Par Dr. Ali GHOUDANE – Docteur chercheur en Sociologie
Cf. mon blogspot : kroniquesociale.blogspot.com/

“La clé de la situation se trouve souvent dans la serrure du voisin”. – Stanislaw Jerzy Lec 1.

La question des frontières entre le Maroc et l’Algérie revient au premier plan dans un contexte de médiation américaine. Les divergences autour de l’accord de 1972 et les héritages territoriaux de la période coloniale révèlent la profondeur d’un différend2 où se croisent enjeux historiques, souveraineté nationale et équilibres géopolitiques et économiques régionaux.

La diplomatie maghrébine se manifeste aujourd’hui dans toute sa complexité entre temporisation et pression stratégique, selon l’article d’ Ahmed EL HABOUSSI3 paru dans le site du journal ANA EL KHABAR (en arabe) du mardi 3 mars 2026.
En effet, Massad Boulos, émissaire américain, a apporté avec lui une proposition de réconciliation entre Rabat et Alger, mais il s’est heurté à une condition algérienne fondamentale qui reflète de profondes préoccupations historiques au sein du régime algérien.
Le «Palais d’El Mouradia» exige aujourd’hui que le Royaume du Maroc ne revienne pas sur l’accord du 15 juin 1972, en vertu duquel le Sahara oriental marocain aurait été officiellement intégré. Cette condition reflète plus qu’une simple position diplomatique: elle traduit une volonté de figer une «légitimité frontalière» qui devrait rester immuable quelles que soient les circonstances.

La vérité sur l’accord du 15 juin 1972 et les frontières du Sahara oriental
Malgré la controverse politique actuelle, il convient de préciser que l’accord du 15 juin 1972 entre l’Algérie et le Maroc pour la délimitation des frontières ne concerne pas la région de Tindouf, qui abrite la mine de Gara Djebilet. Les frontières fixées par l’accord correspondent uniquement à celles du protocole du 20 juillet 1901 et s’arrêtent à Igli, au sud de Taghit.
Comme l’indiquent les cartes historiques, les régions de Colomb-Béchar et Aïn Chaïr faisaient partie des territoires marocains jusqu’en 1903, avant que la France ne les occupe et ne les rattache à ses colonies en Algérie, dans ce qu’on appelait les «Territoires du Sud oranais»4. Après l’indépendance du Maroc, les habitants d’Aïn Chaïr se sont soulevés contre l’occupation française, ce qui a conduit le Résident général français à réprimer le mouvement et à les contraindre à quitter leurs terres tribales.
Quant aux régions de Béchar, Moghol, Boukais, Lahmar, Boussemghoun et Béni Ounif, la situation est restée inchangée jusqu’à la proclamation de l’indépendance de l’Algérie, ce qui fait de l’accord de 1972 une correction partielle des frontières, et non un règlement global de tous les territoires disputés.
Cette dimension historique et géographique montre que la position actuelle du «Palais d’El Mouradia» serait en contradiction avec l’esprit de l’accord initial et relance la question de la légitimité des frontières héritées de la colonisation.
La Maison-Blanche rejette la condition algérienne
La surprise est venue de Washington, où le président Donald Trump aurait rejeté catégoriquement la condition algérienne. Selon certaines fuites, Trump aurait estimé que la délimitation frontalière de 1972 était circonstancielle et temporaire, et que le Royaume du Maroc disposerait du droit souverain de réexaminer ce dossier.
Cette position américaine aurait donné un élan important au Maroc, poussant le Palais d’El Mouradia à temporiser, le dossier du Sahara oriental devenant ainsi un véritable casse-tête stratégique pour les décideurs algériens.

Le traumatisme d’octobre 1963 et son influence sur la politique algérienne
Selon certains analystes, la fermeté actuelle de l’Algérie trouverait son origine dans un traumatisme historique remontant à octobre 1963, lorsque les forces algériennes furent défaites par l’armée marocaine.
Aujourd’hui, le Royaume du Maroc représenterait un modèle monarchique stable ayant réalisé des progrès notables sur les plans urbain et social, illustrant, selon cette lecture, la différence entre le modèle marocain et certaines républiques voisines.

Le Sahara marocain… seulement le début
L’Algérie serait consciente que la question du Sahara marocain n’est qu’un début. La véritable préoccupation stratégique concernerait le Sahara oriental, la consolidation des frontières héritées de la colonisation française constituant une priorité majeure. Toute évolution dans le dossier du sud marocain pourrait ouvrir la voie à une révision des frontières orientales, ce que le «Palais d’El Mouradia» refuserait catégoriquement.

Le Maroc… la force historique face à la temporisation
Selon cette analyse, l’Algérie ne mène pas une bataille pour un droit à l’autodétermination au Sahara, mais cherche plutôt à protéger des frontières établies dans des conditions historiques controversées. Le Maroc disposerait aujourd’hui des arguments historiques et diplomatiques pour faire face à cette situation, reflétant sa position centrale dans la région maghrébine et sa capacité à influencer la réalité politique.

1-Stanisław Jerzy Lec, (pseudonyme littéraire Stach), de son vrai nom Stanisław Jerzy de Tusch-Letz, né à Lviv le 6 mars 1909 et mort à Varsovie le 7 mai 1966, est un poète et écrivain polonais.
2-Le principal obstacle à la réussite du projet ambitieux de l’Union du Maghreb arabe (UMA).
3-Rédigé en arabe par Ahmed EL HABOUSSI, Journal Analkhabar sur la base de sources ouvertes et fiables. Analkhabar, Journal marocain en ligne qui couvre l’actualité du Maroc et du monde: https://www.analkhabar.com
4Karim SERRAJ, journaliste et Rédacteur en chef au LE360, dans son texte intitulé “Les frontières Est du Maroc telles que documentées par les archives militaires de l’Algérie française”, soutient que des rapports des services de renseignement de l’Algérie coloniale française ont contribué à convaincre Paris d’étendre son contrôle sur de vastes territoires relevant alors de l’Empire marocain avant 1912. Il affirme également qu’au début du XXᵉ siècle, il n’existait pas d’entité distincte appelée «population sahraouie», les villes de la région se revendiquant du Maroc. Enfin, il considère que la politique actuelle de l’Algérie s’inscrirait dans la continuité d’un projet historique de démantèlement territorial du Maroc hérité de la période coloniale.
Selon K. SERRAJ également, d’autres sources méconnues sur la frontière Sud du Royaume du Maroc se trouvent dans des documents officiels de cartographie et des livres d’histoire publiés entre 1455 et 1782 au Portugal, Italie, France et Allemagne.