Durant des dizaines d’années, on n’a cessé de crier fort le désengagement total de certaines administrations territoriales concernant les milliers de chantiers de constructions anarchiques et autres bidonvilles qui entourent les entrées de Tanger. Des quartiers anarchiques ont ainsi pris position pour former le premier décor sur les différentes routes principales menant à Tanger. Les routes de Rabat et de Tétouan spécialement, mais pas uniquement.
Les chantiers anarchiques sont devenus monnaie courante, naissant spécialement à la veille des élections législatives et communales, au point qu’ils sont forment la ceinture de la ville qui était jadis toute verte.
Le béton a ainsi remplacé les forêts, même celles qu’on croyait “protégées” et personne n’a pu réagir pour arrêter cette mascarade. Surtout après l’entrée en jeu de grands groupes nationaux de la promotion immobilière qui ont proposé, au nom de l’habitat social, un nouveau genre de bidonvilles, pire que celui qu’on appelle informel.
Ce silence a son prix à payer. Il n’est pas gratuit. La preuve est que ceux-là même qui devaient interdire ces infractions les ont plutôt encourager, même dans les quartiers chics, modernes et bien organisés en matière d’urbanisme. Souvent même en plein centre-ville.
Ainsi, quand on sait frapper à la bonne porte, on a la bonne idée et la meilleure proposition pour réaliser son grand rêve quand il est illégal. Un petit immeuble dans une zone réservée uniquement aux villas, un gratte-ciel là où c’est strictement interdit de le bâtir, avoir un plan mentionnant un terrain accidenté alors qu’il est bien plat…
Ainsi on gagne légalement un étage de plus que les voisins et ces derniers trouvent d’énormes difficultés à prouver le contraire.
Les exemples de ces infractions, qui sont pourtant bien “encouragés” par certaines administrations, sont très nombreux. Il suffit, comme déjà dit, de savoir s’adresser à la bonne personne, celle qui a toutes les solutions servies clé en main.
Le plus misérable dans cette réalité est que les pauvres citoyens qui se plaignent de ces “techniques” abusives se retrouvent en train de faire des allers retours interminables à toutes les administrations responsables où ils ont la même réponse: “les plans et le chantier respectent les autorisations délivrées”!
C’est souvent la réponse, clé en main aussi, qui est la conclusion finale de ces commissions qui se déplacent pour la vérification des chantiers. L’abus est là, clair même, mais quoi qu’il en soit, la commission juge que le chantier respecte les normes et la loi.
Des fois, quand l’infraction est trop claire, le rapport de la commission met l’accent sur une autre petite anomalie qui n’a rien à voir avec le thème de la plainte et conseille le propriétaire du chantier de rectifier son erreur.
Exemple: un voisin qui se plaint d’un chantier de construction d’une villa R+2 ou R+3 alors que toutes autres villas sont un R+1, le rapport de la commission dira qu’il s’agit d’un terrain accidenté (or il est plat comme pour les autres villas voisines) et signalera comme conclusion finale que le propriétaire de la nouvelle villa R+2 doit enterrer la buanderie qu’il a construite dans son sous-sol…
Voilà. Quand la plainte des voisins parle d’un étage ou de deux construits illégalement, le rapport évoque une buanderie aménagée “illégalement” dans le sous-sol, donnant ainsi le droit au propriétaire de continuer tranquillement son chantier sans aucune crainte.
Les voisins n’ont alors comme dernière solution que celle de présenter une plainte devant les tribunaux spécialisés dans ces affaires, le tribunal administratif notamment. Mais là aussi l’astuce est facile à trouver et la lenteur de la justice au Maroc aide à trouver les bonnes astuces.
Bien conseillé là aussi, le propriétaire attend tranquillement le mois d’août (congé des tribunaux) pour passer à la vitesse maximale et terminer tout son chantier.
C’est pourquoi en août on construit jour et nuit à Tanger et partout au Maroc. C’est pour mettre les plaignants devant le fait accompli.
Vers fin août, les travaux dans la villa ou n’importe quelle autre construction, peu importe sa forme, sont finis et elle est même déjà habitée.
Allez portez plainte encore et encore, c’est fini!
Pour toutes ces raisons et pour de nombreux autres problèmes, il est temps d’assainir l’administration territoriale. On ne peut plus continuer à crier à tout le monde qu’on est un pays démocratique qui respecte la loi et continuer en même temps à favoriser la corruption ici et là. C’est le cas dans toutes les villes du Maroc, mais spécialement à Tanger. Ce fiasco de certaines administrations doit absolument être corrigé.
Ce message est strictement dirigé au Wali Mohamed Mhidia. Il existe des dizaines de plaintes, de citoyens habitants de Tanger et des Marocains du Monde qui au lieu de passer leurs vacances comme ils en rêvent, deviennent comme des fous en se déplaçant d’une administration à un tribunal.
Développer Tanger c’est aussi dire Basta à ces irrégularités qui font chaque année des centaines de victimes.