Le Royaume du Maroc a gagné 25 millions d’habitants en l’espace de soixante ans. Nous sommes désormais près de 38 millions, selon les résultats du dernier recensement décennal effectué en 2024. Mais aussi spectaculaire soit il (sans être toutefois exceptionnel en Afrique) le saut démographique du Maroc vit son crépuscule.
C’est en des termes concrets, l’une des principales conclusions du travail de dénombrement mené par le ministère de l’intérieur et le haut-commissariat au plan (HCP): la population du royaume continue certes d’augmenter, mais par rapport à un accroissement décennal d’environ 30% entre 1960 et 2000, il a fortement décéléré dans les années 2000, stagnant à 9 % depuis dix ans. A un rythme annuel, la croissance démographique du Maroc est même passée sous la barre symbolique de 1%…
Un tel ralentissement n’a rien de surprenant. La mortalité poursuit sa baisse, concomitamment avec la natalité. Proche de la fin de sa transition démographique, le royaume du Maroc devrait atteindre dit-on « une population stationnaire » estimée à 45 millions d’habitants vers l’an 2050 selon les divers pronostics du HCP. Au-delà, les prévisions tablent sur un accroissement pratiquement négligeable!
EXODE RURAL
A l’image des pays d’Afrique du nord, l’espérance de vie au Maroc s’est sensiblement rallongée, soit près de 77 ans en moyenne, contre environ 57 ans en 1960, et les couples font moins d’enfants que les générations précédentes. Le taux de fécondité qui était estimé à une moyenne de de 7 enfants par femme au début de l’indépendance, frôle à présent le seuil de renouvellement, fixé à 2,1. Légion sont les raisons de ce fléchissement. Parmi elles, une politique d’urbanisation menées à grand pas, la généralisation de la scolarisation, la salarisation accentuée des femmes dans le circuit économique…Rien de nouveau sous le soleil, que les sociétés occidentales n’aient pas connu elles aussi.
Corrélativement, émerge tout naturellement le débat sur le vieillissement attendu dans les prochaines décennies qui porte en germe deux défis, l’équilibre des régimes actuels et l’extension de la couverture. Autrement dit, se profilent deux catégories de crises. Celles qui surviennent auxquelles on ne s’attendait pas, et celles qui sont prédictibles parce qu’elles découlent de trajectoires statistiques froides et implacables ; le vieillissement démographique appartient à la seconde d’ente elles. Entre allongement de la durée de vie, grâce aux progrès substantiels de la médecine, et la baisse de la natalité, la proportion des seniors augmente inexorablement, déformant de plus en plus la pyramide des âges en « cloche ». Pour une nouvelle reluisante et gratifiante à titre individuel, le risque, d’une éventuelle déstabilisation des systèmes sociaux et de prévoyance tel que conçus, n’est pas à exclure.
De nos jours on compte au Maroc, près de 5 millions de personnes dites en âge de la retraite de plus de 60 ans, soit près de 14 % de la population. Mécaniquement, voire économiquement, un pays plus vieux, peine à maintenir un niveau de croissance en mesure de financer son modèle social.
Par Afif KhalladI
Docteur en économie et finances
Paris 1 Panthéon -Sorbonne
























