La rentrée artistique à Tanger a enfin sa date. La Gallery Kent donne le ton le vendredi 9 octobre à 19h avec le vernissage de «À travers la fenêtre», une exposition personnelle de Mohammed Jaamati, figure discrète mais majeure de la peinture du Nord.
Né en 1961 à Tétouan, où il vit et travaille, Jaamati est de cette génération qui a fait le pont entre l’Institut National des Beaux-Arts – dont il est membre du jury officiel et professeur visiteur – et la salle de classe. Professeur au lycée Hassan II, inspecteur principal de l’enseignement plastique pour Tétouan-Larache-Chefchaouen, fondateur du Musée du patrimoine artistique de l’Education Nationale à Tétouan, il a formé des générations d’artistes. Membre de l’Association des aquarellistes espagnols, il se singularise par une peinture d’une précision presque maniaque, à l’huile ou à l’acrylique, qui bouscule le regard.
Son sujet de prédilection? La figure humaine abandonnée, la femme SDF, le visage marqué par la lumière crue, le paradoxe entre la dignité et l’indifférence sociale. Jaamati ne peint pas pour décorer, il peint pour nous forcer à regarder à nouveau. D’où ce titre, «À travers la fenêtre», comme une invitation à sortir du voyeurisme et à entrer dans la réflexion et le rêve. Une peinture qui fait surgir la liberté de l’imagination au milieu de l’ordre le plus rigoureux.
Cette exposition tombe à point nommé pour une rentrée artistique tangéroise qui s’annonce bouillonnante. Et si Tanger rayonne aujourd’hui, si les vernissages s’enchaînent et si les artistes du Nord trouvent enfin une maison, on le doit en grande partie à une femme. Aziza Laraki.
Depuis presque huit ans, avec sa Gallery Kent nichée rue Jabha Al Watanya, l’ancien show-room familial transformé en écrin d’art contemporain, Aziza a réussi un pari fou. Avec un Master de business de Sup de Co Marrakech et de Chicago, passée par Mobil Oil et Méditelecom, elle a imposé une exigence totale. En une cinquantaine d’expositions, elle a défendu Bellamine, Latiris, Mahi Binebine, Abdelkrim Ouazzani, Omar Mahfoudi, Mohamed Benyaïch, Itaf Benjelloun et bien d’autres.
Mieux, elle a exporté Tanger. En février et mars derniers, sa galerie était à JustMad, la grande foire d’art contemporain de Madrid, puis à l’Espacio Mados, avec une résidence de ses artistes femmes à la Casa Madre. Choisi cette année pour représenter Tanger à l’exposition nationale « 60 ans de peinture au Maroc » à Rabat sous le Haut Patronage de SM le Roi, Gallery Kent est devenue la référence.
Honorer la mémoire de son père, dont l’âme plane sur ce lieu historique tout près du boulevard Pasteur, et offrir à Tanger une galerie digne de son statut de ville internationale, c’est le double pari gagné par Aziza Laraki. Avec Jaamati, elle confirme sa ligne: le meilleur de l’art pensé et créé à Tanger et dans le Nord, avec une exigence qui n’a rien à envier aux grandes capitales.
























