Faire se réunir le travail de Mohamed Benyaïch et celui de Mehdi Abdellatif n’est en rien une addition, ni même une multiplication. Les deux artistes se conjuguent plutôt à la puissance de leur rencontre, un projet exposant deux extrêmes, terriblement exponentiel! Leurs deux humanités écorchées s’assemblent pour nous offrir, à Gallery Kent, un nouveau message: celui d’un peu d’espoir à entretenir malgré tout le doute attisé par nos contingences. Pro-
messe qui demeure entièrement contenue dans tout ce que nos deux artistes chamaliens sont capables de liberté. Une liberté arrachée à cor et à cri à un environnement conservateur et traditionnaliste, où depuis les débuts de leur art, et avant chaque crucifixion, ils se permettent la nudité, l’alcool, la fête, les frôlements, le désir, le plaisir… Leur monde est certes d’une rare sombreur, hérité d’un expressionnisme de toutes les crises, celui allemand, celui viennois, jusqu’à celui des Irascibles new-yorkais, mais qu’ils ont su parer d’une nouvelle palette, dont ce rouge du même ton clignotant d’une alarme: ils nous préviennent: attention, ici se dépassent les limites de la subversion. À l’heure du tout-numérique et d’une hubris notamment née de la mondialisation, il n’est pas vain de rappeler que les espaces investis par les jeunes internautes et leurs influenceurs ont été conquis de haute lutte: la liberté actuelle, si fragile toujours et partout, demeure le fruit d’une longue et ancienne bataille, une grande épopée, dont les pugilistes méritent toute notre reconnaissance et notre admiration. Ces artistes, dont furent d’autres grandes figures chamaliennes, Mohamed Drissi, Mohamed Choukri pour la littérature, Timoud pour la dramaturgie, ont tout risqué pour nous tous, et pour que notre libéralisme puisse désormais prendre la place et jouir de leurs affranchissements.
La Galerie KENT est heureuse de présenter l’exposition collective de : Ma’joun de Mohamed BENYAICH & Mehdi ABDELLATIF du 27 octobre au 27 novembre 2023 dont le vernissage aura lieu le 27 octobre 2023.
Curation: Ilias SELFATI
Texte: Philippe GUIGUET BOLOGNE

























