La célèbre phrase de l’écrivaine espagnole Almudena Grandes, « No es una crisis, es una guerra y la hemos perdido », résume à elle seule l’échec de la stratégie menée depuis des années par la droite espagnole, et même par une partie de la gauche, contre le Maroc sous prétexte de défendre Ceuta face à une prétendue « invasion ».
En réalité, l’objectif n’a jamais été Ceuta. Le véritable enjeu, celui qui obsède Madrid et ses relais au Parlement européen, est la domination du détroit de Gibraltar. Ce couloir de 14 kilomètres par lequel transite près de 15% du commerce maritime mondial et 30% du trafic conteneurisé est devenu le nerf de la guerre économique mondiale. Et l’Espagne voulait en faire son monopole.
Ce que l’on observe aujourd’hui à Hormuz, où la moindre tension fait flamber les prix du pétrole et menace la sécurité énergétique mondiale, est peut-être ce que Madrid aimerait vouloir reproduire à Gibraltar. Contrôler le passage, imposer ses règles, faire payer le droit de passage et utiliser le détroit comme arme de chantage géopolitique face à l’Europe, à l’Afrique et au monde arabe. Soutenue par ses députés de droite à Bruxelles, l’Espagne a tenté de transformer un différend bilatéral sur Ceuta en une question européenne pour légitimer son contrôle exclusif du détroit.
Mais le Maroc avait depuis longtemps pressenti cette manœuvre. Et il a surclassé l’Espagne sur son propre terrain. Avec le développement fulgurant du complexe portuaire Tanger Med, premier port d’Afrique et de Méditerranée, avec le lancement du port de Nador West Med, avec la stratégie de souveraineté énergétique et logistique et la nouvelle vision atlantique du Royaume, Rabat a renversé l’équilibre. Aujourd’hui, ce n’est plus Algésiras qui dicte la loi dans le détroit, c’est Tanger Med. Les grandes compagnies maritimes mondiales l’ont compris, les investisseurs aussi. La carte de la domination espagnole est caduque.
Et puis il y a le dernier accord tripartite scellé le 16 septembre 2026 à New York entre le Maroc, les États-Unis et Israël, en présence de Nasser Bourita, Gideon Sa’ar et de l’Ambassadeur américain à l’ONU Mike Waltz, qui va bien au-delà d’une simple relance diplomatique.
Cet accord s’inscrit, en effet, dans le prolongement de la Déclaration de décembre 2020 et des Accords d’Abraham, mais avec un contenu beaucoup plus stratégique. Les trois pays ont convenu d’élever leurs bureaux de liaison au rang d’ambassades, de rétablir les vols directs avant fin 2026, et de finaliser deux accords clés sur la protection des investissements et la non double-imposition. Washington a, dans le même temps, réaffirmé sa reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara et son soutien au plan d’autonomie comme seule base réaliste.
Mais le volet le plus sensible est sécuritaire. Cet accord politique fait suite à la signature le 16 avril 2026 de la Feuille de Route militaire USA-Maroc 2026-2036, prolongeable, qui étend officiellement la coopération à la façade méditerranéenne nord et au Détroit de Gibraltar. Dans un contexte de guerre en Iran et de tensions à Hormuz, Washington considère désormais le Maroc comme le pilier de sa sécurité en Méditerranée occidentale, contrôlant l’entrée sud du Détroit.
Comme le soulignent plusieurs médias israéliens et américains, Israël a désormais un intérêt stratégique direct dans la stabilité du Détroit et dans le succès régional du Maroc. Le soutien combiné de Washington et de Tel-Aviv donne à Rabat un levier diplomatique inédit, y compris sur le dossier de Ceuta et Melilla. L’Espagne, qui voulait faire du Détroit son monopole, se retrouve face à un axe Rabat-Washington-Tel-Aviv qui garantit la liberté de navigation et la sécurité du commerce mondial, et qui enterre définitivement ses velléités de domination.
