Malabata, jadis c’était l’hôtel cinq étoiles, seul bâtiment construit sur cette zone de la baie de Tanger durant de longues années.
Quelques hôtels, le Solazur, les Almohades, le Rif…, étaient également construits, un peu plus tard, dans la même zone, qui était sous le contrôle de la Société de développement de la baie de Tanger. Pourquoi on a bâti d’abord des hôtels dans cette partie de la ville? Parce qu’il a été décidé de la transformer en Zone d’Investissements Touristiques.

Jusqu’aux années 80, la corniche de Tanger était presque réservée à ce type d’investissement. Cependant, c’est un autre type de construction qui va y être « imposé » puisqu’il a suffit de quelques décisions municipales pour que cette baie, même ses zones les plus proches de la plage, soient dévorées par des constructions résidentielles qui l’ont entièrement défigurée. Des immeubles d’une laideur criante et des tonnes de béton qui ont englouti l’une des plus belles baies du monde. Résultat: une prolifération de complexes résidentiels, (pieds dans l’eau!) dont le lien avec l’investissement touristique s’est avéré, avec le temps, n’être qu’une supercherie.
Aujourd’hui, la ville s’efforce d’améliorer son paysage urbain au milieu de ces verrues, dont l’impact sur le goût du public ne saurait être ignoré tant que cette défiguration continue d’être tolérée.
Aujourd’hui aussi, la ville peine à trouver du foncier pour réaliser des projets touristiques à la veille de l’organisation de la coupe du monde 2030. Et ces verrues sont là et s’imposent au nom de la loi.
Une grande partie de ces projets touristiques s’est transformée en appartements meublés, à l’utilisation, pour la plupart, très douteuse. Les magasins de commerce et les boutiques ont été désertés et abandonnés, provoquant de graves problèmes d’entretien. Durant la nuit, ces blocs de béton ressemblent à des monstres crachant de la fumée (de chicha), reflétant ce visage sinistre de la vie nocturne de Tanger, au milieu de son bruit incessant.
A la place de vrais complexes touristiques, la baie de Malabata a eu droit à une escroquerie totale qui lui a imposé des bâtiments aux façades sales et des centaines d’appartements sans contrôle d’exploitation.
La baie de Malabata, située à l’est de Tanger, est un promontoire historique offrant une vue stratégique sur le détroit de Gibraltar. Initialement marquée par le Château de Ghilan (1664), la zone s’est développée au XXe siècle avec un phare et un château de style médiéval.
Cette baie fait face à des défis urbains majeurs, notamment la pollution marine liée aux rejets des oueds (notamment l’Oued Mghogha), des risques d’érosion côtière et de fortes houles, ainsi qu’une pression de bétonisation et une congestion du trafic.
La voirie est saturée, avec des embouteillages fréquents accentués par le développement urbain, notamment durant les périodes de forte affluence. Malgré des tentatives d’aménagement, la gestion des espaces ouverts et l’équilibre entre développement touristique et environnemental restent complexes.
Qui va donc corriger les erreurs des années 80-90 et comment? Le débat est ouvert.

Abdeslam Reddam