Il était une fois, un grand projet social pensé pour améliorer la vie dans les quartiers défavorisés de Tanger.
Ce projet était doté d’un montant très important de plusieurs millions de DH.

On voulait aider les plus pauvres…
On en a créé d’autres

L’idée de ce plan était de former et d’assister des membres des associations de quartiers pour qu’ils soient en mesure de monter et de gérer, plus tard, leurs propres projets sociaux s’intéressant aux populations démunies des quartiers les plus pauvres de la ville. L’idée était noble…
Durant ce temps, il y avait très peu d’associations qui travaillaient dans le secteur social. Aider les familles démunies nécessitent des fonds permanents. Malheureusement, malgré leur solide volonté, les membres des petites associations qui existaient durant cette époque n’en avaient pas. Ils étaient eux-mêmes des pauvres qui voulaient aider les autres pauvres.
L’annonce de cette initiative avait alors tout changé, puisque à partir de cet instant, dans les quartiers de la périphérie tout le monde voulait créer une nouvelle association pour recevoir cette bonne subvention. Le rêve était enfin devenu réalité
C’est ainsi qu’une dizaine d’associations ont pu voir le jour en l’espace de très peu de temps.
On ne peut pas lutter contre la vulnérabilité et la pauvreté avec une société analphabète. Donc pour aider les gens à réussir plus tard leurs propres micro-projets économiques, il fallait d’abord qu’ils apprennent à lire et à écrire.
Dans plusieurs quartiers la périphérie tangéroise, des associations ont été sélectionnées (ou fraîchement créés) et ses membres avaient reçu, sur le tas, deux formations principales: le montage des projets sociaux et comment devenir formateur.

Ces deux petites formations avaient coûté un énorme budget. Bien sûr, il fallait payer les formateurs, qui n’étaient, au fait, que ces mêmes responsables choisis pour gérer cet important projet. Ces derniers touchaient ainsi un grand salaire pour leur principale mission, et s’offraient un second salaire pour former les jeunes futurs formateurs.
Même l’assistante du directeur devenait formatrice quand il le fallait, alors qu’elle n’avait même pas un niveau bac.
Concernant les autres collaborateurs, qui étaient des proches du cercle de la direction, ces derniers recevaient en réalité la moitié du salaire convenu officiellement. L’autre moitié de leurs salaires était restituée en liquide. “C’était pour aider les secrétaires qui avaient le plus petit salaire du groupe et se tapaient le plus gros du travail à faire”, expliquait toujours le directeur.
C’était la première magouille, mais pas la plus importante. Le projet avait une durée de vie de quelques mois à peine. Il y avait beaucoup d’argent à dépenser et il fallait absolument qu’il soit “dépensé” et bien justifié.

Les présidents de ces associations, souvent tous des jeunes, lauréats des facultés de Tanger et en chômage, devaient présenter leur projet visant, par exemple, l’alphabétisation de 200 femmes, voire 300. Ces chiffres paraissent énormes? Absolument pas.
Car pour réussir, cette initiative expérimentale devait servir à la formation du plus grand nombre de jeunes femmes analphabètes. Seul ce “succès” allait garantir la suite du grand projet et sa répétition à Tanger et sûrement dans une autre ville du Nord plus tard.
Mais pour réussir ce challenge, les petites écoles ou les centres situés dans ces quartiers pauvres ne suffisaient plus. Il fallait trouver un espace plus grand. Un grand établissement scolaire capable d’absorber, chaque soir, un maximum de groupes de bénéficiaires, permettant surtout de légitimer l’absorption d’une autre grande partie du budget.
En trouvant le bon partenaire possédant une grande école privée en plein centre-ville de Tanger, le directeur du projet est vite passé au  montagne incroyable et bien ficelé d’un projet nécessitant un grand montant pour équiper l’établissement en tables, chaises, tableaux, etc.
Pourtant, à Tanger tout le monde sait que cet établissement ne manquait d’aucun équipement. La preuve, chaque jour, il y avait plus de 100 élèves qui y suivaient leurs cours en primaire et en secondaire.
La vérité, aucun équipement n’a été acheté et de fausses factures ont été présentées sans que personne ne puisse trouver la faille. Cette opération a ainsi permis d’absorber une énorme somme d’argent.
Résultat : l’échec de ce projet était total. Sur les 5000 ou 6000 femmes inscrites grâce aux associations de quartiers, même pas 10% ont véritablement pu bénéficier de ces formations. Enfin, aucune d’entre elles n’a été contactée plus tard pour l’aider à créer son propre micro-projet économique l’aidant à dépasser le stade de la pauvreté.
Et bien sûr cette expérience qui pouvait bien réussir et être reprogrammée ailleurs dans la région, n’a plus jamais vu le jour au Maroc !

A. REDDAM