« Les premiers effets se font déjà sentir. Des chauffeurs ont été refoulés aux frontières, d’autres contraints de modifier leurs itinéraires, parfois avec interdiction de transiter par certains pays. Si le phénomène reste encore limité, nous redoutons une montée en puissance rapide dans les prochains mois.»
Le président de l’AMTRI, Amer Zghinou craint le pire et il a raison de le faire.

« On a frappé à toutes les portes et contacté tous les responsables sans exception, mais personne ne nous a répondu. Le système de lEES est tout simplement inacceptable pour notre secteur. Nous allons tout faire pour que notre voix soit entendue par les départements nationaux responsables et pour qu’ils agissent positivement auprès des responsables de l’Union européenne« , réplique Ahmed Gharrabi, président de la Fédération Nationale du Transport Multimodal (FNTM).


La mise en œuvre du système d’entrée-sortie (EES) de l’Union européenne est une menace directe pour les professionnels du transport routier international marocain.
Ces derniers font déjà face à une dure situation causée par la hausse des prix du carburant et une déstabilisation grandissante qui vient secouer un secteur stratégique pour les échanges extérieurs du Royaume.
A AMTRI, les responsables ne cachent plus cette crainte de plus en plus grandissante, notamment depuis l’entrée en rigueur du système d’entrée-sortie (EES) par l’Union européenne. Dans la profession, on parle d’accumulation de fragilités structurelles exposant le secteur à un risque de décrochage.

Pourquoi l’EES pose problème?
Si dans l’espace Schengen le système EES a été installé pour renforcer la sécurité et moderniser la gestion des flux migratoires via le système EES une automatisation complète du contrôle des entrées et sorties aux frontières, il pose en revanche un sérieux problème pour les professionnels du transport TIR. La fluidité des contrôles à en effet créé un effet inverse car, comme l’explique Amer Zghinou, « en cas de dépassement des 90 jours autorisés par le visa, les chauffeurs se retrouvent bloqués, avec des restrictions de circulation qui compliquent fortement l’activité. Les entreprises n’ont alors d’autre choix que de mobiliser plusieurs chauffeurs pour un même camion, avec les charges supplémentaires que cela implique en termes de salaires, en visas et logistique ».
« Des chauffeurs ont été refoulés aux frontières. D’autres ont été contraints de modifier leurs itinéraires, parfois avec interdiction de transiter par certains pays. Si le phénomène reste encore limité, nous redoutons une montée en puissance rapide dans les prochains mois », précise le président de l’AMTRI.

Où est le problème?
Ce que craignaient les professionnels marocains est devenu aujourd’hui une réalité. Les chauffeurs marocains du transport TIR circulent dans l’espace Schengen avec un visa touristique. Or, ce n’est pas logique vu le nombre des entrées et sorties qu’ils effectuent durant l’année. Ces professionnels devraient depuis longtemps avoir un statut adapté à leur situation. Un visa spécial adapté à la réalité du métier.
Avec l’entrée en vigueur de l’EES, cette fragilité devient visible et immédiatement punissable. Les transporteurs craignent ainsi une multiplication des refus de visa, des sanctions administratives, voire des interdictions d’entrée sur le territoire européen.
A l’AMTRI, cela fait plus d’un an que les responsables appellent les autorités espagnoles et marocaines à agir et repenser ce système les concernant.
Mais jusqu’à maintenant, aucune mesure concrète n’a été prise.
Et pour qu’il y ait une réaction, les responsables d’AMTRI ne comptent pas rester les bras croisés. Lors d’une rencontre organisée à Tanger, Amer Zghinou a parlé ouvertement d’une grève à l’échelle nationale et internationale. Au-delà de la contestation, c’est un appel à une réforme en profondeur qui est lancé portant principalement sur l’adaptation du régime des visas, la mise en place d’un mécanisme d’indexation, une politique de formation repensée et un encadrement de la concurrence étrangère.

Abdeslam Reddam