Non, ça ne peut plus continuer comme ça.

À Tanger, on ne vit plus dans les rues, on y survit. Motos qui slaloment à 80 km/h, trottinettes électriques qui grillent les feux, camions qui traversent le centre-ville à toute vitesse. Le résultat est toujours le même: des ambulances, des familles brisées, des morgues pleines.
On vous l’avait déjà dit. En début d’année, on avait déjà publié deux articles pour alerter. Rien n’a été fait. Et en octobre, les morts ont repris.

Les chiffres qui font honte
Au Maroc, les accidents impliquant des cyclomoteurs font plus de 1.400 morts par an, dont 44% sont des jeunes de 15 à 29 ans. Ce sont nos enfants.
Le bilan national ne cesse de s’aggraver. De 834 morts en 2022 à 993 morts en 2023, plus 4.413 blessés graves et 111.478 blessés légers. Et Tanger est en première ligne de ce carnage.
La cause est connue: vitesse excessive, conduite imprudente, dépassements dangereux, non-respect des feux, absence de casque, conduite sous influence. Ce ne sont plus des accidents. Ce sont des homicides prévisibles.

Le dernier drame: un jeune tué sur sa moto
Cette semaine encore, un jeune homme a perdu la vie, percuté par un automobiliste. Mort sur le coup. Dépouille à la morgue, enquête du parquet, comme toujours.
On dira : « l’accident a été provoqué par l’excès de vitesse du véhicule ». C’est vrai, mais c’est faux. C’est incomplet.
La vraie responsabilité est collective. Elle incombe aux départements chargés de l’organisation de la circulation à Tanger et dans tout le Maroc, qui laissent vélos, motos et trottinettes se partager la même chaussée que les TIR et les taxis, sans aucune protection.

Un décret qui ne protège rien
Le Conseil de gouvernement avait d’adopter le décret n°2.24.393 pour intégrer les trottinettes et vélos électriques dans le Code de la route. On nous parle de « véhicules de déplacement personnel motorisés », de vitesses entre 6 et 25 km/h, d’interdiction de transporter un passager.
Mais où sont les mesures qui sauvent? Où sont les pistes cyclables?
En France et en Espagne, la trottinette est OBLIGÉE de circuler sur piste cyclable. Hors agglomération, c’est piste cyclable ou rien. À Tanger, à 3 ans de la Coupe du Monde 2030, on n’a toujours pas une seule grande avenue avec une piste réservée aux deux-roues. Ni sur Moulay Rachid, ni sur Mohammed VI, ni au centre-ville.
On réaménage la ville, on refait les boulevards, on prépare 2030, mais on oublie l’essentiel: l’espace pour que les jeunes ne meurent pas.

On exige, maintenant
Tanger n’a plus besoin d’un communiqué de condoléances, d’une autre enquête ou d’un décret de définitions juridiques. Elle a besoin d’une intervention rapide et définitive:
* Des pistes cyclables obligatoires et protégées sur toutes les grandes avenues, comme projet pilote immédiat.
* L’interdiction des TIR en ville aux heures de pointe et dans les petites ruelles.
* Une répression sévère et permanente: casque, vitesse, feux, permis. Zéro tolérance, pas une campagne d’une semaine.
* Un vrai plan de stationnement et de circulation qui sépare les flux: voitures, camions, deux-roues, piétons.
Chaque semaine sans action, c’est une personne de plus en danger. Chaque article qu’on republie, c’est parce qu’un autre est mort.
Tanger mérite mieux que de compter ses morts. Elle mérite des rues où l’on peut marcher, rouler et vivre sans avoir peur.
Le temps des promesses est terminé. Maintenant il faut agir.