Le projet de la société émiratie, « Eagle Hills », à la Marina de Tanger, est encore en arrêt total. La raison? Le promoteur fait une nouvelle fois pression sur les autorités de la ville pour modifier le plan initial de son projet, dont les caractéristiques ont déjà été modifiées une première fois il y a quelques années. En effet, en plus d’avoir déjà obtenu l’autorisation pour ajouter un troisième étage, en arguant que son projet n’est plus rentable, « Eagle Hills » fait pression veut aujourd’hui avoir une superficie encore plus grande. Soit plus de blocs et de béton au détriment des espaces verts et d’une vue dégagée sur le détroit de Gibraltar.
A ce titre, les Emiratis ont présenté leur énième plan modifiant à nouveau le précédent, lui-même déjà modifié.
Pour se justifier, la société émiratie indique que le projet dans sa forme originale n’est financièrement plus rentable à cause de nombreuses raisons provoquées par la pandémie du Coronavirus, dont les prix élevés des matériaux de construction.
A noter que les conceptions originales de la Marina de Tanger avaient obtenu l’accord du Palais Royal en 2010, et les conceptions modifiées ont été approuvées en 2015, après avoir été, elles aussi, présentées au Roi Mohammed VI.
Ce projet, situé à un emplacement stratégique dans l’une des zones les plus attractives de Tanger, est devenu un enjeu majeur pour les autorités locales et nationales face à une entreprise trop « capricieuse ». En effet, si les nouveaux plans sont acceptés, c’est la ville qui va payer très cher les choix imposés par Eagle Hills. Tanger perdra automatiquement la plus importante partie de sa corniche que le Roi a voulu exemplaire. C’est pourquoi, les observateurs se demandent légitimement si les exigences de la société émiratie seront finalement acceptées une seconde fois, ou si les autorités finiront par faire recours à des solutions juridiques mettant fin à ce dossier avec un minimum de dommages.
Une série de confusions et de retards
Des données obtenues par La Dépêche du Nord relatives aux états financiers de l’année 2022 de la zone portuaire de Tanger-ville, il ressort que la composante urbaine du projet « Eagle Hills » couvre une superficie totale de 28,53 hectares, et la superficie nette de ses bâtiments et installations atteint Environ 229.000 mètres carrés. Cependant, le groupe demande aujourd’hui une augmentation de cette superficie.
La chronologie du projet commence le 17 mars 2015, date à laquelle un protocole d’accord a été signé avec le groupe émirati pour développer la composante urbaine du port de plaisance de Tanger. Le 29 octobre 2015, un protocole a été signé avec ce groupe afin de lui vendre un terrain d’une superficie totale de plus de 28 hectares. La première phase du processus de vente a eu lieu le 15 juillet 2016.
Cependant, le projet est resté suspendu pendant près de 3 ans, et le 14 mars 2019, la société a obtenu l’autorisation d’approuver le schéma directeur du projet, puis le 8 juillet 2019, le permis de construire a été délivré pour un hôtel 5 étoiles, en plus de complexes résidentiels de luxe, un centre de conférence et une place principale avec un parking souterrain.
En 2022, la société émiratie a recommencé à modifier son projet et le plan directeur a été soumis pour examen en octobre de la même année. Sur cette base, le plan dit « d’amélioration » comprenait la construction d’unités hôtelières de 1200 lits et un centre de conférence d’une capacité de 1500 places, en plus d’un centre commercial et de commerces en contrebas des immeubles et des bureaux.
Dans sa nouvelle demande, « Eagle Hills » impose un changement radical en exigeant cette fois-ci que la superficie totale du projet passe de 229.000 mètres carrés à une superficie beaucoup plus importante lui permettant plus de constructions.
Petit rappel. Dans le programme approuvé le 17 mars 2019, la superficie totale du projet était fixée exactement à 228.839 mètres carrés, dont 70.341 mètres carrés pour les unités hôtelières, 3.460 mètres carrés pour le centre de conférence, environ 40.000 mètres carrés pour le centre commercial, en plus des 113.000 mètres carrés pour les espaces résidentiels et les 1980 mètres carrés pour les bureaux.
La société « Eagle Hills » avait bien démarré les travaux sur la première partie du projet, respectant le plan approuvé à l’époque. Mais curieusement, 4 ans après l’obtention des permis de construction, le rythme de cette opération est resté très faible. Certains projets n’ont jamais été lancés. Ainsi, selon les données disponibles, le pourcentage des travaux réalisés ne dépasse même pas 8% du total du chantier.
