Les portes en arc et en bois sont le style imposé à tous les projets de réaménagement des anciens bâtiments historiques de Tanger et même des nouvelles constructions.
A la Casbah, dans les petites ruelles de l’ancienne Médina ou sur la corniche.
Musées, souks, galeries, centres artistiques et culturels, etc., tous ces bâtiments portent ont le même style, la même identité. D’ailleurs, ce cachet est le même dans toutes les grandes villes du Maroc, au nord comme au sud, au point que tout le monde ressent ce sentiment de “déjà vu”.
A force, on finit par croire qu’il s’agit d’un prototype fabriqué par le même maçon, le même menuisier, presque la même imprimante 3D.
On a aussi finit par admettre que ce choix n’est pas un hasard. C’est une décision, certes incompréhensible, mais surtout indiscutable. Une décision que tout le monde doit accepter, même si elle ne fait pas l’unanimité.
On est d’accord pour tout ce qui a été fait, même si on n’aime pas totalement.
Mais la question est de savoir comment sera réalisé le projet de restauration d’un monument comme le Teatro Cervantes. A-t-on dans l’esprit cette obligation de rajouter ce cachet “identitaire” que représentent la porte en bois et sa forme en arc?
L’idéal et le raisonnable serait de garder au Teatro Cervantes son style art moderne.
Ce petit texte résume l’excellent savoir-faire qui a caractérisé la construction de ce bâtiment historique.
“La pose de la première pierre a eu lieu le 2 avril 1911 et son inauguration en grande pompe 20 mois plus tard, le 11 décembre1913. Pour sa réalisation furent recrutés les meilleurs spécialistes et techniciens espagnols de l’époque, certains spécialement arrivés d’Espagne dont l’ingénieur José Gomendio, auteur du pont Reina Victoria de Madrid.
A Diego Jiménez Armstrong, architecte tangérois de naissance formé en France, à qui on doit les premiers immeubles européens construits dans le Tanger intra-muros et extra-muros, furent confiées la conception et la direction des travaux de construction du bâtiment. Il a été l’architecte de nombreux édifices importants à Tanger, ainsi que de plusieurs immeubles à Tétouan et Casablanca.
Le talent de constructeur et la prodigieuse fantaisie de Diego Jiménez atteignent le plus haut degré dans cet ouvrage: un corps central couronné par une coupole et deux avant-corps qui s’élèvent légèrement marquant ainsi son volume. Ce qui ressort de la façade principale c’est le principe de la symétrie, son axe reçoit un traitement très particulier: céramique moderniste, avec légende et date d’inauguration entourées des fleurs ondulantes et entrelacées, et masque. Dans l’axe de symétrie du théâtre et sur un fronton circulaire entrecoupé, aux colonnes toscanes, est disposée une mise en scène musicale formée par plusieurs statues en béton.
Sur la partie basse des statuettes représentatives des muses classiques jouant de la lyre, de la trompette et du tambourin, l’usage courageux du béton armé et l’intégration de la sculpture et de la couleur, suivant des techniques classiques et modernistes, sont les caractéristiques essentielles de ce monument.
La peinture et la sculpture ont été exécutées par deux grands artistes: Federico Ribera, spécialement venu de Paris où il résidait, pour peindre d’une façon magistrale le plafond, et Candido Mata, auteur des sculptures intérieures et extérieures.
Les décors (draperies et le manteau réglables) ont été exécutés par le peintre italien et rénovateur de la scénographie espagnole Giorgio Busato (1836-1917), connu pour son travail de scénographe dans les principaux théâtres espagnols de Zaragoza, Oviedo, Toledo, Málaga, Sevilla, même pour l’Opéra du Caire, où Busato avait réalisé les décors de la première d’Aida, à l’occasion de l’inauguration du canal de Suez, en 1871…”
A.R..