L’homme qui murmure aux oreilles des Hommes d’état

Les mois qui viennent vont être durs, très très durs

Préambule
• Les civilisations ne sont pas assassinées, elles se suicident.
• Le déclin d’une nation est un phénomène en partie psychologique.
• En tous domaines, l’état le plus stable est un état de mort; c’est un état dégradé à partir duquel aucune transformation n’est plus possible.
J’ai une incertitude et une méfiance aiguë des gens qui ont des bureaux biens rangés…
Nous avons tous connaissance que le rôle d’un économiste est d’étudier l’économie, de constater les déséquilibres qui peuvent y exister pour mieux comprendre comment nous allons passer d’un déséquilibre à l’autre.
Pour info, les marchés financiers et économies ne sont jamais à l’équilibre.
La raison pour laquelle les économistes se trompent tout le temps est qu’ils pensent à peu près tous que ce qu’on leur demande c’est de nous aider à revenir à un équilibre stable.
Pour info, la stabilité, c’est la mort. En tous domaines, l’état le plus stable est un état de mort, c’est un état dégradé à partir duquel aucune transformation n’est plus possible.
Le monde est chaotique et les pauvres économistes pensent que leur rôle est de transformer le chaos en ordre, alors que l’ordre est naturellement stérile.
Ça, c’est la théorie et en pratique les choses sont beaucoup plus difficiles, car, comme on dit: «En théorie, la pratique et la théorie c’est la même chose. En pratique, pas du tout.»
Focalisons-nous à la pratique, et c’est là que les choses se brouillent, s’assombrissent et se bardent vraiment.
Je vois bien les déséquilibres actuels, mais je ne vois pas comment nous allons laisser la place à d’autres déséquilibres, mais je suis en train de me dire que les déséquilibres actuels ne peuvent que s’aggraver pour amener à une rupture du système, ce qui me laisse désorienté, dubitatif, embarrassé et très, très, très perplexe.
En termes simples, je me dis que nous sommes peut-être en train d’arriver non pas à la crise finale du capitalisme, mais à la crise finale de la social-démocratie, un peu comme nous sommes arrivés à la crise finale du communisme en 1990. Cette crise a démontré qu’une structure démocratique est définitivement et inéluctablement incapable de gérer une monnaie. En étant Schumpetériens, j’en suis ravi.
Explication par les faits en prenant exemple sur les USA.
La dette étatique a atteint la somme de 30.000 milliards $ alors que le PIB est à 22.900 milliards $, ce qui fait que le ratio dette sur PIB atteint 131%, ce qui est inquiétant. Mais comme mentionné dans mes articles de 2018 et 2019, cela ne veut rien dire.
Comparer la dette (un stock) au PIB (un flux) est une ânerie économique puisqu’il faut toujours comparer un flux à un flux ou un stock à un stock mais jamais un stock à un flux.
Comparer un stock à un flux c’est un peu confondre vitesse et accélération. Toutes les voitures peuvent rouler à 100 Km/h mais pas toutes peuvent faire une accélération de 0 à 100 Km/h en moins de 5 secondes.
Essayons donc de comparer un flux à un flux.
Je vais comparer le service de la dette (un flux) aux rentrées fiscales ou au PIB (des flux également).
Les recettes fiscales des USA (un flux) se montent aujourd’hui à environ 4.000 milliards $, et baisseront pendant une récession vers les 3.000 milliards $.
La dépense des dépenses, pour un Etat, est toujours de servir ses créanciers, en premier.
Calculons donc le rapport entre le service de la dette et les rentrées fiscales.
Si les taux d’intérêts sur la dette US sont à 1,5 % en moyenne, le service de la dette (30.000 milliards $) sera donc aux alentours de 450 milliards $ soit 11,25% des recettes en temps normal et 15% en cas de récession.
L’embêtant est que l’inflation aux USA est aux alentours de 8 % par an, et dans le passé pour faire baisser l’inflation, il a toujours fallu faire monter les taux d’intérêts au-dessus du taux d’inflation.
Hypothèse audacieuse, l’inflation retombe aux alentours de 4 % et les taux montent de 1% à 5%.
Dans ce cas, le service de la dette passera de 450 milliards à …1.500 milliards $ soit 37,5% des recettes fiscales et 50% en cas de récession.
