Les forêts urbaines jouent un rôle clé en tourisme en offrant des espaces de récréation, de détente et de reconnexion avec la nature au cœur des villes. Elles attirent les visiteurs pour la randonnée, le vélo, l’observation de la nature, la sylvothérapie, et proposent des hébergements insolites. Elles valorisent le patrimoine écologique et culturel local.

Dans un communiqué publié à l’issue de la deuxième session de son conseil d’administration, tenue en janvier 2026, l’Observatoire pour la protection de l’environnement et des monuments historiques de Tanger, avait renouvelé sa demande de transfert de la propriété des forêts urbaines et périurbaines de Tanger à l’Agence nationale des eaux et forêts. Cette démarche vise à leur conférer le statut de parcs nationaux et d’espaces publics, assurant ainsi une meilleure protection juridique, une gouvernance renforcée et une valorisation accrue de leurs fonctions écologiques, sociales et récréatives.
Selon les données communiquées, le domaine forestier urbain et périurbain de Tanger couvre une superficie globale d’environ 5.322 hectares, dont seulement 1.368 hectares relèvent actuellement du domaine forestier public.
Ces espaces se répartissent notamment entre les forêts de Feddane Chappo, Jbel Kbir et Rahrah. La faiblesse de la part relevant du domaine public expose plusieurs zones à une forte pression urbaine et à la spéculation foncière.
La réunion avait également mis en lumière la valeur environnementale élevée de ces forêts, qui abritent des sites classés d’intérêt biologique et écologique. Parmi eux figurent le site du Cap Spartel, couvrant près de 1.000 hectares, et celui de Perdicaris, sur environ 68 hectares, conformément au plan directeur des aires protégées.
Mais est-ce que le fait que ces forêts relèvent du domaine public les protègent réellement de la menace de disparition?
Les forêts urbaines, cruciales contre les îlots de chaleur, sont menacées par l’urbanisation galopante, le changement climatique et la gestion négligée. Ces pressions réduisent la biodiversité, augmentent les risques d’inondations et dégradent la qualité de l’air. Leur disparition accroît la vulnérabilité des villes face aux catastrophes naturelles.
A Tanger, deux graves problèmes menacent véritablement la santé des écosystèmes forestiers urbains.
D’abord m, la gestion inadaptée. Le manque d’entretien, le choix inadapté des espèces d’arbres, et les infrastructures souterraines nuisent en effet à la croissance et à la survie des arbres en milieu urbain.
Ensuite, la pollution de l’air, de l’eau et des sols, associée à l’imperméabilisation des sols, empêchant la régénération naturelle et dégrade le milieu de vie des arbres. Et c’est là qu’on retrouve l’action directe d’une catégorie de citoyens dont la seule présence durant une seule journée (de pique-nique) se transforme en une énorme danger pour une forêt urbaine.
Durant sa petite évasion pour (respirer!) un air propre au cœur de la forêt de Perdicaris, le week-end dernier, l’artiste Sanae Alami en est revenue furieuse:
« Perdicaris est une forêt qui mérite d’être protégée à la hauteur de son histoire, mais la réalité est là: des déchets, de la négligence. Il est temps d’agir via des sanctions contre l’incivisme, un entretien régulier, des poubelles vidées et une surveillance, parce qu’un lieu comme celui-ci mérite du respect et des actes…! »
La vidéo que Sanae a diffusé sur sa page Facebook est une alerte lancée aux autorités responsables et aux associations militant pour protéger les forêts. Les séquences, qui durent quelques secondes, montrent clairement qu’une forêt, même quand elle fait partie du domaine forestier, n’est pas protégée. Perdicaris en est l’exemple.
Les citoyens demandent que les forêts soient protégées et conservées, mais quand ils y ont accès, ils deviennent la première menace contre ces zones.
En jetant ses déchets plastiques, en allumant un feu au pied d’un arbre, l’action de l’homme contre une forêt urbaine (Perdicaris) où il passe une journée avec sa famille ou ses amis, est aussi menaçante que le béton et les briques des constructions illégales et informelles qui ont envahi la forêt de Rahrah. Le résultat est le même : la destruction.

Le contre-exemple espagnol

La Costa Daurada, en Catalogne, ressemble énormément à la côte du Nord du Maroc, allant de Tanger jusqu’à la zone de Tétouan et Chefchoauen. Sauf qu’en matière de gestion des zones forestières urbaines, les concepts dans les deux rives sont très différents.
À Tarragone, par exemple, la présence de villes touristiques dans des zones boisées résulte de la combinaison d’une géographie méditerranéenne contrastée et d’une stratégie de tourisme durable. Les stations balnéaires de la Costa Daurada côtoient des espaces naturels, comme le Parc Naturel des Ports, offrant un mélange de plages, de pinèdes et de montagnes.
La région mise sur le tourisme durable, intégrant des activités de nature (randonnée, VTT) à proximité des stations balnéaires. Le développement urbain respecte souvent ces zones de verdure pour renforcer l’attrait paysager et offrir un cadre de vacances plus exclusif et naturel.
Cette intégration paysagère est un atout majeur de la Costa Daurada, attirant des touristes en quête de paysages préservés à proximité des infrastructures touristiques.
Ainsi, c’est le tourisme durable qui se transforme en protecteur des forêts urbaines, assurant un double bénéfice à la région et à tout le pays.

Par Abdeslam Reddam