Avec environ 100 nouveaux cas et 9 décès enregistrés chaque jour, l’objectif d’éradiquer la tuberculose d’ici 2030 semble loin d’être réalisable. La tuberculose n’est pas une maladie qui a entièrement disparu au Maroc. Au contraire, elle est toujours présente et ses cas peuvent être même plus dangereux.

Plusieurs sources parlent de l’existence de foyers de tuberculose se développant avec une rapidité qui préoccupe énormément les populations locales.
Des alertes ont été émises concernant une augmentation des cas de tuberculose à Tanger et sa région.
La tuberculose reste un problème de santé publique majeur au Maroc, avec environ 30.000 nouveaux cas par an, incluant une incidence notable dans la région de Tanger. Le nord du Maroc, dont Tanger, enregistre régulièrement des cas, y compris des formes extra-pulmonaires, nécessitant un dépistage précoce et un traitement gratuit de 6 mois via les centres de santé spécialisés.
Outre la tuberculose pulmonaire classique, des cas de tuberculose abdominale ont été identifiés au CHU de Tanger, touchant principalement des adultes jeunes. Aujourd’hui, on parle d’environ 2000 cas enregistrés dans la ville.
En 2024, Tanger avait connu une pénurie de médicaments contre la tuberculose, tandis qu’un rapport du ministère de la Santé alerte sur la propagation de cette maladie dans la ville. Cette situation a incité des parlementaires à intervenir en adressant une question urgente au ministre de la santé concernant cette rupture des médicaments nécessaires au traitement de la tuberculose et qui avait suscité une vive inquiétude chez les malades et leurs familles.
Ce constat avait été confirmé par un rapport des services du ministère de la Santé ayant révélé une propagation importante de la tuberculose à Tanger, en particulier de formes graves comme la tuberculose pulmonaire. Le rapport avait précisé que 1.309 cas de tuberculose pulmonaire grave ont été identifiés sur un total de 2.380 cas de tuberculose recensé dans la préfecture de Tanger-Asilah.
Dans le but de limiter la propagation de cette maladie dangereuse, le ministère de tutelle avait entamé la réhabilitation du Centre de diagnostic de la tuberculose et des maladies respiratoires de Bouaraquia. Le laboratoire du centre a été équipé de nouveaux appareils permettant le dépistage du gène TYK2, qui favorise la contraction de la maladie chez les porteurs.
Par ailleurs, un plan d’action avait été mis en place pour la formation initiale et continue du personnel de santé travaillant dans ce domaine. Un programme spécifique a également été conçu pour assurer le suivi des malades, en développant des partenariats avec des médecins et des associations locales.
Mais malgré toutes ces actions, la tuberculose revient chaque année d’une manière plus forte et menaçante.

Comment est transmise la tuberculose?
La tuberculose (TB) est une maladie infectieuse, généralement pulmonaire, provoquée par la bactérie Mycobacterium tuberculosis. Hautement contagieuse, elle se transmet par l’air lorsque les personnes infectées toussent ou éternuent. Bien que la tuberculose puisse être mortelle, elle est souvent curable et peut être prévenue avec un diagnostic et un traitement approprié.

Quelles sont les causes?
Le développement actif de la maladie parmi les personnes infectées par le bacille de Koch dépend de nombreux facteurs (génétiques, immunologiques, nutritionnelles, sociales). Il est estimé que 5 à 10% des personnes infectées développeront une tuberculose avec symptômes durant leur vie. Le bacille peut rester dans l’organisme à l’état « dormant » pendant des années. Les personnes immunodéprimées ont plus de risques de développer une tuberculose active. Le virus VIH et le bacille de Koch forment en effet une association dangereuse, car les déficiences du système entrainées par une infection avec VIH aident la progression de la tuberculose. En l’absence de traitement, la tuberculose est mortelle chez la quasi-totalité des personnes atteintes du SIDA.

Comment se transmet la bactérie?
Cet agent infectieux est transmis par voie aérienne, via des gouttelettes contenant les bactéries et expectorées par la toux des malades. L’inhalation d’un petit nombre de gouttelettes contaminées suffit à infecter un individu. Une personne tuberculeuse non traitée peut infecter de 5 à 15 personnes en moyenne chaque année. Des conditions sanitaires et sociales précaires sont souvent associés à la dissémination de la maladie.

Quels sont les symptômes?
La plupart des personnes ne développent pas symptômes et ne sont pas contagieux dû à une infectieuse tuberculeuse latente. Mais lorsqu’une personne développe la maladie, elle développe des symptômes comme une toux prolongée, une fatigue, de la fièvre, des sueurs nocturnes, une perte de poids et des douleurs thoraciques.
La maladie affecte généralement les poumons mais elle peut aussi toucher les reins, la colonne vertébrale, la peau et le cerveau.

Combien de personnes touchées?
En moyenne, 10 millions de personnes développent une forme active de la maladie chaque année. En 2022, 1,3 million de personnes en sont mortes, dont 167 000 étaient également infectées par le VIH. Plus de 95 % des décès dus à la tuberculose surviennent dans les pays en développement, mais la tuberculose reste un problème de santé publique majeur dans de nombreux pays industrialisés, surtout quand il s’agit des formes multi-résistantes, qui sont particulièrement difficiles et longues à soigner.
Globalement aujourd’hui, un quart de la population mondiale est infecté avec Mycobacterium tuberculosis, et 30 pays totalisent à eux seuls 90% des cas mondiaux.

Dr Zouhair Yachoutli: « La tuberculose abdominale est fréquente au nord« 

L’année dernière, dans un rapport intitulé « La tuberculose abdominale au nord du Maroc: épidémiologie, spécificités diagnostiques et aspects évolutifs », le Dr Zouhair Yachoutli (service de gastroentérologie, CHU de Tanger) a indiqué que « la localisation abdominale occupe la troisième place des formes extra-pulmonaires. Elle se caractérise par la variété de sa présentation clinique et les similitudes avec d’autres pathologies. L’objectif de ce travail était d’étudier le profil épidémiologique de cette forme de tuberculose, et d’évaluer les outils diagnostiques ainsi que sa réponse à la thérapie antituberculeuse. »
L’expert a expliqué avoir inclue dans l’étude 198 patients, dont 125 (63%) étaient des femmes. L’âge moyen était de 37 (15-84) ans. L’atteinte péritonéale a été observée chez la plupart des patients (n=161, 81,3%), suivie par l’atteinte ganglionnaire (n = 18, 9,09%), luminale (n = 17, 8,6%) et viscérale (n = 2, 1,01%). La douleur abdominale (90%) était le symptôme le plus fréquent, suivie de l’anorexie (85 %) et de la fièvre (65 %). L’examen histologique a révélé une tuberculose chez 69 patients (34,8%). Mycobacterium tuberculosis a été isolé dans 2 cas (1,01%). Dans les autres cas, le diagnostic a été posé sur une combinaison d’éléments cliniques et biologiques. La majorité des patients (98%) ont présenté une réponse complète, trois patients (1,5%) sont décédés et un patient a présenté un cas de résistance à la rifampicine. Des effets indésirables ont été notés chez 19 patients (9,6 %), allant d’une simple intolérance gastro-intestinale à une cytolyse hépatique sévère.

Conclusion: La tuberculose abdominale est fréquente au nord du Maroc et touche principalement la population jeune. Le diagnostic est le plus souvent posé sur la base d’une combinaison de données cliniques, biologiques et radiologiques. La majorité des cas répondent très bien au traitement médical.