Pour ce faire, il faudra couper les dépenses ailleurs, et de façon gigantesque. Ce qui est MATHÉMATIQUEMENT & COMPLETEMENT impossible .
Conclusion, les taux d’intérêts ne vont pas monter car en fait, ils ne peuvent pas monter sans que l’Etat ne fasse faillite compte tenu de la taille de la dette au départ…
Qui plus est, le déficit budgétaire non seulement sera toujours là mais en plus il s’aggravera. Donc, il faudra le financer par l’émission de dettes nouvelles.
Mais qui va acheter des obligations de l’Etat Américain avec un rendement réel de -5 % ou de -6%?
Il faudrait être idiot pour le faire. Effectivement, les VRAIS financiers sont devenus rare. Donc le seul acheteur potentiel sera la banque centrale américaine. Ipso-facto, cela implique que la masse monétaire continuera à monter, l’inflation à accélérer et les rentiers à être ruinés.
Il ne peut pas en être autrement.
La sortie sera donc soit l’hyperinflation soit un refus des USA d’honorer leurs engagements et, à ma connaissance il n’y a pas de 3ième solution puisque le passage au déséquilibre suivant est en fait impossible. Comme les autorités ont cassé tous les mécanismes qui permettaient les ajustements naturels (taux d’intérêts trop bas pendant trop longtemps), la hausse des taux d’intérêts facilitera l’accumulation d’une dette de taille insoutenable .
Venons-en au Maroc, qui est dans une situation presque similaire a celle des USA, mais avec une contrainte supplémentaire: nous ne sommes pas autosuffisants dans le domaine énergétique, alors que les USA le sont.
Quand le prix de l’énergie augmente, cela pour les USA un jeu à somme nulle.
Pas pour le Maroc.
Une hausse du prix de l’énergie déclenche un appauvrissement instantané de notre pays en transférant une bonne part de la valeur ajoutée créée par le secteur privé aux pays producteurs d’énergie, tandis qu’une autre partie de cette valeur devra être transférée à ceux qui ont souscrit à nos obligations.
Et si j’additionne les 2 principaux créanciers, je sais d’ores et déjà que le niveau de vie moyen du Marocain va diminuer très fortement puisque la somme des 2 sera supérieure à notre potentiel de croissance, qui est très faible puisque l’Etat représente aujourd’hui plus de 65% voir proche des 75% du PIB.
Le déficit budgétaire marocain hors intérêts se monte à plus de 70 Milliards Dhs et si l’on rajoute les intérêts sur la dette nous arrivons à au delà des 80 milliards.
L’inflation est à 4,7% tout en sachant que l’Etat, depuis quelques temps, finance des dépenses qui ne rapportent rien avec de l’argent qui n’existe pas.
Si les taux passent de 1,5% à 5%, pour ramener l’inflation à un niveau raisonnable, notre déficit, toutes choses égales par ailleurs, grimpera et nous nous retrouverons avec une dette qui dépassera largement les 100% du PIB.
Et comme nous allons rentrer en récession à cause de la hausse du prix de l’énergie, il est à craindre que nos recettes s’écroulent tandis que les dépenses explosent.
Venons-en à notre déficit extérieur, dû pour les 80% à nos achats d’énergie. Il est tout à fait évident que notre déficit extérieur va exploser à la hausse (voir doubler ?)
Dans les trimestres qui viennent, nous allons donc avoir à la fois.
• Une économie en chute libre.
• Une explosion de nos déficits intérieurs et extérieurs.
• Une inflation en forte accélération.
• Une monnaie en …. .
M. BENKIRANE et M. OTHMANI doivent être bien contents de ne pas avoir été réélus.
Étant convaincu que le capitalisme l’emportera toujours et tout en étant partisan depuis toujours d’investir dans un pays capitaliste comme la Chine plutôt que dans un pays communiste (…), je n’ai cessé depuis quelques années de recommander à M. JOUAHRI et à mes lecteurs et lectrices des obligations chinoises plutôt que des obligations américaines ou européennes.
Aux USA et bien plus encore dans la zone €uro, ils sont en train d’arriver dans une situation de rupture. Ce qui veut dire que les marchés seront incapables de rééquilibrer le système tant les distorsions des prix ont été gigantesques. Et donc, les prix de nombreux “faux actifs” vont tendre vers zéro.
L’embêtant est que je ne sais pas analyser de telles situations puisque le monde va changer brutalement.