Lagune dans le vent à l’extrême sud du Maroc, cette immense étendue d’eau salée avec ses plages de sable blanc, un cite grandiose, un trésor écologique tout en courbe, long de 37 kilomètres pour 400 kilomètres carrées de superficie constitue un paradis pour les oiseaux migrateurs, la biodiversité en général, et les amateurs de Kitesurf, en particulier.
Car, longtemps Dakhla a été une destination recherchée des voyageurs en van, notamment pour une grande descente du nord de l’Europe jusqu’au Sahara, souvent avec des planches et des voiles dans les bagages, mais aujourd’hui ces mêmes vans se sont rarifiés cédant progressivement la place à un autre style de visiteurs.
De fait, actuellement, Dakhla est devenu un immense chantier à ciel ouvert, balayé par le sable venteux du désert et les nuages de poussière des machines. L’ancienne citée espagnole, jadis sous contrôle Mauritanien après les accords de partition du Sahara Occidental, scellés en 1975 entre Madrid, Rabat et Nouakchott, puis récupérée ensuite par le Royaume du Maroc, poursuit la mue qu’elle a entamé au mitan des années 2000, passant d’une ancienne garnison peuplée de pécheurs que les pouvoirs publics, prenant conscience des atouts naturels qu’offrait la lagune, ont transformé en une image de carte postale entre désert et océan.
STATION DE DESSALEMENT
Jadis, il y a vingt ans, la ville se résumait à une route principale, tres peu de constructions en dur et quelques restaurants disséminés… Sur la période 2016-2021 un plan de 77 milliards de Dirhams fut alloué à l’effet d’assurer, le raccordement au réseau électrique national, la réalisation d’une voie express de près de 1000 kilomètres entre Tiznit et Dakhla, la construction d’un port et celle d’une usine de dessalement. Si le réseau électrique est opérationnel, et l’artère routiere achevée, l’entrée en fonction du port n’est prévue qu’en 2028.
En revanche la station de dessalement quant à elle, ne démarrera qu’en 2026, avec une production prévisionnelle annuelle de 37 millions de mètres cubes d’eau, dont 80 % alimenteraient un futur périmètre agricole de 5200 hectares, et les 20 % restants les besoins de la commune de Dakhla.
Les gigantesques travaux de canalisation et voieries en perspective pour relier le cite de dessalement à la ville, s’inscrivent dans la rentabilisation de ces terres fertiles, ou il est prévu de produire annuellement plus de 400000 tonnes de fruits et légumes, un projet qui intègre à la fois, unité de dessalement, des surfaces irriguées et un parc éolien déjà en service qui fournira l’usine en électricité.
RAYONNEMENT DIPLOMATIQUE
Solidement implanté sur les provinces du Sud, le Royaume du Maroc s’illustre avec succès par une offensive diplomatique pour rallier des soutiens à son projet d’autonomie, auquel n’ont pas manqué de souscrire, la France, Royaume -Uni, Espagne et Allemagne pour ne citer que quelques nations parmi tant d’autres, affirmant que le présent et l’avenir du Sahara Occidental s’inscrit dans le cadre de la souveraineté Marocaine. Autrement dit, elle s’incarne enfin dans une politique d’investissements massifs, avec l’objectif de transformer les provinces du Sud en un nouvel Eldorado pour le Royaume Chérifien.
Par ailleurs en soubassement et sans le dire ni le crier haut et fort sur tous les toits, ouvrir le Sahel à l’atlantique, c’est probablement et conjointement un objectif muri, de désenclaver ces économies éloignées du commerce maritime, et parallèlement, une stratégie visant à réduire l’influence de l’Algérie dans cette région du monde. Tel apparait en substance le projet que sa Majesté le Roi Mohamed VI a présenté au Burkina Fasso, Niger, au Mali et Tchad. Selon les éléments de langage de la diplomatie, l’offre vise à améliorer et transformer les économies du Sahel, à faible revenu. Malgré tout, le Royaume du Maroc se déclare prêt à mettre ses infrastructures, routières, portuaires, et ferroviaires à la disposition des quatre pays qui, chacun de leur côté instaureront « une task force » pour préparer l’opérationnalisation du plan.
Eu égard au bas niveau de développement des pays concernés, tous à faible revenu, le chantier parait en outre démesuré, quand on estime que plus d’un tiers de la population vit en dessous du seuil de la pauvreté, et que les infrastructures de la région sont parmi les plus faibles du monde selon les conclusions de la Banque Mondiale, sans préjuger de l’instabilité politique suite aux multiples coups d’état, et une insécurité nourrie par les groupes Djihadistes et les bandes criminelles qui y opèrent…
Au demeurant, si ces pays restent relativement éloignés de l’Atlantique, ils n’en sont pas pour autant coupés ; leurs marchandises transitent habituellement par les ports de Dakar, Lomé, Abidjan et Cotonou qui demeurent bien plus proches.
UNE PAVET DANS LA MARE ALGERIENNE
De fait, il n’en demeure pas moins que certains des fleurons de l’économie du Royaume du Maroc, tels la compagnie aérienne Royal Air Maroc et l’entité financière Attijari Wafabank sont omniprésents, actifs et incontournables au Sahel. Mais c’est surtout sur le plan éducatif et de la formation, que le soft power Marocain s’intensifie, en observant le nombre croissant de jeunes Sahéliens en partance pour étudier et s’installer ensuite au Maroc. Ce sont en définitive de vrais relais d’influence au même titre que certains militaires et douaniers formés au Royaume.
Le Maroc à travers sa proposition d’aide et d’assistance a manifestement saisi le « besoin d’ouverture diplomatique » des pouvoirs Africains en place, cherchant vraisemblablement par ricochet, à convaincre ses partenaires traditionnels comme les Etats-Unis qu’il est en mesure assurément de créer les conditions de paix et stabilité au Sahel.
Une entreprise d’envergure, ambitieuse et oh ! combien incertaine de succès…
Par Afif KhalladI
Docteur en économie et finances
Paris 1 Panthéon -Sorbonne

