Selon plusieurs sources, les autorités ont formulé de nombreuses remarques au groupe émirati qui, en réponse, continue de faire pression pour que sa nouvelle maquette obtienne l’accord des responsables locaux.
La société « Eagle Hills » a envoyé plusieurs correspondances aux autorités, à travers lesquelles elle s’efforce d’étendre la superficie des bâtiments du projet à 320.000 mètres carrés. Elle y utilise des messages vagues pour contourner la loi, en évoquant notamment le « respect de l’esprit de la conception architecturale présentée devant le Roi », ou encore en insistant sur la « rentabilité du projet qui n’est plus possible selon les composantes prévues au passé.
Mais « Eagle Hills » ne se limite pas uniquement aux simples messages de réponse. Pour faire davantage pression sur les autorités de Tanger, le groupe a suspendu les travaux jusqu’à ce que sa demande soit acceptée, liant ainsi la continuité des travaux à l’approbation de son nouveau plan, même si ce dernier changera radicalement la conception de Tanja Marina Bay.
Nos sources indiquent que les autorités ont constitué un comité pour examiner le projet dans sa nouvelle formule et que la demande de la société émiratie est à l’étude.
Ce n’est pas la première fois que « Eagle Hills » mène un bras de fer avec les responsables locaux. En octobre 2020, l’entreprise avait arrêté les travaux du projet pour imposer l’ajout d’un 3ème étage à ses bâtiments résidentiels, dont la conception originale prévoyait la construction de bâtiments avec un rez-de-chaussée et deux étages.
Eagle Hills bricole un projet supervisé par le Roi
Cette affaire représente une énorme manipulation de la part de la société émiratie avec un projet approuvé par le Roi. Selon les données obtenues par La Dépêche du Nord, l’affaire concerne des conceptions décidées par un comité technique alors présidé par le conseiller royal feu Abdelaziz Meziane Belfkih, compte tenu du vœu royal souhaitant que le projet de la Marina de Tanger soit la vitrine du Maroc vers l’Europe.
Au début, « Eagle Hills » avait proposé de mettre en œuvre son projet sur la base d’un cahier de charges et des conditions techniques et d’ingénierie claires que le groupe n’a finalement jamais respecté.
Après que l’entreprise ait justifié qu’elle essayait d’éviter la perte, le ministère de l’Intérieur avait approuvé le changement de la conception, via un mémorandum signé le 17 mars 2015.
Le 15 mars 2019, l’entreprise a obtenu les autorisations définitives lui permettant de démarrer les travaux, selon une nouvelle conception qui lui permet d’ajouter un troisième étage à ses bâtiments résidentiels.
Mais à la surprise générale, le groupe émirati a une fois de plus recouru à la méthode de la pression et du chantage afin de modifier les caractéristiques du projet.
La société émiratie fait-elle chanter les autorités marocaines ?
En conclusion, aujourd’hui la société Eagle Hills veut coûte que coûte augmenter la surface de construction de son projet. Et pour obtenir ce qu’elle veut, elle utilise le joker de l’extorsion pour la seconde fois, de sorte que chaque fois que sa demande est rejetée ou que la réponse des autorités tarde, elle arrête les travaux transformant ainsi la façade de la Marina de Tanger, destinée à être parmi les plus belles de l’Afrique et du bassin méditerranéen, en une zone très moche et pleine de blocs de béton.
Dernière remarque. Si les autorités acceptent à nouveau la demande d’amendement actuelle, qui garantira que les propriétaires du projet ne reviendront pas à la pression pour augmenter à nouveau la superficie ou le nombre des étages, voire exiger l’attribution d’autres zones de la propriété maritime pour y bâtir d’autres constructions?
Rappelons finalement que pour obtenir le droit d’ajouter un troisième étage aux bâtiments, Eagle Hills avait bloqué son projet de 2010 à 2019. Actuellement, le groupe cherche à tordre le bras des autorités afin d’ajouter de vastes surfaces à son projet, sans se préoccuper de la façade maritime de la ville, dont cette Marina, qui se convertit petit à petit en zone dominée par des structures en béton sans aucune esthétique, privant les gens de la vue sur la mer, symbole de la ville de Tanger.
La balle est maintenant dans le camp des autorités qui vont soit refuser de s’incliner devant la pression des Émiratis, soit leur donner le feu vert et assumer la responsabilité de ce qui se passera dans l’avenir, lorsque d’autres investisseurs dans la Marina exigeront les mêmes facilités.
Et dans ce cas, toute la baie de Tanger perdrait définitivement ce qu’il lui reste de sa splendeur.
Abdeslam Reddam
























