IL n’est guère un secret pour quiconque que la question d’Israël percute la politique du gouvernement nord-américain, en créant entre les deux grands partis, une ligne de fracture à la fois médiatique et générationnelle. Si les voix les plus hostiles et récalcitrantes au gouvernement Israélien émanent principalement des jeunes, s’appuyant sur les réseaux sociaux et les chaines You Tube, les partisans et inconditionnels d’Israël, plus avancés en âge, sont pétris par une propagande plus traditionnelle, de Fox News au New York times qui relaient depuis des décennies indistinctement dirigeants démocrates et républicains.
Malgré l’énorme caisse de résonnance de la chaine you Tube, en qualifiant le congre américain de territoire occupé israélien, le lobby puissant, efficace, redouté, l’American Israël, Public Affairs Commitee (AIPAC) y fait la loi, avec pour résultat et corollaire, une aide annuelle américaine de plus de 22 milliards de dollars, autrement dit une moyenne de 112 dollars que verse chaque contribuable américain pour équiper l’armée de M. Netanyahou.
UNE ARMEE DE LOBBYISTES
La prodigalité envers un état dont le produit intérieur brut par habitant et pourtant proche de celui de l’Allemagne ne faisait guère de débat, à telle enseigne qu’en 2016, le président Barack Obama augmenta même le montant de l’aide promise à Tel Aviv, garantissant à Israël 38 Milliards de Dollars pour la décennie 2018-2028.
Quand au sein de la mouvance néoconservatrice du Parti républicain, certains vont même jusqu’à prétendre « qu’Israël n’a nullement besoin des Etats-Unis, mais plutôt l’inverse », on ne peut que demander comment « un pays minuscule et en lui-même insignifiant, à la puissance économique comparable à celle de l’Arizona et à la population équivalente en nombre au Burundi, peut ainsi maintenir la superpuissance américaine dans un état d’intimidation perpétuelle.
On peut débusquer un élément de réponse dans « le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine , La Découverte, Paris 2007 » de John Mearsheimer, et Stephen Walt, l’un enseignant à l’université de Chicago, l’autre à Harvard, un livre de 500 pages et près de 1500 notes, à scandale et sensation, que l’on peut d’emblée résumer ainsi : le soutien matériel et diplomatique considérable que les Etats-Unis fournissent à Israël ne s’explique pas seulement par des motifs d’ordre stratégiques ou moral. Il est en grande partie lié à la grandissante influence politique du lobby pro-israélien, un ensemble d’individus et d’organisations œuvrant activement à l’orientation de la politique étrangère américaine, à l’instar de la désastreuse invasion de l’Irak, et dans la tension actuelle avec la Syrie et l’Iran.
Un ouvrage régulièrement cité par toutes les sensibilités et tendances politiques, dont l’analyse déborde aujourd’hui tres largement les confins d’un journalisme de niche destiné à des militants politiques et à des universitaires, ponctuant sur deux particularités américaines du lobby qu’ils étudient. D’une par une résilience et une solidité sans égales dans l’histoire des Etats-Unis, d’autre part, le fait qu’on ne doit pas le qualifier de « lobby juif » car il inclut une proportion croissante de chrétiens évangéliques. La spécificité de la relation Israelo-americaine est toutefois plus ancienne que la puissance de ce groupe de pression. Selon Perry Anderson, historien britannique ( La politique étrangère, américaine et ses penseurs, Agone, Marseille 2015), les Etats-Unis après avoir veillé à ne pas être associés aux empires coloniaux européens acquis au cours des XVIII et XIV siècles, ont néanmoins lié leur destin à un pays expansionniste crée en pleine vague de décolonisation, en accroissant le risque qu’ils encouraient en s’engageant aux cotés d’un état né sur un fondement explicitement religieux au sein d’une région ou cette religion était extrêmement minoritaire.
On ne pouvait difficilement imaginer une combinaison plus inflammable !
UN RESEAU AVANT GARDISTE et TOXIQUE
Remarquables sont les résultats obtenus par l’AIPAC, en ce sens selon l’analyse d’Éric Alterman « The coming Jewish civil war over Israël , The New Republic, New York, mai 2025 » , un des spécialistes du sujet, le lobby pro-israélien, outre les apports en argent, il étend son influence par d’autres moyens , tels le recrutement des candidats au congrès, aide pour localiser des assistants parlementaires, rédaction de propositions de loi, organisation de réceptions et voyages organisés, conférences de presse, et aller jusqu’à salir la réputation de tout ce qui se dresse contre le lui.
Par ailleurs l’AIPAC s’est targué sur son site d’avoir réalisé la performance que les Etats-Unis continuent de verser des milliards de dollars d’aide à Israël, tout en durcissant leurs sanctions contre l’Iran, et en punissant toute entreprise manifestant des velléités contre les intérêts Israéliens, appuyant également la guerre contre Gaza jusqu’au démantèlement du Hamas.
Incontestablement, un joli tableau de chasse !
D’aucuns seraient tentés de croire à une opinion publique américaine figée, loin s’en faut, et les efforts de l’Aipac n’y peuvent rien : la cause d’Israël est radioactive, son action à Gaza est désapprouvée par 60 % des Américains, contre 32 % qui la soutiendraient. A force d’avoir été employée abusivement, l’accusation d’antisémitisme s’est démonétisée. Quand les juifs américains se démarquent de la politique poursuivie par Israël, subitement la cause de cet état est désormais embrassée avec moult passion par des chrétiens évangéliques, la manœuvre devient sans doute trop grossière. D’autant que même le monolithisme des évangéliques tend de son côté à s’ébrécher…
Au-delà de ces quelques distensions, il y a lieu de reconnaitre que dans l’ensemble, l’AIPAC reste toutefois un considérable succès, prouvé par la supériorité d’un mouvement sans doute minoritaire mais bien organisé. Après tout, le lobby Israélien n’a jamais été aussi puissant qu’au moment où les citoyens américains se sont mis à douter de la justesse de sa cause.
In fine, AIPAC suintant l’insincérité, sa prestation a accru les soupçons qu’elle espérait éteindre…
Par Afif Khalladi
Docteur en économie et finances
Paris 1 Panthéon -Sorbonne
