La solution: au lieu de s’enfermer dans des crises fabriquées et des guerres indirectes qui affaiblissent les deux rives, l’heure est à la lucidité. L’Europe, menacée à l’Est par la guerre menée par Poutine, confrontée à une crise sécuritaire et migratoire sans précédent, n’a aucun intérêt à ouvrir un nouveau front au sud. La seule voie réaliste et durable est celle de la coopération, du bon voisinage et du partenariat stratégique avec le Maroc. C’est ce que les voix les plus lucides en Europe commencent à dire. L’Espagne ferait bien de les écouter, avant de perdre définitivement une autre guerre qu’elle a elle-même essayé de provoquer.
Qui est Almudena Grandes ?

Almudena Grandes (1960-2021) est l’une des écrivaines espagnoles les plus lues et les plus primées des 30 dernières années. Auteure de Les Âges de Loulou, Le Cœur glacé, et surtout de la saga Épisodes d’une guerre interminable sur la guerre civile et le franquisme, elle était aussi chroniqueuse à El País et à la Cadena Ser. Engagée à gauche, féministe, elle est considérée comme la Galdós du XXIe siècle pour avoir donné une voix aux vaincus de l’histoire espagnole. Prix National de Narration en 2018, elle est décédée à 61 ans.
Sa phrase culte « No es una crisis, es una guerra y la hemos perdido » a été prononcée sur la crise économique de 2008-2012 en Espagne.
Dans ses chroniques de l’époque, elle expliquait : les responsables l’appellent « crise » pour faire croire à un accident passager. Mais en réalité, disait-elle, « c’était une guerre » menée par une élite financière contre les classes moyennes européennes. Une offensive planifiée pour démanteler l’État social. Et en 2012-2013, constatait-elle, les citoyens voulaient retourner « dans les tranchées de leurs ancêtres », mais « il ne restait plus de tranchées ». La guerre était perdue parce que les dirigeants eux-mêmes avaient collaboré avec l’ennemi.
C’est exactement cette métaphore qui s’applique aujourd’hui à la stratégie espagnole contre le Maroc : ce qui est présenté comme une « crise de Ceuta » ou une « crise migratoire » n’est pas une crise, c’est une guerre d’influence pour le contrôle du Détroit. Et sur ce terrain, comme l’avait prédit Grandes, l’Espagne l’a perdue.
Bourita à New York: « Le détroit est une responsabilité, pas une propriété »

Le 17 septembre 2026 à New York, lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU en formule Arria, organisée par le Bahreïn sous le thème « Des mers sûres, une sécurité partagée », Nasser Bourita a livré la doctrine marocaine sur le Détroit.
Face aux tentatives espagnoles de s’approprier le Détroit, Bourita a été très clair : « la gestion des détroits est une responsabilité et non une propriété ». Le Maroc ne voit pas sa position comme un privilège ou un outil de chantage, mais comme une responsabilité internationale.
Il a rappelé les chiffres qui font froid dans le dos à Madrid : près de 100.000 navires par an traversent Gibraltar, soit 300 par jour, un toutes les 5 minutes. C’est 5 fois plus que Suez, 11 fois plus que Panama et 3 fois plus que Hormuz. Et il a annoncé l’initiative marocaine de co-organiser avec Bahreïn un forum international pour élaborer un code de conduite qui garantit que les détroits restent ouverts, sûrs et prévisibles, en respect du droit international. Un tacle direct à ceux qui veulent en faire un instrument de pression.
Les échanges commerciaux entre le Maroc et l’Espagne à travers le détroit de Gibraltar dépassent les 20 milliards d’euros par an, faisant du Maroc le premier partenaire commercial de l’Espagne en Afrique.
Un corridor maritime stratégique:
Le détroit de Gibraltar est un passage clé où transitent chaque année près de 100000 navires.
Les grands ports: Le trafic s’articule principalement entre le port de Tanger Med au Maroc et le port d’Algésiras en Espagne. Tanger Med est devenu un hub logistique majeur en Méditerranée.
La fluidité du transport: Les traversées maritimes de passagers et de fret sont quotidiennes et très rapprochées, reliant les deux rives en moins d’une heure.
Projet de liaison fixe : Des études se poursuivent régulièrement concernant le projet de liaison sous-marine (tunnel ferroviaire) à travers le détroit pour relier directement l’Afrique à l’Europe.
Qu’en serait-il de ce projet?


























