BIENVENUE DANS L’ÂGE DE LA SÉLECTION !

Par Oussama OUASSINI,
L’homme qui murmure aux oreilles des Hommes d’État

Pendant trente ans, la planète finance a vécu sur une anomalie géante, un braquage à ciel ouvert : L’ARGENT JAPONAIS NE COÛTAIT RIEN. Zéro. Nada. Moins que l’eau du robinet un jour de sécheresse.

Tu empruntais des yens pour trois fois rien et tu partais festoyer aux quatre coins du globe : Treasuries américains, obligations européennes, immobilier de nabab à Londres, actions dopées au carry trade. Le Japon jouait les bienfaiteurs de l’humanité, l’oncle généreux qui finance la tournée générale de la Terre entière sans jamais voir la couleur de l’addition.

Sauf que la fête est finie. Le patron a rallumé la lumière.

La Banque du Japon a relevé son taux directeur à 1,25 % — un sommet qu’on n’avait pas vu quand l’iPhone n’existait même pas. Et le 10 ans nippon dépasse allègrement les 3 %. Pour un Européen, ça ressemble à un rendement de livret A un peu poussif. Pour le Japon, c’est l’apocalypse nucléaire financière : après des décennies de perfusion à taux zéro, le 10 ans a connu sa plus violente secousse en vingt ans.

Résultat ? Pourquoi un fonds de pension de Tokyo irait-il risquer ses billes dans la pampa occidentale ou s’emmerder avec des obligations pourries quand il peut enfin faire du gras pépère à la maison ?

C’est là que le château de cartes commence à tousser.

LA FIN DE LA RÉCRÉ : QUAND LES ADDICTIONS SE PAYENT CASH

Ne nous emballons pas : les Japonais ne vont pas solder tous leurs Treasuries demain à la criée. Le séisme est beaucoup plus vicieux et structurel.

LE PRIX DE RÉSERVATION DU CAPITAL JAPONAIS EXPLOSE.

Si t’es investisseur à Tokyo et que ton pays te sert du 3 % sans que tu aies à traverser le Pacifique en sueur, tu exiges la même prime aux autres. Et le reste du monde, déjà sous assistance respiratoire, doit s’aligner. Le 10 ans américain a crevé le plafond des 5 %, un niveau qu’il n’avait plus frôlé depuis le grand plongeon de 2008. Les Bunds, les OAT françaises et les Gilts britanniques suffoquent du même mal.

Ce n’est pas un caprice japonais. C’est la mise en bière du dernier grand pilier du monde des taux artificiels.

Pendant quinze ans, la Fed, la BCE et la Banque du Japon ont joué aux apprentis sorciers avec leurs QE, leurs Yield Curve Control et leurs taux négatifs. Un cocktail magique qui a permis aux gouvernements de s’empiffrer de dettes en sifflant du champagne, persuadés que l’ardoise ne leur serait jamais présentée. Ed Yardeni le résume avec la délicatesse d’un parpaing : les banques centrales ont offert aux États un passe-droit magique pour accumuler des déficits abyssaux sans passer par la case gueule de bois.

Sauf que la gueule de bois est là, mes aïeux.

DIESEL : LE LAIT MATERNEL DE L’ÉCONOMIE ET LE RACKET DE WASHINGTON

Et pendant que la finance mondiale découvre que le papier-monnaie a un coût, la matière, elle, commence à suffoquer. Car ne l’oublions jamais : le diesel, c’est le lait maternel de l’économie. Sans lui, les camions s’arrêtent, les tracteurs dorment, les usines meurent et les supermarchés sonnent creux. C’est le carburant brut de la vraie vie, pas du trading haute fréquence.

Et c’est précisément là que l’hypocrisie occidentale implose en direct.

Regardez l’incroyable scène de ménage géopolitique qui se joue sous nos yeux : Washington vient d’ordonner à la France et à l’Allemagne de vider d’urgence leurs stocks stratégiques de diesel pour calmer la flambée des prix et sauver les miches électorales de l’administration américaine. La menace est d’une élégance rare : « Ouvrez les vannes de vos réserves de sécurité, ou on vous colle un embargo total sur nos exportations de diesel américain ! »

Du grand art. L’Oncle Sam, après avoir incendié le marché de l’énergie avec ses guerres et ses bêtises, vient toquer à la porte de Paris et de Berlin en brandissant un revolver pour leur piquer leurs réserves de survie. C’est la panique à tous les étages : on demande aux Européens de jouer à la roulette russe avec leur sécurité énergétique juste pour maquiller une pénurie avant les élections de mi-mandat.

