Malgré toutes les difficultés auxquelles fait face le secteur de la santé, des signes d’une volonté de progresser existent.
Dans le secteur privé, Tanger et la région Nord ont leur première hématologue du secteur privé. Une spécialité d’une énorme importance. Interview:
 

Vous êtes la première hématologue basée à Tanger dans le secteur privé. Quelle est aujourd’hui l’importance de cette spécialité dans une ville et une région où les malades qui en ont besoin sont de plus en plus nombreux ?

 
Oui, effectivement je suis la première hématologue installée au nord du royaume dans le secteur privé. C’est une lourde responsabilité ! Surtout que l’hématologie est une des spécialités des plus compliquées en termes d’étude initiale de la maladie. Il est difficile de diagnostiquer les maladies du sang du premier coup, vu le nombre important de mutations génétiques et variations qui se produisent dans les différentes lignées des cellules sanguines.
Sinon concernant la deuxième partie de votre question, il est temps que les habitants du « nord » disposent de toutes les spécialités médicales dans leur propre région, cette région longtemps oubliée. Heureusement depuis deux ans, les patients hématologiques n’ont plus besoin de se déplacer à Rabat ou Casablanca pour recevoir leur traitement de chimiothérapie ou suivi, que ce soit au public comme au privé. Ce qui était en plus du lourd fardeau de souffrir un cancer, les malades devaient chercher un logement dans une autre ville la période de durée du traitement, sans parler du cout supplémentaire que cela implique.
 

Comme hématologue, vous traitez plusieurs maladies du sang dont des cancers. Quel constat faites-vous concernant le développement de ces maladies à Tanger et dans sa région?

 
Grâce à l’ouverture du CHU, l’hématologie est en train de se faire une plus grande place à Tanger. Les patients bénéficiant du RAMED sont pris en charge à l’hôpital d’oncologie Sheikh Zayed Al Nahyane, construit par l’association Lalla Salma, où travaillent d’excellents onco-hématologues du secteur public, dans un établissement multidisciplinaire à la pointe de la technologie. Pour les patients privés et mutualistes, nous passons les traitements de chimiothérapie et radiothérapie dans la Clinique d’Oncologie de Tanger, également un centre d’un sérieux sans égal !
Dans le domaine de l’oncologie, Il y a une très bonne communication et synergie entre professionnels du secteur privé et public à Tanger, ce qui facilite les choses pour les patients.
Cependant, même si les traitements de chimiothérapie sont casi-totalement pris en charge, que ce soit au public par le RAMED ou au privé par les mutuelles, le grand problème qui se pose est d’arriver au diagnostic de certaines maladies à cause du cout élevé de certaines analyses sanguines, souvent des examens moléculaires, génétiques sous-traités en France, que le patient doit payer de sa poche. On se retrouve plusieurs fois sans diagnostic par faute de moyens. De ce fait, nous sommes très limités durant notre exercice professionnel, nous subissons un stress supplémentaire, d’un composant purement « social », pour demander tel ou tel examen.
 

Quel a été le parcours de Yasmina Skiredj jusqu’à l’ouverture de votre cabinet médical à la rue Carnot, à Tanger?

 
Je suis née et j’ai grandi à Tanger, j’ai eu mon baccalauréat scientifique au lycée Regnault en 2004. Par la suite, venant d’une famille hispanophile, j’ai fait mes études de médecine générale en Espagne, à Santiago de Compostela, puis la spécialité entre Huelva et Sevilla. J’ai passé quelques mois de formation en onco-hématologie pédiatrique à l’hôpital d’enfants Armand Trousseau à Paris. A mon retour au Maroc, j’ai passé une année au service d’hématologie clinique de l’hôpital Militaire d’Instruction Mohamed V à Rabat, ce qui a été pour moi une expérience très enrichissante, un atterrissage en douceur dans le milieu sanitaire marocain, où les moyens ne sont pas toujours présents, ce qui complique davantage notre travail.
 

Votre choix de cette spécialité est-il fait parce quelle est rare ou pour d’autres raisons ? Qu’aurez vous fait si vous n’auriez pas opté pour la médecine ?

 
Alors, j’ai choisi l’hématologie à cause d’une anecdote vécue en troisième année de médecine, lorsqu’on faisait des stages dans plusieurs spécialités pour les découvrir dans leur pratique. Il se trouve que par le hasard des choses, j’ai commencé par un stage en hématologie clinique. En assistant le premier jour à une ponction sternale (examen que l’on fait pour étudier les cellules sanguines mères de la moelle osseuse) je me suis évanouie ! Par la suite, j’ai ressentie une connexion harmonieuse et profonde avec les cancers du sang et la vulnérabilité de ses patients souvent immunodéprimés.. La difficulté de cette spécialité, m’a aussi attiré, parce que oui j’aime les défis ! Donc finalement après avoir réussi le concours de spécialité MIR, j’ai opté pour cette belle et compliquée spécialité ! Je trouve que l’hématologie représente l’allégorie de la femme dans tous ses aspects ! (rires)
Si je n’avais pas fait médecine, j’aurai étudié sciences politiques et je me serais dédiée au journalisme. Mes matières préférées au lycée étaient l’histoire-géo, la philosophie puis en second lieu la biologie.. Mais la médecine coule dans mes veines, c’est une histoire de famille transmise de père en fils, donc ça a toujours été mon premier choix, ma dévotion, ma vocation.
Propos recueillis par Abdeslam REDDAM