La galerie Kent a été présente à JUSTMAD 2026 avec un projet visant à rapprocher l’art contemporain marocain de la scène artistique madrilène. Dirigée par Aziza Laraki, la galerie a occupé le stand V20 du Palacio Neptuno pour présenter une sélection d’œuvres explorant les tendances de la jeune génération d’artistes marocains, mettant ainsi l’accent sur les échanges culturels entre les deux régions.
Pour sa deuxième participation à la foire, la galerie Kent a opté pour un changement stratégique: contrairement à l’édition précédente, qui mettait l’accent sur des carrières plus établies, cette année, les projecteurs étaient exclusivement braqués sur trois artistes nés dans les années 1990.
El Hadi Fekrouni, Houda Rahmani et Hajar El Moustaassime incarnent une génération qui insuffle un nouveau souffle à la scène artistique marocaine. Tous les trois partagent une formation académique commune, ayant étudié à l’Institut national des beaux-arts de Tétouan, bien qu’ils aient développé des styles artistiques distincts.
Trois langues en dialogue
La sélection d’œuvres a ainsi proposé un éventail d’approches allant de l’introspection picturale à la critique sociale et à la recherche matérielle.
El Hadi Fekrouni (Larache, 1994) a présenté une peinture patiente et un contenu. Convient à cette activité pour la préparation du message et la «justeza de los valores». Le processus de purification progresse beaucoup, il faut donc installer un équipement sous vide et près de la fenêtre, ce que l’artiste définit comme une «respiration lente».
Des pièces de 2024 et 2025, comme «Omission, Bubble Boy» ou «Where the Dream Begins», invitent le spectateur à un espace de silence où la mémoire personnelle se transforme en images suspendues.
Houda Rahmani (1993), qui vit à Tanger, aborde un espace multidisciplinaire qui relie les visuels des arts au cinéma et à la scène. Cette pratique est basée sur une recherche doctorale, intitulée «L’image du Maroc: orientalisme et art contemporain, de la contemplation à la dénonciation».
Dans JUSTMAD, Rahmani a utilisé les matériaux avec le ciment, le bois et le carton. Cette série, «Still Holding» et «Soft Weight», reflète le territoire, les barrières physiques et les tensions urbaines, traduisant les réalités sociales en formes visuelles ancrées dans le réel.
Hajar El Moustaassime (Marrakech, 1993), installée à Tanger, a exploré le lieu à travers un archivage de mémoire et de résistance. Elle investit les espaces nationaux et libertaires du pays, avec une attention particulière portée à la féminité, proposant notamment un menu pour la figure du vélo, mêlant voiture et appareil mobile.
Poursuivant son projet «Oqad», elle a présenté la série «Entre deux souffles» et des œuvres datant de 2025, notamment celles de la série «Labyrinthe». Dans ces pièces, elle utilise la broderie et des techniques mixtes (fusain et acrylique) pour explorer des dualités telle que la présence et l’absence, intégrant parfois des matériaux comme le caoutchouc recyclé.
Un pont culturel, à la fois personnel et professionnel
Pour Aziza Laraki, cette participation revêt une dimension qui dépasse le simple cadre commercial. La galeriste considère essentiel de présenter à Madrid une vision rigoureuse et non stéréotypée de l’art marocain contemporain. «De même que je travaille constamment avec des artistes espagnols à la Galerie Kent de Tanger, il est essentiel pour moi, à Madrid, de pouvoir mettre en lumière la complexité de la création artistique contemporaine au Maroc», explique-t-elle.
L’exposition présentée au stand V20 réaffirme l’engagement de la galerie envers le soutien à long terme des artistes émergents. Du 5 au 8 mars, le Palacio Neptuno a accueilli ce carrefour de perspectives, où peinture, installation et art conceptuel coexistent pour présenter une scène ouverte au dialogue international et ancrée dans son propre contexte historique et social.


























