Le jeudi 18 février 2026 une rencontre autour du livre « La ville nouvelle de Tétouan (1860- 1956) », a eu lieu à lécole nationale d’architecture de Fès, modérée par le professeur durbanisme Hassan El Amrani et lecteur à l’occasion d’un texte introductif qui suit:

«La ville nouvelle de Tétouan, de 1860 à 1956», c’est le titre d’un brillant ouvrage rédigé par le docteur en histoire de l’art et historien de l’architecture à l’école supérieure des métiers de l’architecture et du bâtiment de L’UPF Mostafa AKALAY NASSER. Un titre qui parait concis, mais il cache plusieurs réalités: architecturales, urbanistiques d’une époque de l’histoire urbaine du Maroc jusqu’ à aujourd’hui inconnue et inexplorée par un large public de chercheurs, historiens et professionnels.
Dans 160 pages, l’auteur essaie d’offrir une lecture, logique, chronologique, séquencée et structurée des principaux événements et phases de l’évolution architecturale, urbanistique, sociale et spatiale de la ville de Tétouan durant 95 ans. L’ouvrage nous révèle l’histoire des logiques urbaines qui étaient dernière la confection de l’image actuelle de la ville blanche de Tétouan. Depuis le premier plan détaillé à l’échelle 1/200 qui a été entrepris dans la vieille ville, réalisé par le capitaine José Trauch et le lieutenant Antonnio Luceno, en 1860. En passant par le plan général d’aménagement urbain de Tétouan de l’architecte Pedro Muguruza Otano de 1943.
Fidèle à son style, outillé de sa curiosité habituelle, l’auteur a su croiser plusieurs approches et sources d’information au-delà de l’architecture et l’histoire de l’architecture pour nous ouvrir les yeux sur d’autres dimensions de la ville nouvelle Tétouan sous le protectorat espagnol. Dans ce livre, les lecteurs francophones et arabophones assez peu habitués à l’histoire de la ville colonisée par les espagnols, peuvent maintenant chacun en ce qui le concerne de se rapprocher de l’une des dimensions de cette ville dans l’ouvrage: telles les thématiques suivantes: La gestion urbaine, la législation khalifienne et l’organisation administrative de la ville sont évoquées et documentées.
L’auteur ne se limite pas à un conte populaire pour restituer les réalités, au contrario, toute information est argumentée et avertie, on peut dans ce manuscrit compter plus de 71 sources d’information entre articles scientifiques, ouvrages, biographies et extraits de journaux , des sources d’information espagnoles tantôt nationales.
L’ouvrage invite le lecteur à un voyage historique pour apprécier cette relation partagée d’influence mutuelle, entre le sud et le nord de la méditerranée. Dans l’ouvrage l’auteur a su comment nous faire passer de l’affrontement culturel et urbain de1860 à1862, à un dialogue interculturel de 1913 à 1956. Ce dialogue qui se concrétise dans ce que l’auteur surnomme «L’archi-métissage». Après un clin d’œil sur le modèle de l’urbanisme français au Maroc, l’auteur nous fait découvrir les principes de l’urbanisme espagnol dans la ville de Tétouan et les directives qui sous tendent une telle approche. L’auteur présente surtout deux époques importantes de l’urbanisme espagnol dans la zone du Nord du Maroc: Une ville caserne lors de la campagne de pacification manu-militari de 1913 à 1927. Et l’introduction d’un urbanisme ordonnateur qui allait métamorphoser la ville lors de la décennie 40. Le style architectural n’en est pas à l’écart, le courant néo-herrérien exécuté par l’architecte Juan Celaya Arrate, connu comme style franquiste s’inscrit dans un discours de propagande tendant à améliorer l’image du régime dictatorial à travers l’architecture lors de l’étape du caudillo Franco.
De l’affrontement au dialogue, selon l’auteur Tétouan est devenue le carrefour où les cultures s’entrelacent, un dialogue interculturel fort, qui s’est concrétisé par l’établissement du premier quartier espagnol au sein de la médina : La Luneta comme exemple de cette hybridation architecturale. L’après-guerre civile a vu l’émergence d’un urbanisme réglementaire dans le Maroc espagnol sous l’égide du haut-commissaire Orgaz, introduisant une législation avant-gardiste qui a permis de mieux organiser l’espace urbain. Le plan général d’aménagement urbain de Pedro Muguruza Otano a marqué l’histoire urbaine de la ville de Tétouan, son approche holistique, esthétique et expérimentale a redéfini le rôle de l’architecture dans la vie quotidienne, reflétant une vision du bien être collectif.
Soutenant que l’ouvrage s’intéresse plus à l’Ensanche, l’auteur ne se limite pas au projet de la ville nouvelle, son engouement livresque, le guida vers différentes échelles : La médina, l’extension, les quartiers périphériques, dans ces échelles, il compare, il trie et il scrute plusieurs réalités architecturales et urbanistiques sous le protectorat espagnol. Dans cette analyse, il décrit surtout l’architecture qui balance entre modernité et tradition. Sa réflexion s’élargit également au reste du territoire national, à l’époque colonial, l’auteur évoque la gestion urbaine dans la partie française, où il évoque le modèle d’urbanisme français surtout ségrégationniste, en le comparant avec le modèle espagnol, considéré par lui-même totalement coexistant.
Ce qui différencie cette œuvre, ce sont les regards des uns et des autres sur la ville, qui sont analysés dans un style poétique. Au-delà des plans, des styles, des bâtiments et des compositions urbaines et juridiques, l’auteur s’attache à mettre en relief la dimension humaine de l’époque où les ressentis des habitants sont analysés, les modes de vie également sont étudiés.
La temporalité du lieu également n’a pas été oubliée par l’auteur, la dimension temporelle qui est souvent mise à l’écart dans l’urbanisme se voit ici très présente, quand l’auteur, nous guide vers une visite ou dérive dans le lacis des ruelles de la médina, et dans les rues du quartier européen La Luneta, où le temps se dilue. Une particularité importante de l’auteur Mostafa AKALAY NASSER, ce qu’il plaide pour une lecture différente, quant il s’agit de faire une lecture de cette relation sud nord en matière d’architecture et urbanisme, l’auteur tente de changer le paradigme, en voulant dépasser les notions très pesantes de patrimoine occidental, exogène ou colonial». L’intellectuel propose l’emploi de «patrimoine partagé, cosmopolite, éclectique» ce qui est en mesure d’ouvrir des pistes concrètes, prometteuses pour la recherche, la gestion et la valorisation du territoire et de son héritage patrimonial.

HASSAN EL-AMRANI,
Professeur d’urbanisme et d’Aménagement à l’Ecole Nationale d’Architecture de Fès