LA VALSE des PORTE-MONNAIE VIDES

Prenant pour exemple notre chère et tendre France, exactement là, où Paris va devoir émettre près de 340 milliards d’euros de dette en 2027. Le problème français, ce n’est plus seulement une gestion budgétaire digne d’un ado flambeur dans un casino de Macao ; c’est qu’on essaie de refinancer notre passé glorieux au moment précis où le robinet mondial est coupé et où les Américains viennent siphonner nos dernières gouttes de diesel..

Si le Japon avait continué à brader son épargne pendant vingt ans encore, nos technocrates auraient pu continuer à danser sur le pont du Titanic. Mais avec un Japon qui rémunère son épargne à 3 %, la foire d’empoigne commence :

  • Washington douille.
  • Paris douille.
  • Londres douille.
  • Rome douille.

Et soudain, le seul vrai patron de la République refait surface : LE MARCHÉ OBLIGATAIRE. Pas besoin de motions de censure, les taux d’intérêt se chargent de distribuer les gifles.

L’ÂGE DE LA SÉLECTION : ADIEU LES ZOMBIES, BONJOUR LE RÉEL

C’est pour ça que le Japon pèse lourd, très lourd. Tokyo ne fait pas que normaliser sa politique monétaire : il enterre la dernière grande parenthèse magique ouverte après 2008.

Quand l’argent gratuit s’évapore et que le diesel devient une monnaie d’échange sous la menace d’un shérif texan, la sélection naturelle reprend ses droits. Les entreprises zombies qui vivaient sous perfusion bancaire vont enfin crever la gueule ouverte. Les projets cons comme des balais ne trouveront plus un centime. Les États devront enfin justifier pourquoi ils claquent notre pognon au lieu de le mendier en pleurnichant.

Et le capital, enfin lucide, retourne vers ce qui a du coffre, du vrai, du lourd :

  • L’ÉNERGIE (parce que faire tourner un monde sans pétrole, sans diesel et sans électrons, c’est du cosplay).
  • LE COMPUTE (parce qu’on ne pilote pas le futur avec des bouliers).
  • L’INFRASTRUCTURE (du béton, du fer, du concret).
  • L’INDUSTRIE ET LA ROBOTIQUE (parce qu’on ne vit pas d’amour, d’eau fraîche et de notes de frais ministérielles).

Le Japon n’a donc peut-être pas déclenché une simple crise obligataire. Il est en train de refermer la dernière grande parenthèse monétaire ouverte après 2008. Et si c’est le cas, l’événement le plus important à Tokyo ne sera pas le niveau du yen. Ce sera le jour où le reste du monde comprendra que l’épargne japonaise n’est plus gratuite à louer.

ET LE MAROC DANS TOUT ÇA ? L’ÉTAU SE RESSERRE SUR LA RIVE SUD

Pendant ce temps, à Rabat, on pourrait croire que les soubresauts de Tokyo et les crises de nerfs de Washington ne sont que des bruits de bottes lointains. Erreur fatale. Pour une économie ouverte et importatrice comme le Maroc, la double peine frappe en plein cœur :

  • L’inflation importée par l’énergie : Quand le diesel devient le nerf de la guerre et que les super-puissances s’arrachent les barils sous la menace, la facture énergétique marocaine prend l’ascenseur. Chaque tension sur le fret, chaque secousse sur les hydrocarbures se transmet instantanément au coût de transport, à l’agriculture et aux prix à la consommation. Le « lait maternel de l’économie » qui s’affole, c’est l’inflation importée assurée dans l’assiette et sur les routes du royaume.
  • Le marché obligataire et le coût de la dette : Lorsque le Japon retire sa perfusion et que les taux mondiaux s’emballent, le Trésor marocain ne peut plus emprunter au rabais sur les marchés internationaux. La compétition mondiale pour attirer le capital se durcit, et se financer devient un sport de combat. Les exigences de rentabilité des investisseurs se tendent, obligeant les gestionnaires publics à redoubler d’ingéniosité pour éviter que la note de la dette ne plombe les grands chantiers d’infrastructure du pays.

 

La récréation planétaire est finie : du Japon aux côtes atlantiques, le temps des factures salées est de retour.