L’importance de garder les objets d’art et les éléments de paysages culturels
La valeur d’une ville se mesure à ses objets d’art et son patrimoine historique qui la racontent.
Depuis sa porte d’entrée, la prison de la Kasbah de Tanger, située dans l’enceinte historique du Palais du Pacha Rifi (construit vers 1711-1737), est un lieu chargé d’histoire. Ayant servi de prison civile jusqu’aux années 1970 et réhabilitée il y a quelques années, cette ancienne prison est devenue en 2021 un espace d’art contemporain et témoin de la mémoire carcérale de la ville.
Dernièrement l’ancienne porte de ce bâtiment historique a été enlevée pour des raisons encore inconnues. De nombreux experts, qui avaient remarqué cette action, avaient mis la main sur le cœur par peur que cette porte chargée d’histoire ne disparaisse comme c’est le cas d’autres objets et articles du patrimoine historique local que la ville a définitivement perdu. Fort heureusement, cette porte historique a retrouvé sa place de toujours. Cependant, d’autres éléments de l’histoire locale ont disparu pour toujours.
Petit rappel
Les collections du premier musée de Tanger (fin XIXe) ont été dispersées.
En effet, le premier musée de Tanger, précurseur de la muséographie au Maroc à la fin du XIXe/début XXe siècle, a vu ses précieuses collections punico-romaines (issues notamment du Marshan) dispersées. Ces objets ont été transférés entre des Musées au Maroc et des collections en France.
Ces collections comprenaient des éléments funéraires de la nécropole de Hafa (nécropole punico-romaine de la falaise), des céramiques, des bronzes et des inscriptions témoignant des influences phéniciennes, grecques et romaines à Tanger.
Par ailleurs, plusieurs autres objets d’art et des éléments de paysages culturels disparaissent, menaçant la mémoire historique de la ville. Faut-il rappeler qu’après la fermeture du musée Forbes au Palais Mendoub dans les années 1990, la célèbre collection de 115.000 soldats de plomb a été dispersée. Une grande partie (environ 60.000 pièces) a été vendue aux enchères par Christie’s en 1997, tandis que d’autres éléments ont rejoint les Galeries Forbes à New York.
La collection des soldats en plomb, qui mettait en scène des batailles historiques avec des effets sonores et lumineux, a marqué l’histoire culturelle de Tanger.
Fort heureusement qu’une partie de cette collection est toujours exposée à la Légation américaine de Tanger.
Un musée dans une prison à perpétuité
Le musée de la Kasbah conserve aussi quelques objets d’art mettant en valeur l’histoire de Tanger. Et la porte de ce bâtiment en est bien le principal témoin.
Faut-il rappeler que la prison faisait partie du complexe du Palais de la Kasbah, édifié sous la supervision du Pacha Ahmed Ben Ali al-Rifi sur ordre du sultan alaouite Moulay Ismaïl. Elle faisait partie d’une forteresse visant à affirmer le contrôle marocain après l’occupation anglaise (1662-1684).
Durant des siècles, cet espace a servi de prison civile, accueillant des prisonniers dans des conditions souvent difficiles, témoignant de la justice et de l’administration de l’époque.
Après avoir cessé son activité dans les années 1970, le site est resté à l’abandon. Dans le cadre du projet de revalorisation de la médina de Tanger (projet lancé et supervisé par l’ex Wali de Tanger Mohamed Mhidia) l’ancienne prison a été réhabilitée et transformée en un espace d’art contemporain et culturel, conservant son architecture carcérale tout en devenant un lieu de visite au cœur de la Kasbah de Tanger. A R.
























