Alors que les travaux de réalisation des arènes de Tanger (Plaza de Toros) sont officiellement lancés, une remarque est à signaler à ce propos.
Jusqu’à présent, deux sociétés sont en charge de ce projet. D’abord la société G3C, au siège social installé à Casablanca et la société COTER (Terhzaz) installée à Rabat.
Les deux entreprises sont leader dans leur spécialité et ont à leur actif plusieurs projets de renommée réalisés au niveau national.
Autre remarque: même la société de publicité qui s’est chargée des affiches collées sur le grillage entourant une partie du chantier est arrivée de Rabat.
Avec tout le respect à ces 3 entreprises et à celles qui vont sûrement suivre pour réaliser cet important projet, il reste quand même impressionnant que dans une ville de la valeur de Tanger et de son poids qu’il n’existerait aucune entreprise de construction locale (ou même de Tétouan ou Al Hoceima) capable d’assurer au moins une partie des travaux de cet énorme chantier.
Sûrement le choix des entreprises de construction s’est basé sur un cahier des charges et un appel d’offres lancé par le maître d’ouvrage qui est l’agence de développement des provinces du Nord. Mais cela reste bizarre qu’aucune entreprise de Tanger et de sa zone n’a pu le remporter.
“C’est kifkif puisque les autres sociétés sont 100% marocaines et font travailler des Marocains”, répondront certains. Évidemment, et l’article n’attaque aucunement l’ADPN pour ses choix, sauf que cela nous invite à nous interroger sur la valeur même de la politique de régionalisation qui doit également donner la chance aux sociétés locales et régionales dans ce genre de projets.
Sur l’ensemble des entreprises de construction existant dans la région, aucune société ne possède les moyens humains et techniques capables de réaliser la restauration des arènes de Tanger? C’est presque impossible!
“Le projet de régionalisation avancée au Maroc prévoit la répartition du pays en 12 régions au lieu de 16, soit une réduction de 25%. Cette nouvelle configuration régionale a été faite selon certains critères basés entre autre sur les principes d’efficience, d’homogénéité, de proportionnalité et d’équilibre, mais aussi d’accessibilité et de proximité.” C’est la définition officielle du projet de la régionalisation au Maroc. Malheureusement, il s’agit d’un projet qui a une portée s’intéressant plus à la déconcentration administrative et territoriale qu’au développement de l’économie régionale par l’encouragement des entreprises locales à prendre part dans les projets clés de la région.
Dans leur rapport intitulé “La régionalisation avancée au Maroc: Perspectives et défis”, JAFARI Maria, Doctorante chercheuse et EL MOUJADDIDI Noufissa, Professeure chercheure, à la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de Salé (Université Mohamed V Rabat), indiquent que “le Maroc a adopté beaucoup de plans de développement, qui ne lui ont pas permis d’atteindre tous les objectifs escomptés d’une manière efficace dont les plus ultimes sont l’amélioration des conditions de vie des citoyens et la réductions des disparités entre les espaces Marocains, à cause de la déclinaison des stratégies du développement telles qu’elles sont conçues au niveau central à l’échelle des régions. Dans ces conditions le territoire s’est affirmé comme un acteur du développement socio-économique capable de concevoir et de mettre en œuvre des stratégies de développement adaptées à ses spécificités, ses moyens et aptes à répondre aux aspirations de la population locale, d’où le Maroc a procédé à la mise en œuvre du processus de la régionalisation avancée qui met en avant le rôle de la région dans la réalisation du développement territorial endogène et équilibré. C’est un processus qui est au début et qui a des perspectives de développement prometteuses…”
Relisez bien ce passage : “…le territoire s’est affirmé comme un acteur du développement socio-économique capable de concevoir et de mettre en œuvre des stratégies de développement adaptées à ses spécificités, ses moyens et aptes à répondre aux aspirations de la population locale…”
Si au moins 50% des projets réalisés dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima sont l’œuvre des entreprises locales, on parlera alors d’une vraie politique de réginalisation. En attendant, nous sommes devant une régionalisation déformée qui ne va jamais avancer.
A. REDDAM