Larache est une ville où il est encore possible d’éviter toutes les erreurs commises à Tanger quand elle a subi son projet de réaménagement.
Larache ressemble à Tanger dans le fait qu’elle possède d’énormes atouts géographiques et économiques. Elle a aussi une histoire très riche et un positionnement sur l’Atlantique qui est son vrai atout pour mieux se développer.
Le seul problème dont souffre Larache est qu’elle soit dévalorisée depuis très longtemps sans qu’il n’y ait une volonté pour améliorer son destin.

Un riche patrimoine entièrement abandonné
L’erreur monumentale et impardonnable que les autorités de Larache sont en train de commettre est de n’avoir jamais compris l’importance de valoriser son patrimoine historique.
La majorité des bâtiments de la cité, qui constituent, en fait, un trésor de l’architecture espagnole, tombe depuis des années en ruine sans que personne ne réagisse.
En effet, à part quelques associations locales, qui appellent à la protection de ces bâtiments, les départements responsables n’ont aucune idée de la valeur et de la richesse que ces édifices représentent sur le plan culturel et touristique.
A Larache, hélas, personne ne pense à sauver le patrimoine de la ville. On casse d’abord et on démolit tout, même si chaque bâtiment raconte une histoire et chaque rue est un patrimoine à protéger.
Après plusieurs coups très durs contre les autres composantes du riche patrimoine local, effacer le Balcon Atlantico est le coup fatal. Car, sinon, que restera-t-il dans cette cité comme témoin de son passé? Plus rien.
«Larache est la ville la plus oubliée et marginalisée de la région. Une ville en déclin total, tant en termes d’urbanisme et d’architecture que d’aspects socio-économiques», déplore l’écrivain né à Larache, Mohamed Laabi, véritable amoureux de sa ville natale et infatigable militant de la défense de son héritage. De son côté, l’urbaniste Tangérois Mustafa Akalay déplore que la dégradation s’étende au-delà de la vieille ville sur la rivière Lucus: «Les villes espagnoles du nord du Maroc sont aujourd’hui dans un état d’abandon. Quiconque a connu l’expansion de villes comme Tétouan, Nador ou Larache elle-même ressent aujourd’hui douleur et tristesse. Le patrimoine hispano-marocain souffre de jour en jour. Il a besoin d’une réadaptation».
Si les autorités gouvernementales entendent présenter Tanger comme une belle vitrine du Royaume pour accueillir la Coupe du monde 2030 avec l’offre touristique de Tétouan et Chefchaouen, mais en marginalisant Larache, toute la stratégie de développement en cours sera marquée par un échec qui sera difficile à corriger par la suite.

La médina et sa Kasbah: trésor sous-estimé!
L’ancienne Plaza de España, renommée “place de la Libération”, est entourée de bâtiments de style espagnol de l’époque coloniale. D’autres bâtiments du même style se trouvent à proximité, dont certains auraient bien besoin d’une rénovation d’ampleur. Une grande porte marque l’entrée de la médina.
Comme son centre urbain, la médina de Larache est plus petite que celle de Tanger et de Tétouan. Mais contrairement à ces deux sites qui ont, chacun, bénéficié d’un programme de réaménagement soutenu par des investissements colossaux, l’ancienne médina de Larache et sa Kasbah n’ont bénéficié d’aucun projet de restauration.
La kasbah de Larache présente plusieurs éléments d’intérêt: la demeure du gouverneur, avec sa grande horloge, la mosquée de l’Anouar, avec son minaret octogonal, les ruines de la kasbah de la Cigogne, construite par les Espagnols au XVIIe siècle, la place el-Makhzen et plus loin, une vue sur le Loukos et la plaine entre Larache et Lixus.

Le port et la façade maritime

Imaginons une Marina comme celle de Tanger proposant des cafés et restaurants ainsi que des hôtels 4 et 5 étoiles, des activités nautiques, etc.
Imaginons un Balco Atlantico qui retrouve son âme d’antan tout en proposant des services modernes et bien soignés.
Imaginons aussi les ruelles et maisons de l’ancienne médina et de sa Kasbah, propres, repeintes et bien entretenues qui attirent des centaines de touristes marocains et étrangers…
Faire de Larache une carte postale et la cité de rêve sur cette partie atlantique du Nord du Maroc serait à la fois bénéfique pour ses habitants et pour tout le pays.
Ne pas y réfléchir serait une perte pour tout le monde. C’est mathématique!

Par Abdeslam Reddam