La plupart des Tangérois connaissent ce visage, mais peu savent qui il est vraiment. Il s’appelle Mohamed Bernoussi, fils du peintre tangérois feu Abdelhamid (dit Hamid) Bernoussi. Derrière ce nom, il y a une mémoire, une filiation artistique et une histoire humaine souvent oubliée. Fils d’un artiste, il porte malgré lui l’ombre d’un héritage culturel lié à Tanger.
Son père, Abdelhamid Bernoussi, était un artiste tangérois humble, discret et profondément humain. Ceux qui l’ont connu parlent d’un homme simple, attaché à son art plus qu’à la reconnaissance, laissant derrière lui une empreinte sincère dans la mémoire artistique de la ville.
Aujourd’hui, Mohamed est fragilisé par les épreuves de la vie, de la rue et d’une dépendance qui l’a peu à peu détruit et défiguré, au point d’effacer presque les traits du jeune homme sensible qu’il était autrefois.
Selon des informations reçues, Mohamed a été connu et accompagné dès la fin des années 2000 par des structures associatives, alors que son père était encore en vie. Il a tenté à plusieurs reprises de s’en sortir, mais son parcours a été marqué par des rechutes successives, révélant la complexité et la dure réalité des trajectoires liées à l’addiction.
Depuis ces photos, qui datent de 2014, il m’a donné un surnom… ma journaliste (الصحافية ديالي).
Un mot simple mais profondément chargé de sens, comme s’il reconnaissait en moi celle qui a gardé une trace de son existence, de son nom et de son histoire, avant que la dérive ne prenne trop de place.
Beaucoup croisent son visage dans les rues de Tanger sans connaître son identité, sans savoir qu’il est le fils d’un peintre, ni qu’il appartient à une mémoire artistique discrète de la ville. La drogue, la rue et l’oubli ont progressivement altéré son apparence et son destin, transformant un visage autrefois concentré et habité par le dessin en une présence marquée par la souffrance.
Pourtant, derrière l’errance visible, subsiste une sensibilité artistique. Ses dessins, réalisés avec des moyens simples, témoignent d’un regard patient et précis, comme une trace fragile d’un héritage qu’il porte encore malgré la précarité.
Son visage est devenu familier, presque anonyme, alors qu’il porte une histoire profondément humaine, entre héritage artistique et chute silencieuse.
Nommer son nom aujourd’hui, c’est lui rendre une dignité que la rue, la dépendance et le temps ont tenté d’effacer.
Mohamed Bernoussi.
Par Sanae Alami
























