L’une des belles particularités de la visite du Roi Mohammed V à Tanger, en avril 1947, était la participation massive des femmes, toutes vêtues de Hayek blancs, à son accueil au Grand Socco. 76 ans plus tard, un site d’information marocain a utilisé une photo des jeunes femmes Tangéroises qui ont pris part la semaine dernière à un joli “défilé” organisé dans les places et les rues de l’ancienne Médina à l’occasion de la journée internationale des droits de la femme.
La singularité de toutes ces femmes est qu’elles ont décidé de porter le Hayek blanc, en rappel à cette époque durant laquelle, en plus de la djellaba et son Letam, le Hayek était porté par une grande partie des femmes marocaines.
Mais le site a voulu faire une autre lecture de cette initiative. Une lecture pathétique que les associations des droits de la femme, et de l’Homme en général, ne doivent pas laisser passer sans réagir.
Comme le montre le texte diffamatoire, l’auteur de cette grave accusation cherche directement l’injure grossière faites à toutes les femmes Tangéroises et donc à toutes les femmes marocaines. (“Le Hayek rappelle cette époque durant laquelle les femmes étaient “vendues” dans les souks”…) a écrit l’auteur de cet abominable article, qui veut dire que les Tangéroises qui portaient le Hayek étaient toutes des esclaves.
(Les femmes libres habitant l’ancienne Médina de Tanger, qui abritaient beaucoup de bordels, ne portaient pas le Hayek…”), insistait encore le même auteur, insinuant vraisemblablement que le port de cet habit traditionnel était uniquement réservé aux prostituées ou encore (aux femmes d’origine mauresques éloignées de l’Andalousie). Plus scandaleux, impossible.


Ce n’est pas la première fois que ce genre d’initiative a été critiqué par certaines parties au Maroc. En avril 2019 un défi avait été lancé sur les réseaux sociaux invitant les Marocaines à porter un Hayek et à se prendre en photo.
À l’origine de ce challenge, un projet lancé par la plateforme Tafanoun. Intitulé «Ghir Bal Fan», le projet portait sur une série de photos dans lesquelles on pouvait apercevoir une jeune femme portant le Hayek, dans un contexte mêlant tradition et modernité. Les images ont par la suite été retirées après les nombreuses critiques qu’elles ont provoquées.
Mais la diffusion de ces clichés avait aussi suscité un grand engouement autour de ce vêtement féminin d’antan typiquement maghrébin. Un défi avait alors été lancé sur la toile marocaine, appelant les femmes à se couvrir d’une étoffe et à partager leurs images sur les réseaux sociaux.
Sauf que dans ce cas, personne n’est allé dire que porter un Hayek était synonyme d’esclavage ou de prostitution. Jamais les critiques n’ont été si graves et si blessantes.
Car en plus de ce site qui cherche à la fois la fitna et le buzz, d’autres voies (islamistes) se sont élevées contre ce petit défilé des femmes vêtues du Hayek. Leurs critiques étaient du même ton alarmistes et souvent intégristes, indiquant que ces jeunes femmes étaient toutes des Moutabarijat, portant des habits ne respectant pas la loi islamique et que ce défilé n’est que du cinéma…
Pourtant, il est clair que l’initiative prise par le petit groupe des femmes Tangéroises n’avait aucune arrière-pensée, ni un quelconque objectif d’imposer cet habit traditionnel et religieux. L’acte était purement culturel.
A.R.