Conclusion

S’asseoir à la table des grands

L’opportunité est là, béante, celle de devenir le premier pays arabe et africain à vraiment s’asseoir à la table des grands sans demander la permission. Mais le prix à payer est une vigilance de chaque instant pour ne pas que notre « stabilité » devienne un produit d’exportation que l’on finit par épuiser à force de trop en vendre aux autres. Le Maroc ne regarde plus passer le train de l’Histoire ; il a enfin pris les commandes de la locomotive, avec la ferme intention de ne laisser personne d’autre choisir la destination.