Depuis quelques années, le tourisme est bouleversé par un modèle apparemment imbattable: le low cost. Des vols à 20 ou 30 dirhams, des appartements touristiques qui promettent indépendance et économies… La formule paraît séduisante. Mais en réalité, ce modèle n’est qu’un mirage : non seulement il revient souvent plus cher qu’il n’y paraît, mais il dégrade aussi l’expérience du voyageur et fragilise la durabilité des destinations.

Le mythe du vol à bas prix
L’histoire est connue: un passager achète un billet pour seulement 200 dirhams, convaincu d’avoir fait une affaire. Mais au moment de l’enregistrement, il découvre l’envers du décor: 500 dirhams pour la valise, 200 pour choisir son siège, 300 s’il n’a pas imprimé sa carte d’embarquement à la maison. Ce qui semblait être une “grosse économie” dépasse facilement les 1 000 dirhams.
Au-delà du coût financier, c’est le prix émotionnel qui pèse: files d’attente interminables, stress pour alléger sa valise, tensions au comptoir, incertitudes permanentes. Face à cela, une compagnie traditionnelle peut coûter autant -voire moins si l’on additionne tous les suppléments- tout en évitant les tachycardies, les disputes et la sensation d’avoir perdu son temps et son argent.
L’économie promise n’est qu’une illusion. Le “pas cher” finit toujours par coûter cher.

L’hébergement touristique: de l’expérience locale au supermarché
Le phénomène low cost ne se limite pas au transport. Avec les plateformes comme Airbnb, les logements touristiques à bas prix se multiplient, vendant autonomie et prix réduits. Mais ce modèle modifie en profondeur les habitudes de consommation des visiteurs.
Le touriste low cost cherche aussi à réduire ses dépenses sur place: il achète au supermarché, cuisine dans l’appartement et délaisse les restaurants.
Résultat paradoxal: à Majorque, certains établissements sont restés fermés en pleine haute saison, en juillet et août, faute de clients.
Le voyageur, en cherchant à économiser, perd ce qui fait l’essence du tourisme: la découverte culinaire et culturelle. Manger ce que l’on achète au supermarché revient à reproduire la routine de chez soi, au détriment de l’expérience locale.
Et cela s’accompagne de risques: logements sans garanties, sans gestionnaire identifié, sans aide en cas de problème. À l’insécurité du vol low cost s’ajoute celle de l’hébergement low cost.
Conséquences sociales et économiques
Depuis 2015, différents gouvernements -quels que soient leurs partis politiques- ont encouragé ou régularisé le modèle Airbnb.
Conséquence: plusieurs logements résidentiels ont été détournés vers un usage touristique,
Les impacts sont multiples:
•Moindre contribution fiscale et en termes d’emplois par rapport à l’offre hôtelière réglementée.
•Problèmes de cohabitation dans les immeubles transformés en pseudo-hôtels.
•Affaiblissement de l’identité locale, remplacée par un tourisme de faible valeur ajoutée.
Les restaurateurs rejoignent les critiques des agences de voyages et des syndicats: le tourisme low cost appauvrit non seulement l’économie locale, mais aussi le tissu social et culturel des destinations.

Une croisée des chemins pour le tourisme
Le tourisme n’est pas seulement un déplacement géographique : c’est une expérience, une immersion. Réduit à un vol et un logement à bas prix, il perd son sens et appauvrit les territoires qui l’accueillent.
Le défi est donc de retrouver un modèle durable, régulé et de qualité, qui génère une vraie valeur pour tous : visiteurs, entrepreneurs, travailleurs et communautés locales. Il ne s’agit pas de rendre les vacances plus chères, mais d’investir dans des expériences authentiques et responsables.
Car au final, le véritable coût du low cost n’est ni sur la facture du vol, ni sur celle du supermarché. Il est dans la perte d’identité, la fragilisation du tissu économique et la frustration d’un voyage qui promettait beaucoup… mais qui a offert bien peu.

  • Par A. Ouadrassi