Comme à chaque fois que le Roi Mohammed VI visite Tanger, les populations locales en s’en doublement ravis. Primo parce qu’ils aiment leur Roi, secundo car cette visite est aussi considérée comme un soulagement.

En effet, il suffit d’annoncer une visite royale à Tanger et c’est une transformation radicale qui s’installe dans l’esprit des responsables concernant la gestion quotidienne des affaires de la ville. Alors que les doléances, les contestations et les demandes qui vont jusqu’à la supplication (propreté, sécurité, ordre public, etc.) sont presque automatiquement négligées tout le temps, quand le Roi arrive Tanger se réorganise en un clin d’œil. Et c’est magnifique.
C’est exactement le cas durant cette deuxième semaine du mois de juin et cette situation fait le bonheur de tous les Tangérois.
Dans les rues de Tanger, tous les quartiers confondus, tout paraît propre, organisé, presque parfaitement aménagé et bien structuré. Les foules des mendiants ont comme par miracle disparu, les délinquants se sont volatilisés, les toxicomanes évaporés… Toute cette partie de citoyens qui posait un grave problème s’est miraculeusement éclipsée. Pourtant, durant toute l’année, durant tout le temps, la société civile locale n’avait cessé de crier haut et fort pour que les autorités trouvent des solutions à cette catégorie de personnes vulnérables qui n’a aucun autre moyen pour survivre à part celui de devenir un facteur d’inquiétude sociale et d’insécurité.
Les autorités responsables n’ont jamais essayé de trouver des réponses aux doléances, nombreuses et répétées, des populations locales. Mais à l’annonce de la visite royale, la solution a été vite trouvée. Cela prouve que les solutions existent depuis toujours mais personne ne se soucie de la sécurité des uns et des autres.
Depuis la fin du programme de réaménagement urbain de l’ancienne Médina de Tanger et des principaux quartiers formant le centre-ville, tout le monde a remarqué qu’après cet important effort redonnant à Tanger son statut de ville propre et bien organisée, les choses se sont vite dégradées. Les trottoirs, pourtant neufs, sont devenus très sales, les façades blanches des maisons noircies et les ordures jetées et abandonnées même sur les principaux circuits touristiques.
Certes c’est un problème national, car le civisme fait encore défaut chez la majorité des citoyens depuis que le rôle d’éduquer n’est assumé ni par l’école, ni par la famille marocaine, mais il y a aussi ce rôle presque inexistant des institutions responsables qui ne fait preuve d’aucune sévérité dans le contrôle des entreprises chargées de ce secteur. A Tanger on balaie matin et soir, mais on ne voit jamais des camions citernes et des appareils de haute pression pour nettoyer les rues et les chaussées des grands quartiers de la ville.
Les nettoyeurs haute pression à eau chaude ou vapeur sont des solutions idéales pour désincruster et désinfecter les routes, trottoirs et pavés, et il reste incompréhensible qu’une ville qui se veut propre et moderne ne possède pas au moins une dizaine d’appareils de ce genre.
Un autre problème de taille est devenu une grande source de stress pour tout le monde. Oui, c’est celui de la réorganisation de la circulation routière!
Ce problème est constitué de deux situations graves: d’une part le nombre croissant des véhicules en comparaison avec l’état de routes et chaussées, et la réorganisation des stationnements dans le grand centre-ville.
Et si le premier « obstacle » nécessite des études approfondies et certainement la refonte de toute cette zone centrique pour créer de nouvelles routes et d’autres axes, les tracas du stationnement ne devront plus inquiéter les responsables car la solution existe depuis quelques années déjà. En effet, Tanger dispose désormais de plusieurs parkings dans cette zone offrant des centaines de places de stationnement. Un investissement colossal qui permet d’absorber un nombre important de véhicules et rendre un peu plus fluide la circulation dans ce périmètre du grand centre-ville.
Mais, paradoxalement, on ne fait rien pour imposer la loi et on continue de fermer les yeux devant des milliers de cas de stationnements interdits, en double voie et même sur les trottoirs. A quoi servent alors les fourrières et les contraventions?

Par Abdelam Reddam