C’est l’image que tous les Tangérois connaissent. Cet oued à ciel ouvert, sombre, stagnant, qui serpente près de la nouvelle gare TGV et la corniche de Malabata. Une plaie ouverte en plein cœur de la vitrine touristique de la ville.
Pendant des années, les eaux usées, les déchets et les eaux pluviales s’y accumulaient, dégageant en été des odeurs pestilentielles qui incommodaient les voyageurs à peine descendus du Al Boraq, les habitants des quartiers riverains et les promeneurs de la corniche. Une carte postale indigne de l’ambition que Tanger affiche pour 2030.
Le chantier visible aujourd’hui sur notre photo marque un tournant. Les ferraillages posés au fond du lit bétonné, les dalles en cours de coulage, ne laissent aucun doute: la ville a enfin décidé de couvrir cette partie de l’oued.
Le projet, attendu depuis plus d’une décennie, consiste à transformer ce canal nauséabond en ouvrage souterrain. Une fois la dalle de couverture achevée, le dessus pourra être aménagé en voirie, en parking ou en espace vert, assurant la continuité urbaine entre la gare et la zone Malabata.
Au-delà de l’esthétique, l’enjeu est sanitaire et environnemental. Couvrir l’oued, c’est d’abord confiner les mauvaises odeurs qui empoisonnaient la vie des riverains. C’est ensuite supprimer un foyer de moustiques et de maladies. C’est enfin sécuriser l’écoulement des eaux vers la mer, sans exposition à l’air libre.
Pour les habitants, c’est une délivrance. Pour la ville, c’est une nécessité. On ne peut pas prétendre accueillir le monde en 2030 avec un égout à ciel ouvert à 300 mètres de la gare grande vitesse. Ce chantier n’est pas un simple aménagement, c’est une opération de dignité urbaine.
Reste à espérer que les travaux, aujourd’hui bien avancés, soient menés jusqu’au bout et que la couverture soit totale et étanche, avec un système de traitement et de ventilation adapté. Tanger ne doit pas seulement cacher l’oued, elle doit le faire disparaître pour de bon.
Reste cependant une vérité que la dalle de béton ne pourra pas cacher à elle seule. Couvrir l’oued ne sert à rien si l’on continue d’y déverser du poison. Et tout le monde à Tanger sait d’où vient le poison: en amont, dans la zone industrielle de M’ghogha. Tant que les unités industrielles continueront de rejeter leurs eaux usées non traitées, chargées de produits chimiques et de matières organiques, directement dans le lit de l’oued, le problème ne fera que se déplacer sous terre. Le couvercle masquera les odeurs pour un temps, mais la pollution continuera de ronger les infrastructures, de contaminer la nappe et de se jeter en mer. La couverture doit donc impérativement s’accompagner d’un contrôle strict et d’une obligation de prétraitement à la source pour toutes les usines de M’ghogha. C’est là que commence le problème, c’est donc là que doit commencer la solution.

























