Il est l’un des marchés les plus photographiés de Tanger. Et l’un des plus délaissés.

Le marché du souk de Barra, sur la place du 9 Avril, n’est plus cette belle carte postale que les touristes adorent découvrir. Il est devenu le symbole d’un abandon qui dure depuis des décennies. À l’entrée, la porte principale, cassée, pend comme un vestige. À l’intérieur, le toit percé laisse passer la pluie en hiver et le soleil brûlant en été. Aux abords, les déchets et les ordures s’accumulent, avec leur cortège d’odeurs et d’insectes.

Dans les allées, c’est l’anarchie commerciale. Étalages anarchiques, poissons et viandes exposés sans chaîne du froid digne de ce nom, légumes posés à même le sol, passages encombrés où il faut jouer des coudes pour avancer. La fraîcheur des produits, la sécurité alimentaire, l’hygiène la plus élémentaire, tout est mis en danger, chaque jour, sous les yeux de tout le monde.
Et comble de l’ironie, ce marché, dans un état déplorable, reste le plus cher de toute la ville. Les Tangérois le savent. Pour les mêmes tomates, le même poisson, le même pain, les prix pratiqués dépassent souvent ceux des marchés des autres quartiers. Comme si la notoriété du lieu justifiait tout, même l’insalubrité.
Pourtant, ce n’est pas faute d’en parler. Cela fait des années que l’on annonce un projet de réaménagement du marché de souk de Barra, dans le cadre du vaste programme de réhabilitation de l’ancienne médina. Des études, des promesses, des maquettes, des discours. La médina autour a été restaurée, ses ruelles pavées, ses portes repeintes, ses places éclairées. Mais le souk, lui, est resté à l’écart, comme oublié du plan.
Pourquoi ce retard? Personne ne comprend. Ni les commerçants, qui travaillent dans des conditions indignes et qui réclament depuis longtemps un marché digne de leur métier. Ni les habitants du quartier, qui vivent au quotidien avec les nuisances. Ni les touristes, qui repartent avec l’image d’un lieu magnifique mais sale, pittoresque mais insalubre.
Le marché de souk de Barra n’est pas un marché comme les autres. C’est la porte d’entrée de la médina, le premier contact des visiteurs avec le cœur historique de Tanger. C’est aussi le gagne-pain de dizaines de familles. Le laisser dans cet état, c’est laisser une tache au milieu d’une médina qu’on a voulu rendre éclatante.
Ce marché mérite mieux. Il est temps de passer des promesses à la pelle et au marteau.