C’est une reconnaissance majeure pour le théâtre marocain contemporain. L’Association des Auteurs de Théâtre d’Espagne (ADE Teatro) vient de publier dans sa prestigieuse collection le numéro 129 consacré à Zoubeir Ben Bouchta, l’un des dramaturges les plus importants de la scène marocaine actuelle.
L’ouvrage réunit deux pièces de référence : « PIES BLANCOS » et «EL HOMBRE DEL PAN DESNUDO». Deux textes puissants, ancrés à Tanger, qui confirment la singularité d’une écriture à la croisée de la mémoire urbaine, de la tradition orale et des fractures de la modernité.

Un immense travail réalisé par la Tangéroise Latifa Laamarti,
Professeur universitaire de la littérature espagnole, grande poétesse et traductrice.

La Méditerranée comme scène tragique

Dans Pies Blancos (Pieds Blancs), Ben Bouchta s’attaque à la question la plus brûlante du détroit: la migration. Tout se joue dans un hangar du port de Tanger. La rencontre fortuite de deux hommes devient le prétexte à une dialectique implacable sur les intérêts, les rêves et les désillusions. L’auteur ne tombe jamais dans le discours moralisateur ; il expose la dimension humaine, intime et déchirante d’un phénomène qui continue de hanter la Méditerranée. C’est du théâtre direct, sans fard, qui met le spectateur face à une actualité tragique.
La seconde pièce, El Hombre del Pan Desnudo (L’Homme au Pain Nu), est un dialogue frontal et audacieux avec l’univers de Mohamed Choukri, l’immense et complexe romancier de Le Pain Nu. Mais il ne s’agit pas d’une adaptation. Ben Bouchta engage une véritable lutte d’idées avec le mythe Choukri, une confrontation avec le moi, imprégnée d’éléments poétiques et symboliques forts. Il interroge l’héritage, la marginalité et la liberté absolue que Choukri a incarnée à Tanger.
Avec ces deux textes, ADE Teatro offre au public hispanophone une porte d’entrée idéale vers une dramaturgie qui questionne sans cesse les frontières, qu’elles soient géographiques, sociales ou personnelles.

Zoubeir Ben Bouchta n’est pas un auteur comme les autres. Il est Tanger. Né, vivant et créant dans la ville du détroit, il en est devenu l’un de ses chroniqueurs les plus lucides.
Dramaturge et homme de théâtre complet, il a fait de Tanger non pas un simple décor, mais un véritable personnage, vivant et contradictoire. Son œuvre est profondément enracinée dans l’âme de la médina, dans les histoires des gens du port, des cafés et des marges.
Il est également connu pour avoir sauvé Riad Soltan à Tanger en le transformant en un haut lieu de la culture et du théâtre.
Avec cette édition espagnole, c’est toute une ville-monde, Tanger, avec ses voix, ses douleurs et sa poésie, qui monte sur les scènes d’Espagne.
Bravo Zoubeir et Latifa.