Si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit’’. Coluche1.

Une jeunesse redécouverte à l’approche des élections

A l’approche des élections 2026, les partis politiques semblent découvrir pour la première la jeunesse ! Une jeunesse désespérée, acculée aux murs depuis des années ! Ils multiplient leurs appels aux citoyens et aux jeunes en particulier les incitant à s’inscrire sur les listes électorales. Discours, promesses et déclarations d’intention se multiplient. Mais derrière cet intérêt soudain, une question demeure : la jeunesse marocaine est-elle considérée comme une véritable priorité nationale ou simplement comme un réservoir de voix indispensable aux conquêtes électorales?

À mesure que les échéances électorales se rapprochent, un mot revient avec insistance dans les discours des responsables politiques : la jeunesse. Qu’ils soient de gauche, du centre ou de droite, tous les partis rivalisent d’appels pour convaincre les jeunes de s’inscrire sur les listes électorales et de participer au scrutin. La jeunesse est certes présentée comme l’avenir du pays, le moteur du développement et la clé du renouveau démocratique. C’est du moins l’ambition qui devrait guider toute stratégie gouvernementale.

Où étaient-ils lorsque la jeunesse était en détresse ?

Cette mobilisation soudaine suscite cependant une interrogation légitime : où était cette même attention lorsque des milliers de jeunes faisaient face au chômage, à la précarité, au décrochage scolaire ou à l’absence de perspectives professionnelles? Où étaient ces voix lorsqu’une partie de la jeunesse exprimait son désarroi, son sentiment d’exclusion ou sa perte de confiance dans les institutions politiques, voire étatiques?
Car la jeunesse n’apparaît pas tous les cinq ans. Elle existe au quotidien, avec ses aspirations, ses difficultés et ses attentes. Elle ne se résume pas à une tranche d’âge que l’on sollicite à l’approche des urnes. Elle représente une force vive qui a besoin d’être accompagnée, écoutée et associée aux décisions qui concernent son avenir.

Au-delà du vote: une véritable politique de la jeunesse

Inspecter des élèves et de jeunes étudiants lors des examens, alors qu’ils sont déjà soumis au trac et au stress, revient parfois à semer en leur intérieur davantage de peur, à les déstabiliser, voire à inhiber leur mémoire et à les intimider psychologiquement.
Certes, la tricherie en milieu scolaire et universitaire remet directement en cause le principe du mérite. Plus grave encore, elle porte atteinte à la crédibilité du système éducatif national. Car à quoi bon obtenir des diplômes par la fraude? Avoir des diplômés non qualifiés et incompétents?
Un diplômé — ingénieur, médecin, technicien ou autre — serait-il réellement à la hauteur de sa mission professionnelle et sociale s’il n’avait pas acquis des apprentissages et des compétences dans des conditions de sérieux, de transparence et d’égalité des chances avec ses pairs?
À long terme, une telle situation risque de produire des diplômés insuffisamment préparés aux responsabilités qu’ils seront appelés à exercer. Car tout accomplissement obtenu par la tromperie demeure, en définitive, une illusion.
Mais le problème ne saurait être réduit au seul cadre de l’école ou de l’université.

Une banalisation inquiétante de la fraude

Le problème n’est pas l’appel à voter. Dans toute démocratie, la participation électorale est un droit et un devoir civiques. Le problème apparaît lorsque cet appel n’est pas accompagné d’une action politique cohérente et durable et lorsqu’on n’arrive pas à mettre « La bonne personne à la bonne place » selon ses compétences et non ses origines ou ses richesses ! À savoir que nombreux de jeunes ont le sentiment d’être sollicités comme électeurs, mais rarement considérés comme des acteurs à part entière de la vie publique.

Le fossé entre les promesses et la réalité

Cette perception est renforcée par le décalage entre les discours et la réalité vécue. Malgré les efforts entrepris dans certains secteurs, beaucoup continuent de faire face à des difficultés d’insertion professionnelle, à des inégalités territoriales, à un accès parfois limité à certaines opportunités et à des conditions de vie qui ne répondent pas toujours à leurs aspirations. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que certains s’interrogent sur l’utilité de leur vote ou sur la capacité de la classe politique à répondre à leurs préoccupations.

La démocratie ne se limite pas au scrutin

La question dépasse d’ailleurs le seul cadre de la jeunesse. Elle concerne l’ensemble des citoyens. Le rôle du citoyen se limite-t-il à déposer un bulletin dans l’urne avant de retourner à ses préoccupations quotidiennes pendant que d’autres accèdent aux responsabilités, aux mandats électifs et aux postes de décision ? La démocratie ne peut se réduire à un simple rendez-vous électoral. Elle suppose une relation permanente entre gouvernants et gouvernés, fondée sur la transparence, la reddition des comptes et le respect des engagements pris.

Le vote : un acte de confiance, pas un chèque en blanc

Voter ne devrait pas être un chèque en blanc. C’est un acte de confiance qui implique, en retour, des résultats tangibles. Les citoyens attendent des politiques publiques efficaces, des services de qualité, des opportunités d’emploi, une école publique performante, des services de santé publics accessibles à tous et des conditions de vie dignes. Ils attendent surtout que les promesses formulées durant les campagnes ne disparaissent pas une fois les résultats proclamés.

Restaurer la confiance par les actes

Le véritable défi pour les partis politiques n’est donc pas seulement de convaincre les jeunes de s’inscrire sur les listes électorales et de voter. Il consiste à restaurer la confiance, à démontrer par des actes que l’engagement envers la jeunesse ne relève pas d’une stratégie électorale passagère mais d’une vision de société à long terme.

Une jeunesse au cœur du projet de société

La jeunesse marocaine mérite mieux qu’une attention saisonnière. Elle mérite d’être placée au cœur des politiques publiques tout au long du mandat, et non seulement au cœur des discours de campagne. Car une démocratie forte ne se construit pas uniquement avec des électeurs et des promesses non tenues; elle se construit avec des citoyens respectés, écoutés et pleinement associés à l’avenir de leur pays.
En définitive, espérons que les élections législatives de 2026 soient un tournant politique décisif vers une société plus juste, ou du moins relativement plus juste. Une société où l’intérêt général prévaut, où la responsabilité va de pair avec la reddition des comptes, et où les promesses cèdent enfin la place aux actes.

1Michel Colucci, dit Coluche (1944-1986), est un humoriste et acteur français d’origine italienne. Il a connu la célébrité au début des années 1970. D’abord humoriste à succès, il entame ensuite une carrière au cinéma.

2Jean-Patrick Douillon est un humoriste, auteur et chroniqueur français, connu pour son humour satirique consacré à l’actualité politique et sociale. Son humour, à la fois caustique et littéraire, s’appuie sur l’observation de la société, de la vie politique et des travers humains. Il revendique une tradition de satire héritée des chansonniers français, privilégiant le rire comme outil de réflexion critique.

Dr Ali GHOUDANE
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